‹ Le poète François MainardChapitre 24 sur 375 · Cf. Mainard, éd. Garrisson, t. II, pp · texte numérisé non relu

Cf. Mainard, éd. Garrisson, t. II, pp

3. Ibidem, pp. 28,30-31. L'ode de Motin : « Doux antre, où mon âme guidée .. publiée par M. A. Van Bever dans les Poètes satyriques des AI 7 et XVII' s., Paris^ 1903, p. 58, a pu inspirer à Mainard la description licencieuse de la page 28 du PhUandre. N'oublions pas que Pierre Motin, qui n'est pas toujours le glacial porte dont parle Boileau, était de quinze ans au moins plus âgé que .Mainard, puisqu'il est né à Bourges vers 1560.

4. Compléter la série de pièces très libres de Régnier, insérées dans l'éfl Jannet, par les sonnets, stances, épigrammes et dialogues satiriques donnés par M. A. Van BeA*er, o. c., 10-i-2. La satire : « J'estois >nr le Pont-Neuf quand la nuictj s'avoisine », p. 35, est la seule qui n'ait pas un caractère licencieux.

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le dire, il développa colle fâcheuse tournure d'esprit dans la société libertine et dissipée de l'hôtel de Sens.

Chez la reine Margot le ton de la conversation tombait vite de l'afféterie au débraillé. « Ceste grande et honneste dame » aimait les contes égrillards ainsi que les anecdotes salées et risquait souvent des réparties fort lestes. Ses demoiselles d'honneur imitaient sa conduite dissolue, se servaient des mêmes crudités d'expression, encourageant de la sorte la hardiesse des propos et l'inconvenance de la tenue chez les officiers Av leur maîtresse. Henri IV qui n'était guère prude, se servait d'un mot très vert pour marquer qu'il se rendait au logis de sa première femme ou qu'il en revenait. Au moment où elle était descendue au château de Madrid, le roi avait trouvé piquant d'envoyer à sa rencontre Harlay de Chanvallon, chevalier de ses ordres1. Or, à la suite des relations de Marguerite avec ce gentilhomme dont elle avait eu un enfant, Henri III très indulgent pour ses propres vices, mais fort sévère à l'égard des « déportements » de sa sœur, l'avait, en août 1583, renvoyée de la Cour-. Il est probable qu'en juillet 1605, la reine ne prit pas garde à l'ironique procédé de son ancien mari. Chanvallon avait été aussitôt remplacé par un nouveau galant, auquel avaient succédé beaucoup d'autres. Car jamais la reine ne se demanda mélancoliquement comme le Bonhomme si elle avait passé le temps d'aimer. Les ans avaient beau outrager son visage, épaissir sa taille et dégarnir ses tempes, son cœur resta chaud jusqu'à la fin de ses jours. Du môme feu dont jadis elle

1. Cf. Merki o, c, p. il 2. Scipion Dupleix serait le seul historien qui se porte garant de ce fait.

2. Cf. Journal de VEstoile, août 1ÎJ83, cité par Lalanne, éd. de Brantôme, t. VIII, pp. 68-69. Jacques de Harlay, marquis de Chanvallon et deBréval, grandmailre de l'artillerie sous la Ligue, fut fait par Henri IV chevalier de ses ordres et devint un des favoris du Béarnais. Ce fut un des protecteurs de Mainard qui eut l'occasion de rapprocher tant à la cour de Marguerite qu'à celle de Henri IV. Le poète lui adressa une épigramme (éd. Garriss. III, 112) où il loue les mérites de son esprit et de son physique :

Ta valeur a servy les Rois

Et ta beauté charmé les Reynes.

Il \ vante aussi sa générosité : Si Chanvallon était roi, dit-il,

Pégase n'auroit pour litière Que des maleras de satin

avait brûlé pour Henri de Guise, sou premier amant, ce prince auprès duquel les plus grands seigneurs paraissaient « peuple », elle se consuma il en 1606., pour Saint-Julien, « un petil Chichon, dit le Divorce satyrique, fils d'un charpentier d'Arles, qu'avec six aunes elle avoit anobli à Usson, en l'absence de Pominy ». Le dénouement tragique des amours de ce jouvenceau avec cette quinquagénaire ardente fournil à Mainard l'occasion d'écrire des vers qui lui valurent la notoriété.

