‹ Le poète François MainardChapitre 250 sur 375 · III. — La préciosité et le burlesque · texte numérisé non relu

III. — La préciosité et le burlesque

a. Sources de la préciosité de Mainard. Les premiers éducateurs littéraires du poète. — Les décadents latins. Martial. — Intluence de F. Testi. — Traits de style et de langage qui, chez Mainard, dénotent de la préciosité : périphrases et métaphores précieuses— l'adjectif neutre substantivé —juxtaposition d'adjectifs à sens contraire.

b. Le burlesque. Exemples. — Plaisanteries empruntées aux écrivains latins post-classiques. Martial et Ju vénal. Intluence des poètes bernesques : l'Arétin, Sansovino, Dolce. — Mainard et

I Scarron. — Particularités du style et de la langue de Mainard propres aux poètes burlesques : expressions populaires et même triviales — locutions pittoresques — termes concrets à la place des termes généraux.

IV. — L'originalité de Mainard. Elle se manifeste dans ses élégies, ses

odes morales, ses épîtres. ses chansons bachiques. — Appréciation de ses épigrammes et de ses portraits satiriques ; leurs défauts : prolixité et manque de cohésion.

Dans la première période de son activité poétique, Mainard se révèle comme un conteur ou comme un romancier en vers. Après sa soumission à la discipline de Malherbe, le talent de notre auteur se manifeste, dune part, dans la poésie lyrique, d'autre part dans le genre satirique et notamment dans l'épigramme. Comme son maître, Mainard est surtout un lyrique ; mais à rencontre de Malherbe, qui n'a fait que de rares incursions dans le domaine de l'épigramme, notre poète a particulièrement affectionné ce genre littéraire. De plus, le réformateur de la poésie française ne s'est point exercé dans la satire, tandis que son élève nous a laissé des pièces contre ses détracteurs, des sonnets contre la Cour et des portraits ou « caractères » satiriques : le Magistrat, le Poltron, le Soldat, le Théologien, le Nouvelliste, le Méchant... Ajoutons encore que la production lyrique de Mainard est plus variée, qu'elle possède des notes plus diverses, des modulations plus étendues que les compositions lyriques de son maître. Notre poète a laissé non seulement des élégies, des pièces amoureuses, des vers de circonstance ou de commande (ballets, etc.), des odes politiques

et laudatives, mais il a encore écrit des odes philosophiques ou morales, comme l'ode à Alcipe, genre auquel on ne saurait assimiler les paraphrases de Malherbe qui correspondent aux sonnets chrétiens de Mainard. En outre, il a composé des pièces d'inspiration lyrique légère, des chansons bachiques, des épîtres en vers : car, en dépit de leur étiquette ambitieuse, les odes à Charles de Mainard, à Flotte, l'ode à son livre, etc., sont des morceaux dans le genre des épîtres d'Horace, de Marot et de Voltaire.

L'examen de l'ordre de succession des poésies de Mainard donne lieu, pensons-nous, à des observations intéressantes. D'ailleurs, à suivre la chronologie des compositions de notre auteur, à distinguer les phases de son évolution, nous risquerons moins qu'en portant des arrêts sur l'ensemble de sa production poétique, de verser dans l'injustice et dans l'erreur.

Renouvelons ici une constatation que nous avons déjà faite : si les neuf pièces de Mainard insérées dans le Parnasse de 1607 attestent au point de vue de la correction un progrès incontestable, il n'en est pas moins vrai qu'elles sont tout imprégnées des idées et des sentiments de Desportes et de Bertaut et qu'une foule d'images et d'expressions employées par notre auteur sont celles des maîtres qu'il a tout d'abord suivis. Il en est de même pour les chansons, les « assurances de fermeté », les « plaintes d'inconstance » ou « pour une absence » publiées dans les Délices de 1615 et dans le Recueil des plus beaux vers de 1626 à 1630 \ A partir de cette dernière date, notre auteur ne cultive plus la poésie amoureuse dans le goût de Desportes et de Bertaut. Les morceaux qui, dans son volume de 1646, rappellent cette manière sont des refontes ou des reproductions plus ou moins retouchées de pièces parues dans les anthologies de 1607, 1615, 1626 et 1630. Ainsi l'ode 0 que mon Destin

1. Le Recueil donné par Du Bray en 1627 n'est qu'une réimpression de celui publié en 1(326 par le même libraire.

servit beau n'est qu'une modification d'une Plainte d'inconstance, insérée pour la première fois dans le Parnasse de 1007 « ; l'ode Vivray-je longtemps misérable correspond à fort peu de chose près aux stances Pour une absence des Délices dé 1615 2 ; l'ode C loris ton âme est ingrate abrège sensiblement l'ode Beauté digne d'un empire du Recueil de 1626% tandis que les odes Ces antres et ces rochers et Dieux ne mf aider ez-vous pas ne sont que des versions plus heureuses des stances Je n'aurois pas deviné et 0 que je suis estonné '' de la même anthologie. Enfin la pièce Je souhait crois d'être né a été donnée tout d'abord au Hecucil des plus beaux vers de 1630". Comme c'est la seule' pièce de cette anthologie dans le genre des compositions éroti- ! ques de Desportes et de Bertaut, il est extrêmement vraisem- j blable que la composition en est antérieure à 1626. Rattachons I encore à l'influence toute puissante de Desportes et surtout de j Bertaut, le fournisseur attitré de vers pour les divertissements de la cour de Henri IV", le lot de pièces pour ballets ou pour | fêtes, composées par Mainard en 1612 et en 161 5 7. Comme i dans ces compliments et ces madrigaux la galanterie tient la première place, il est naturel que l'on y rencontre la même

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