Ed. Garriss., t. II, pp. 238 et
Mainard a abusé de cette tournure, encouragé par l'exemple de Malherbe qui ne se fit pas faute d'accaparer certaines des formules mises à la mode par Bertaut. Le réformateur n'aimait ni le maniérisme ni les pointes de Pétrarque, mais il prisait les traits du Tasse. Voilà pourquoi Bertaut, qui s'inspire beaucoup de l'auteur de YAminte et de la Jérusalem, est le seul de ses devanciers qui trouve grâce à ses yeux. Autant que son disciple, Malherbe est imprégné de ses vers qu'il taxe dédaigneusement de nichils-au-dos ou de « sottises ». Pour trouver une pointe, déclare-t-il encore, Bertaut fait les trois premiers vers insupportables — propos moins injurieux qu'il ne paraît au premier abord, puisqu'il prouve que Malherbe agrée les pensées et les expressions recherchées de son rival. Effectivement, comme l'a constaté M. Counson, quand Malherbe parle d'amour, il débite les fadeurs de Bertaut ou réédite celles de Desportes ou de Régnier1. Il fulmine comme eux contre :
Ces vieux contes d'honneur, invisibles chimères Qui naissent aux cerveaux des maris et des mères 2.
Son vocabulaire amoureux est celui de ses prédécesseurs immédiats et surtout celui de l'abbé d'Aunay. Il convertit en recettes de style les procédés d'exécution de ce dernier : il cultive l'antithèse et la pointe et se plaît au parallélisme si cher à Bertaut :
S'il ne vous en souvient, vous manquez de mémoire Et s'il vous en souvient, vous n'avez point de foi'.
Il marque de la prédilection pour les répétitions... un déplaisir extrême, est toujours à la fia d'un extrême plaisir" et emploie les substantifs avec des adverbes de comparaison : Je suis plus rocher que vous n'êtes... Plus Mars que Mars de la Thrace... Hercule fut moins Hercule que toi \