‹ Le poète François MainardChapitre 263 sur 375 · Cf. Kacan, éd. c, t. I, p · texte numérisé non relu

Cf. Kacan, éd. c, t. I, p

2. Cf. sur ses deux dernières odes, liv. I, chap. IV, in fine.

de son labeur, notre auteur retrancha également cette pièce des odes qui devaient entrer dans le volume de 1646.

Mainard a conçu l'ode politique à la façon de Malherbe qui, à son tour, s'en est formé l'idée d'après Ronsard et la Pléiade. L'ode ainsi comprise est un discours en vers à propos d'un grand événement ou à la louange d'un haut personnage, ou plus souvent d'un fait ou d'un homme que le poète a intérêt à trouver grands. Pour l'écrire, le poète se met dans un état particulier qui est l'état lyrique et qui se définit par une tendance à tout amplifier et à tout magnifier1. Cette composition, plus oratoire que lyrique, plus éloquente que personnelle, était d'avance condamnée à la déclamation et à la froideur. Leur richesse d'imagination, l'éclat de leurs figures, le vif coloris de leur vocabulaire, leur habileté à combiner divers rythmes dans le môme morceau, offrirent aux poètes de la Pléiade des ressources abondantes pour suppléer à ce qu'il y avait de factice clans ces compositions versifiées, dont le principe d'inspiration était ideptique à celui d'un éloge en prose. Si la sécheresse d'esprit de Malherbe l'empêche de prodiguer et même de goûter les ornements luxuriants des odes de ses prédécesseurs, si la médiocrité de sa science rythmique l'oblige à se borner à trois ou quatre des formes usitées par ceux-ci et à adopter d'un bout à l'autre de sa pièce l'uniformité du rythme et du mètre, il sauve ses compositions d'une pompe glaciale, qui d'ailleurs ne lui est pas étrangère, par un ton de brusquerie superbe et par l'alliance de la grandeur et delà simplicité. Mainard n'a ni l'imagination féconde, ni le savoir rythmique des poètes de la Pléiade, ni l'essor fier et hardi et la noblesse sans emphase de Malherbe. A force de la chercher, il rencontre parfois la majesté et il lui arrive même qu'en rivalisant avec son maître, il le surpasse. En parlant du Pô qui, dans sa a caverne profonde)), « baisse le menton », saisi de frayeur à l'approche des troupes

1. Brimetière, ftist, de la litlèr. franc., p. 438; cf. aussi sur l'ode de Malherbe Sainte-Be.ive, Causeries du lundi, t. VIII, Malherbe et son école; Brunot, o. c. pp. 151-1.')2; Faguet, Revue des cours et conférences, 17, 2i,31 mai 1894; Brunetière. Malherbe et l'évolution des genres dans Etudes critiques, 5rae série.

d'Henri, Malherbe était tombé dans le ridicule1. Notre poète s'est souvenu de ce passage pour dire avec magnificence :

Le Rhin, en sa grote profonde, Tremble au récit de nos effors, Et prévoit que toute son onde Sera françoise en ses deux hors.

Il se croit desjà nostre esclave.

Toutes les provinces qu'il lave Veulent embrasser nos genous ; Et nos advantures sont teHes, Que l'aigle, pour voler à nous, Commence à déployer ses aisles2.

Mais d'ordinaire, lors même que l'occasion se présenterait d'être énergique et fort, il semble bien que Mainard l'évite par timidité ou par impuissance. En copiant d'après YEpithalame de Pelée et de Thétis de Catulle les prédictions faites par les Parques sur les futurs exploits d'Achille à Troie, Malherbe a rendu tant bien que mal le Illius egregias virilités... saepe fatcbuntur gnatorum in funera matresdu poète latin '. En annonçant à Montmorency que l'« Afïrique doit tomber sous l'effort de ses armes » ', Mainard se refuse non seulement à traduire l'idée fort belle de l'hommage rendu en de tragiques circonstances à la vaillance du vainqueur par les mères et les veuves des vaincus, mais encore, en s'attachant surtout à peindre l'affliction de ces malheureuses, il a négligé les images saisissantes de son modèle. Les femmes d'Alger remplissent bien l'air de cris et arrosent la terre de larmes, accusent les hommes et les dieux et craignent la servitude. Mais combien pâles sont ces vers à côté de la vigoureuse peinture du désespoir des pauvres mères qui, chez le poète latin, souillent de poussière leurs cheveux blancs et d'une main défaillante meurtrissent leur sein flétri !

Comme Malherbe, notre auteur cherche à fuir le prosaïsme en usant de l'hyperbole, « Roi le plus grand des rois » avait

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