‹ Le poète François MainardChapitre 266 sur 375 · Lettres CCXXIII et CGLXXIV · texte numérisé non relu

Lettres CCXXIII et CGLXXIV

3. Cf. YOdc au Cardinal sur l'heureux succès de son voyage en Languedoc, l. III, p. 252, str. 3-5. Nous avons reproduit ce passage et analysé cette pièce dans le chap. V § I de cet ouvrage,

qu'il trace de l'abondance qu'amènera cet événement, dans le tableau qu'il brosse du contentement du laboureur comme du marchand, il entre quelques touches qu'il a copiées d'après Horace1. Sans doute, dans la manière enthousiaste avec laquelle il annonce la venue de cette messagère de joie et de prospérité, il a imité le mouvement de certains passages de Malherbe *. Mais combien chaude est la voix du poète qui salue l'ère nouvelle de bonheur ! Combien plus pittoresque que chez son maître et chez Ronsard même est la description des bienfaits de la paix ! Eux aussi se sont inspirés d'Horace, mais ils ont rendu sans éclat et sans vibrante conviction les vers où le chantre latin peint la félicité de l'état pacifié par Auguste.

Plus belles et plus clignes de louanges, puisque le poète, ne s'est appuyé sur aucun texte, sont les cinq strophes finales de cette ode. Mainard entre en scène délibérément et parle non plus au nom d'un parti, ni au nom du royaume, mais en son propre nom. Nous savons bien que Malherbe lui en avait donné l'exemple, que le réformateur, à la fin de ses grands morceaux lyriques, aime prendre la parole afin de dire tout haut ce qu'il pense et ce qu'il sent. Mais quelle différence entre le ton tranchant du maître, clamant avec superbe la supériorité de son génie et promettant à ses vers l'immortalité', et le ton élégiaque avec lequel Mainard se plaint d'avoir été, malgré ses mérites, méconnu des gens même qui étaient en mesure d'apprécier son

1. Cf. Horace, ode 5, liv.IV. Il remercie Auguste d'avoir rendu la paix à l'état. Cf. v. 17-19 et 2i et la str. III de Mainard. — La str. Vide notre auteur a des rapports avec les vers 2o-28 de la même ode. Ronsard, dans sa deuxième ode à Catherine de Médicis in fine (Bocage royal, 2mc partie) et Malherbe, dans son ode à la reine sur les succès de la régence, str. 11, ont, eux aussi, imité l'ode citée d'Horace.

2. Notre poète a imité le mouvement de certains endroits de l'ode de Malherbe sur la bienvenue en France de la reine. Cf. La voici la belle exilée de Mainard (str. i) avec La voici la belle Marie et La voici peuples qui vous montre str. 3 et 5 fie sou maître, La fin delà str. 4 de notre auteur : Baisons la terre qu'elle touche (c'est de la paix qu'il parle) reproduit l'invitation qne Malherbe avait faite aux Français de saluer humblement l'arrivée de Marie de Médicis en France :

Quel ingrat ne baisera pas S'il n'a la raison empêchée La lerre qui sera touchée Des belles marques de vos pas ?

(Var. de 1601 de cette ode, cf. Malh., éd. Lalanne, t. I, p. 49 note).

3. Cf. la fin de son ode Pour le roi allant châtier les Bochelois.

talent et de le récompenser. Il se dégage de la partie finale de cette ode non pas de la rancœur et de la révolte contre les grands, mais une résignation attristée, faite du regret du poète de voir sa vie gâchée par l'injustice et l'indifférence de son siècle :

Trente avrils ont sur nos montagnes Fondu le cristal des glaçons, Rendu la verdure aux campagnes, Et rajeuny les vieux buissons, Depuis que les Muses sont vaines De m'avoir monstre les fontaines Qui leur donnent tant d'amoureux.

Mais les efforts de mon estude, Dans Testât que tu rends heureux, Ne trouvent rien qu'ingratitude.

C'en est fait, mon automne passe !

Il est bien avant dans son cours,

Et déjà la Parque se lasse

De me filer de nouveaux jours !

Le cercueil attend ma descente ;

Il est temps que je me ressente

Des bienfaits de mon jeune Roy

Et qu'on sçache au siècle où nous sommes,

Qu'il est aussi juste pour moy

Que pour tout le reste des hommes.

On dit que j'ay tort si j'aspire A tirer jamais autre fruit Des charmans accors de ma lyre, Qu'un peu de laurier et de bruit; Et que ma Muse est importune Aux oreilles de la Fortune, Quand Mars règne dans l'univers ; Mais ton âme est trop généreuse Pour souffrir que l'art de mes vers Soit une vertu malheureuse... '.

Ajoutons, pour bien faire comprendre l'évolution du talent de Mainard, qu'en 1646 seulement il ajouta cette belle et touchante fin à son ode de 1633.

\. Ed. Garriss., t. III, p. 260,

Coïncidant avec la fin de la série de poésies amoureuses dans le goût de Desportes et de Bertaut, figure dans le Recueil des plus beaux vers de 1626 une collection de soixante-dix-neuf épigrammes. Mainard avait mis du temps à se passionner pour ce genre. Alors que le Parnasse de 1607 ne contient aucune épigramme (à moins que l'on ne veuille donner ce nom à Tépitaphe du sculpteur Pilon), les Délices de 1615 en renferment seize et désormais le nombre de ces piécettes ira croissant aux dépens des compositions dont il a été question plus haut.

En effet le Recueil de Du Bray de 1630 n'insère comme vers nouveaux de Mainard, excepté quatre odes politiques, que des épigrammes soit satiriques, soit politiques, soit encore vers à réciter dans des ballets ou inspirations d'ordre lyrique présentées sous forme épigrammatique. Le volume de Pièces nouvelles (Toulouse 1638) offre à part une longue épître à Flotte, trente-trois épigrammes et les Œuvres de 1646 en publient quatre-vingt-quatre d'inédites sur cent-soixante-huit. Mainard a composé la plupart de ses épigrammes avant 1642, ainsi qu'il est aisé de le constater soit par les allusions qu'elles renferment, soit par les mentions qu'en fait notre auteur dans sa correspondance 1 : c'est donc entre 1615 et 1642 que se place la période littéraire de la vie de notre auteur consacrée à ce genre. Il faut rattacher à la même veine ses deux satires 2 et surtout ses portraits satiriques dont les premiers, Le soldat et Le méchant \ sont insérés dans le recueil de 1626, dont deux autres, le Magistrat et le Nouvelliste, sont de 1634 et de 1635, dont le Théologien fut achevé en 1638 4 et dont le dernier, le Poltron, semble être de 1639 '.

1. Cf. notamment lettres CXCVII et CCLXXXV (v. les passages intéressants de ces missives, p. 316 du présent ouvrage).

2. Manifeste, t. III, p. 216 (imprimé pour la première fois dans les Délices de 1615). Ode contre un détracteur, t. II, p. 203, et contre une vieille femme, ibidem, p. 216 (parues pour la première fois dans le Recueil de 1626).

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