‹ Le poète François MainardChapitre 27 sur 375 · Cité par Merki, o. c, pp · texte numérisé non relu

Cité par Merki, o. c, pp

2. « Ce ne seroil jamais l'ail de vous écrire les changements de la maison de la reine Marguerite, non seulement au commencement des quartiers, mais aussi au milieu; c'est vous en dire assez que de vous dire que tout y va comme de coutume ». Lettre de Malherbe à Peiresc du 26 avril 1607.

3. Ms. 843, f° 38. « A voirie maintien arrogant — De l'incomparable Uranie ». , Nous rappelons que Marguerite se faisait donner par tes invités de ses réunions littéraires le surnom de Vénus Uranie.

\. Même ms. I'" 39 :

Vosl re beauté sans seconde Vous fait de Ions appeler La perle unique du monde...

Le prénom de la reine était, pour ses louangeurs, une source inépuisable de compliments. Nous avons cité Anne d'Urfé qui l'appelle la perle de France. Jacques Corbin dans l'opuscule qu'il lui a consacré, expose en quatre « louanges » et à travers 302 pages la noblesse, la grandeur, la branlé et les vertus de cette « Marguerite des Itoynes », de celle princesse qui esl « la fleur, la perle et laMarguerite de France » (p. 6), de cette unique « Perle du monde » (p. 158). De même .lean d'Alary, dans le recueil de vers qu'il lui a dédié : « Ainsi perle d'honneur, divine Ma ig ii cri le » (o. c., p. 6).

Sens, peu après l'installation de Marguerite \ Mais il est permis de supposer que la crainte du guet empocha le satiriste d'afficher sa pasquinade à l'endroit indiqué, avant le départ de la reine-. Enfin telle épigramme3 sur les jeunes valets de chambre, musqués, coquets, beaux joueurs, dépensiers et, à la suite des caresses prodiguées par la maîtresse de maison, oublieux de leur basse extraction et de leurs anciens camarades, a été évidemment tournée contre les favoris de cette reine, Pominyou Saint-Julien, le premier, fils d'un chaudronnier auvergnat, le second, d'un charpentier arlésien.

Laugier de Porchères ne fut pas plus heureux que Mainard. Lui aussi, dans son poème manuscrit de Vénus affligée sur ht mort d'Adonis', avait convié la Musc à répandre des pleurs sur le pitoyable trépas du dernier favori delà reine Margot. Depuis, Bajaumont s'était chargé de calmer la peine de l'amante éplorée, et les lazzis de Guérin , son bouffon, finirent par chasser sa tristesse. Sa reconnaissance tiédit à l'égard des élégiaques

1. L'Estoile, éd. Michaud, I. U. p. .".si;. D'après Merki, o. c, p. 115, note I. Je Divorce satyrique donne lui aussi ces vers.

2. N'oublions pas que L'Estoile en revisanl ses mémoires, complète ses premières informations par l'indication de certains faits postérieurs à la date à laquelle il les rapporte. Ainsi, il consigne le 14 décembre 1606 le prêt qu'il a l'ail à Despinelle de l'un de ses cahiers autographes en ajoutanl immédiatement que ce I ami lui a rendu ce volume le 10 lévrier 1607 (VIII, 260, éd. Brunet, Ghampollion etc.)- "r même, ce chroniqueur aura pu revenir sur l'endroil où il parle de L'emménagemenl de Marguerite à l'hôtel de Sens, en signalanl un couple! l'ail « peu après » cet événement. .Notons (pie celle reine ne demeura (pie quelques mois (fin 1605- avril IC08) dans celle habitation el (pie l'assassinai de S'-.lulien qui excita la verve ih'> railleurs, a pu donner lieu à ce quatrain injurieux. — Il est difficile dédire si Mainard est l'auteur de cette priapée ainsi que des autres signalées plus haut, ou s'il n'a fait que les Iranscrire sur ses papiers.

3. Cf. éd. Garriss. t. III, p. .20S. « Dès qu'un jeune valel de chambre »... Il faut néanmoins se dire que cette épigramme est un emprunt fait à l'Arétin (jiagionamenti, giornata j"", parte prima.)

i. Un ms. de 1GG8, qui contient ce poème de §00 vers, porte en marge : .. Vénus la reine Marguerite, Adonis Me... gentilhomme provençal qui fut tué à la portière de son carrosse ». (Cf . Lachèvre, Bibliogr. des rec. coll., (de., t. IV, p. 172). Le Parnasse de 1007 contient une pièce non signée: « Regrets d'une dame pour la mort de son serviteur », qui traite le même sujet que tes stances de .Mainard Celte pièce, qui est précédée d'une autre mentionnée comme étant de Porchères et qui est suivie de ta Consolation de Carithée de Malherbe, est due fort probablement à l'auteur de Vénus affligée sur la mort d'Adonis.

o. Ce Guérin était « appelle communément le fou de ta Revue Marguerite . cf. P. Paris et Monmerqué qui, dans leur commentaire des Historiettes de T alternant (éd. de 18oi, t. I, p. 427;, citent à ce sujet un passage de l'Estoile.

