Ed. Garriss., t. II, p
tiers de ses poèmes et surtout, trait particulièrement intéressant, ses allusions se bornent aux figures importantes de l'Olympe. Enfin les personnages mythologiques de haute envergure se présentent seuls et non comme chez son maître escortés de divinités subalternes et de monstres. Si « la Discorde aux crins de couleuvres 1 » fait encore son apparition chez notre auteur, Neptune s'est débarrassé de son cortège de Tritons2. De même, quand Mainard rapporte que Richelieu, en dépit des vents contraires, guide heureusement la barque du royaume au travers des rochers, il néglige Tiphys, les Syrtes et les Cyanées que Malherbe rappelle régulièrement toutes les fois qu'il se sert de la légende des Argonautes3.
Néanmoins, l'emploi de « la friperie mythologique », pour nous servir de l'expression de M. Brunetière, a trop passé dans les habitudes littéraires des écrivains de cette époque pour que Mainard n'y ait pas recours, non seulement dans ses odes, mais dans toutes ses poésies. Malherbe n'avait-il pas parlé de Mars et de la Parque dans fépitaphe du duc d'Orléans que les religieux de Saint-Denis refusèrent, et pour cause, de laisser placer dans leur église '' ? N'avait-il pas exprimé à M. de la Garde, au sujet de son Histoire sainte, la conviction que le « parfait chrétien » ne craint pas d'être condamné à vivre dans les ombres de l'Erèbe? Ce poète raisonneur ne se rend pas compte de l'erreur qu'il y a à mêler des croyances payennes avec l'expression de pensées ou de sentiments chrétiens. Cette inconséquence, Mainard ne la sent pas plus que lui ; il nous dit dans une élégie que la Parque lui a ravi sa fille qui, à cette heure, habite l'Elysée. En feignant, dans une épigramme célèbre, de se rencontrer dans l'autre monde avec l'ombre de François Ier, il place cette entrevue « sur le rivage du Cocyte 5 ».
1. Ed. Garriss., t. III, p. 249, v. 22-23 et Malherbe, Ode à la reine sur les heureux succès de sa régence, str. 10.
2. Ibidem, t. III, p. 200, str. 1 et Malherbe, Pour le roi allant châtier la rébellion des Roche lois, str. 27.
3. Ibidem, t. III, p. 247. str. 2. — Malherbe, ibuL, str. 15. i. Ménage, cité p. Lalanne, édit. de Malherbe, t, I, p. 189. •>. Ed. Garriss., t. III, pp. 171 et 145,
Choqués de cet abus de paganisme, les amis du poète lui transmirent par Flotte l'expression de leur mécontentement. Un instant, il remplaça Cerbère par Saint Pierre, ce qui n'était guère plus heureux :
Armand l'âge endort ma raison Ma plus belle chaleur est morte, Et presque je voy la maison Dont Sainct Pierre garde la porte '.
Mais il revint bientôt à ses errements coutumiers et transporta la scène dans le décor de la mythologie grecque. Mainard n'a pas le courage de toucher aux mystères terribles de la religion, de peur d' « estre malmené de la Sorbonne ». « Songez-y bien, je vous en supplie, » écrit-il en plaisantant à Flotte, et ne me faites pas excommunier sur la fin de mes jours. A bien considérer la chose, il faut parler de Champs-Elisées où Sainct Pierre ne fut jamais et traitter cette matière fabuleusement ». Puis, il aurait été ridicule de se présenter comme « suivant d'un roi de France » dans les « cieux dont Sainct Pierre garde la porte ». « En cette cour céleste on ne fait la Cour qu'à Dieu 2 ».
Il n'y a de vraiment remarquable dans les grandes odes de Mainard que quelques passages où il traduit d'une manière sincère sa propre personnalité, où il fait vibrer les accents d'une émotion spontanée et intime. Ces endroits sont rares car, presque d'un bout à l'autre de ses pièces, notre auteur exprime non pas tant ses propres sentiments que ceux qu'il faut exprimer, c'est-à-dire des sentiments de commande. Il se bat également les flancs pour rendre avec grandiloquence des pensées d'emprunt ou des lieux communs. De là l'impression1 de froideur et de vide que laissent sur notre esprit les pièces où Mainard a voulu s'élever dans le haut lyrisme. Il n'en est pas de même des strophes de l'ode à Richelieu qui célèbrent les bienfaits delà paix '. Evidemment, dans la peinture