Cf. str. 7-9 des deux poètes
Il n'y a pas jusqu'au mètre et au dessin des strophes que Mainard n'ait empruntés à son maître : l'heptasyllabe de sa première pièce, il l'a trouvé dans l'ode sur la prise de Marseille ; l'octosyllabe de la seconde, dans l'ode sur la bienvenue de Marie ou dans l'ode sur l'heureux succès du voyage de Sedan ; la disposition des rimes de ces deux pièces reproduit celle des morceaux cités de son maître : af b,u af bm cl cf dm ef ef dm .
C'est peut-être à l'occasion de ces odes que Malherbe trouva son disciple dépourvu de « force » \ Entendait-il par là qu'il manquait d'idées, qu'il n'avait pas assez de souffle pour s'élever de son propre vol dans les sphères du haut lyrisme, ni une haleine assez puissante pour s'y maintenir longtemps ? Il semble bien que c'est l'interprétation qu'il faille donner à l'arrêt un peu vague du réformateur. Car, en se rappelant la peine qu'il avait eue à écrire ces compositions d'un lyrisme élevé et constatant leur peu de succès, Mainard s'abstint, pendant dix-huit ans, de s'exercer dans ce genre. L'année même de la mort de son maître, il composa, àl'occasion de la révolte de La Rochelle des Stances au roi et la Plainte de Cléon contre les Huguenots ; bientôt après, en 1629 et en 1630, ses odes au duc de Savoie, à Montmorency et à Bassompierre \ Sauf cette dernière pièce qui resta parmi ses papiers et ne fut publiée qu'après sa mort, il fit insérer les autres dans le Recueil de 1630. Mais, se rendant compte de leur faiblesse, il les exclut de l'édition définitive de ses œuvres et n'excepta de ce sacrifice que l'ode à Montmorency à laquelle il fit subir de profonds remaniements. Seul, en 1632, le désir de complaire à son protecteur, Charles deNoailles, évêque de Saint-Flour, en glorifiant son ouvrage, l'Empire du juste, et seule, en 1633 et 1634, l'ambition de s'attirer les faveurs de Richelieu en exaltant sa politique, le tirèrent de l'indifférence qu'il témoignait à gravir les hauts sommets du lyrisme. En 1635, à l'occasion de son ode laudative au pape, sa Muse tentera, pour la dernière fois, l'ascension pénible pour laquelle elle montrait peu de prédilection ; mais peu satisfait