La pastorale ilramat., p. 30o, note
2. Le // sdegno amoroso parut tout d'abord à Venise, en 1597, in-12. Un anonyme le traduisit en français en 1503 : Le dédain amoureux, pastorale faite française sur l'italien du sieur F. Bracioliny, Paris, in-12°. Dans le poème où l'auteur italien raconte sa vie, il omet cet ouvrage de jeunesse. Chapelain trouvait ce silence injuste, car bien qu'à son avis cette pastorale fût inférieure au Pastor fido et à la Filli di Sciro, il l'estimait « meilleure que Y Aminte » (Lettres iueil., éd. c, G janv. 1030, à .1. .). Bouchard).
3. Métamorphoses, liv. IV, Histoire de Pyrame el de Thisbé. i Acte III, se. 3.
les amoureux pour les mettre ensuite de nouveau en présence, a été fournie à Mainard par Lingendes. Gomme son premier souci est de faire la psychologie de ses héros, l'auteur des Changements a voulu, en plaçant ses personnages en différentes conjonctures, trouver ample matière à des analyses morales. Aussi ne recourt-il pour les éloigner l'un de l'autre qu'aux incidents que le plus hanal ou le plus bourgeois des romans peut offrir : la malignité des propos qu'on fait courir sur le compte de Philène afin d'en détacher Iris, le voyage de la bergère qui accompagne sa mère chez une parente, le départ de Philène en apprenant l'infidélité de sa maîtresse et le retour de ce berger pour s'assurer si, malgré sa trahison, sa bienaimée lui conserve encore un reste d'amour. Les inventions parallèles de Mainard accusent le goût très vif du jeune poète pour le bizarre et l'extravagant : ainsi la scène où Philandre se trouve enfermé dans une grotte. Il se pourrait que l'idée de faire naître, des pleurs et des soupirs de ce malheureux, des torrents épouvantables ainsi qu'un orage qui bouleverse la nature, ait été suggérée à Mainard par une strophe célèbre des Larmes de Saint Pierre1, poème de la première manière de Malherbe. L'imagination de Mainard, exaltée par la lecture des romans de chevalerie, aura tiré de son propre fonds les autres incidents de ce ridicule épisode ou bien les aura puisés dans quelque écrit de ce genre. On sait que les étrangetés qui remplissent ces productions ont, à cette époque, passé dans la pastorale ainsi que dans le roman sentimental2.
L'étude du caractère des personnages n'a pas beaucoup préoccupé notre auteur. L'observation psychologique n'est pas son fait. Mainard s'est contenté d'introduire dans son histoire les types d'amoureux qu'il a rencontrés dans les pastorales françaises ou italiennes.
Philandre est l'amant modèle, d'une constance qui force l'admiration de tout le monde, gardant intacte jusqu'à la fin de
1. « C'est alors que ses cris en tonnerre s'éclatent », vers 301-300.
2. Cf. Marsan, o. c, et G. Heynier, Le roman sentimental avant ÏAslrée, Paris,
sa vie la foi qu'il a. jurée à sa maîtresse. Qu'il constate l'infidélité de sa belle ou qu'il la croit disparue à jamais, il ne songe pas à se consoler en en aimant une autre, mais il appelle la mort à grand renfort de cris et de supplications. C'est le Sireine d'Urfé, le Philène de Lingendes, l'Acris de Braciolini, l'Aminte du Tasse, c'est Mirtille de Guarini... Sa timidité qui l'empêche tout d'abord de parler à la nymphe dont les regards l'ont foudroyé est un trait qui appartient en propre à YAminte du Tasse, de même que l'ombrageuse pudeur de Florize qui fuit les déclarations enflammées de son soupirant rappelle celle de Silvie, la suivante de Diane.
Le cœur de Florize est l'opposé de celui de son ami. Mainard a bien pris le soin de faire ressortir son inconstance, en donnant pour pendant aux deux refus essuyés par Callirée de la part de Philandre qui s'imagine avoir perdu l'objet de ses soucis, le non dit mollement par Florize, puis l'acceptation par la bergère des hommages de Lyridan. Elle n'est pas fausse, coquette et légère comme l'Iris de Lingendes, mais elle est femme et elle tient à ce qu'on lui fasse la cour. La constance de Philandre est héroïque, la sienne est humaine; elle fléchit dès que Florize estime que persévérer dans une vertu aussi hautaine ne lui apportera aucun profit. De plus, elle représente l'élément féminin clans un roman pastoral, et si, dans les autres espèces de romans de l'époque, l'inconstance est l'attribut des hommes1, la tradition veut que dans ce genre littéraire le beau sexe soit aussi le sexe faible. C'est la pitié pour les souffrances de ses adorateurs qui fait pénétrer l'amour dans le cœur de Florize : chez les auteurs de pastorales imités par Mainard, la passion découle de la même source 2.
Lysis et Lyridan représentent l'un et l'autre l'amoureux jaloux, vindicatif et méchant. A vrai dire, Lyridan n'est que la réplique de Lysis ; son nom seul a changé au cours de cette histoire. Au deuxième livre, il avait déjà cherché à supplanter