Donc, le mercredi matin ;"> avril 1606, la reine, qui avait assisté à l'office des Célestins, rentrait en compagnie de son écuyer Date de Saint-Julien. Son carrosse approchait de l'hôtel de Sens quand Vermont, un adolescent jaloux du favori qui l'avait récemment supplanté auprès de sa maîtresse, tua son rival d'un coup de pistolet. Son forfait accompli, le meurtrier s'enfuit, mais, désarçonné, il tomba entre les mains des gens de Marguerite. Folle de rage, celle-ci tendait ridiculement ses jarretières à ses serviteurs, en leur criant d'étrangler l'audacieux criminel. On finit par persuader à cette malheureuse de prendre patience jusqu'à ce que le roi fût informé de ce drame sanglant. Elle lui dépêcha le baron de Forquenvaut qui assura le souverain que son ancienne épouse avait juré de ne manger ni boire, avant d'avoir vu Vermont frappé de la peine capitale. Le lendemain, devant l'hôtel de Sens et en présence de Marguerite, le jeune homme eut la tête tranchée. Il marcha gaiement au supplice, disant tout haut qu'il ne se souciait de mourir puisqu'il avait réussi à se venger. On trouva, dit l'Estoile, « trois chiffres sur lui, l'un pour la vie, l'autre pour l'amour, et l'autre pour l'argent, qui sont trois déitez fort révérées de nos courtisans d'aujourd'hui ». Bouleversée par cet atroce spectacle, la reine quitta le jour même sa demeure « avec protestation de n'y plus jamais rentrer ' ». Obsédée du souvenir du crime commis en sa présence sur une personne chérie, elle poursuivit de sa

1. L'Estoile, Journal, éd. c, t. VIII, pp. 214-215. — On ne sait pas où Marguerite habita depuis avril jusqu'en septembre 1606, époque à laquelle elle s'installa à Issy, dans la banlieue de Paris. Retourna-t-elle au château de Madrid .' En tout caselle ne put emménager dans son hôtel du Pré-aux-Clercs, qui ne l'ut prêt qu'en 1608. Cf. Merki, o. c, p 420, note 2.

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haine lanière du condamné. A sa requête, le Parlement intima à cette dame qui, à Usson, avait fait partie de la suite de la reine, de se tenir à plus de vingt lieues de l'endroit où se trouverait son ancienne maîtresse. Enfin, comme la pauvre amoureuse se désolait de la perte qu'elle avait subie, le roi qui vint lui exprimer ses condoléances, la consola gaillardement, en lui promettant qu'elle trouverait au Louvre plus d'une douzaine d'écuyers aussi râblés que Saint-Julien.

Nous ne savons si elle fit embaumer le cœur de son dernier ami pour l'enfermer dans l'une des nombreuses boîtes qui, contenant de pareilles reliques, remplissaient les pochettes de son énorme vertugadin1. Mais elle commanda à Mainard de rendre en vers ses lamentations et les deux pièces de stances où son secrétaire gémit en son nom sur son infortune, lui plurent tellement qu'elle le portait « à toute heure dans son sein et les disoit tous les jours, soir et matin, comme elle eut fait ses heures2 ».

Qu'on ne s'attende point de voir jamais finir

La douleur que je porte, Le temps et la raison la feront devenir

D'heure en heure plus forte.

Car les mains de la Mort ayant fermé cet œil

Dont j'adorois les charmes, Comment pourroit le mien, pour un si juste deuil,

Espandre assez de larmes.

Evoquant l'ombre de Damon (c'est-à-dire de Saint-Julien) qui, aux Champs-Elysées, conte sa fin cruelle aux mânes des amoureux :

Tu leur montres ton cœur, pour leur faire pitié,

Que la main d'un pjerfide Presque dedans mes bras, ouvrit par la moitié

D'une balle homicide.

1. TaUemant, Historiette de la reine Marguerite, t. I, p. 147 : « Ce vertugadin se pendoit tous les soirs à un crochet qui fermoit à cadenas, derrière le dossier de son lit. »

2. L'Estoile o. c, t. 1, p. 218. — V. les stances de Mainard, éd. Garrisson, t. II, pp. 142 et 146.

fifi LE POÈTE EH. MA IN A RI)

Ton cœur qui méritoit, gravé de mon portrait,

Une atteinte plus doulce Et qui ne devoit pas estre poînct que du traie!

Qu'Amour porte en sa trousse.

Dans ces Regrets d'une grand'dame sur la mort de son sei^vilcur, Marguerite protestait hautement, par la plume de Mainard, de garder un culte éternel à la mémoire de Damon. Hélas, elle n'avait pu respecter les serments identiques qu'elle avait faits à Chanvallon et à d'Aubiac, et moins d'un an après l'assassinat de Saint-Julien, la liaison de cette femme au cœur trop sensible avec son page Bajaumont, défrayait la chronique scandaleuse de Paris.

Quant à Mainard, il ne resta plus après cet événement longtemps attaché à la personne de Marguerite. A la lin do 1607, il signe avec la seule mention « d'advocal en Parlement » une pièce destinée à être placée sous le portrait do son père, dans le deuxième tome de l'édition augmentée dos Notables (jucslions d(> Géraud de Mainard -. D'autre part, son nom no figure pas sur les livres de trésorerie do la maison do Marguerite pour l'année 1608 et pour les années suivantes. Le poète so démit-il dv son poste

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