MATNARD A LA COUR f)9

qui avaient chanté un deuil auquel elle ne voulait plus songer. Et désabusé, Mainard dit à son ami ' :

Porchères, l'honneur de nos jours, 0 que vostre esprit est sublime, Et que vos exccllens discours Sont polis d'une douce lime.

Mais quoi, pour acquérir du bien, Tout cela ne sert [dus de rien, La France est ingrate au mérite.

Retournés donc(qnes)2 à Turin Vous y serés ce que Guérin Est chez la Rcyne Marguerite '.

IJ

Mainard avait parfois rencontré à l'hôtel de Sens i un gentilhomme grisonnant, mais portant beau, toussanJL souvent et crachant sans cesse, original en ses propos, aux manières brusques et dont le franc-parler frisait la malhonnêteté. C'était un poète dont la réputation avait précédé la récente venue à Paris. L'ode par laquelle il avait à Aix, en novembre 1600, souhaité la bienvenue en France à Marie de Médicis, avait suscité la plus flatteuse approbation des meilleurs juges en cette matière. Quelques semaines plus tard, comme le roi demandait à Du Perron, évoque d'Evreux , s'il continuait à faire des vers, celui-ci lui déclarait qu'il y avait renoncé depuis que M. de Malherbe, « gentilhomme de Normandie » établi en Provence, se mêlait d'en écrire '. Bien que Des Yveteaux,

J . Cahier autographe de Mainard, ms. 843 de la BibL de Toulouse, i'" 31), verso.

2. Nous ramenons ce mot à son ancienne orthographe pour corriger l.i métrique défectueuse de ce vers.

3. Le ms. F. Fr. 884 de la Bibl. Nat. Poésies françaises du XVIe siècle cl du début du XVII' siècle (!'" 308) offre une parodie de ce petit morceau « Cher repos esprit sans pareil » (A remarquer que les mots Cher repos sont l'anagramme de Porchères).

i. Racan, 17c de Malherbe dans Œuvres, éd. Tenant de Latour, t. I, p. 273 : « Un jour en entrant dans l'hôtel de Sens, il trouva dans la salle deux hommes qui jouaient au tric-trac, et qui, disputant d'un coup, se donnoient tous deux au diable qu'ils avoient gagné. Au lieu de les saluer, il ne fit que dire : « Viens diable, viens, tu ne sçaurois faillir, il y en a l'un ou l'autre à toy. »

5. Allais, Malherbe et la poésie française à la fin du XVIe siècle, Paris, 1892, pp. 372-373.

le précepteur du duc de Vendôme, fils nature] du souverain, ravivât de temps en temps chez le roi la curiosité de voir un prodige qui faisait taire un des chantres les plus renommés de la France, Henri, qui était « ménager », différait sans cesse de faire venir Malherbe à la Cour, de crainte d'être obligé de lui donner une pension ou tout au inoins une récompense1.

Appelé par ses affaires domestiques dans son pays natal. Malherbe quitta Aix, en août I (>().'>, en compagnie de deux membres du Parlement de Provence, Du Vair et Peîresc, qui se rendaient à Paris. Après avoir réglé ses intérêts, le poète normand se fixa dans la capitale, avec l'espoir que la fortune viendrait bientôt lui sourire. Il ne tarda pas à être présenté au roi par son admirateur Des Yveteaux, et Henri s'empressa d'inviter ce poète, qui, au dire de Du Perron, avait porté la poésie française au plus haut pointqu'elle pût atteindre, à commémorer son voyage dans le Limousin. A son retour en décembre de la même année, le roi fut tellement satisfait de sa commande qu'il pria le due de Bellegarde (le prendre Malherbe à son service à titre d'écuyer du Roi « jusqu'à ce qu'il L'eusl mis sur Testât de ses pensionnaires1 ».

D'abord, tout le monde fîtexcelleni accueil au nouveau venu. Parmi les gens de lettres de la société de Marguerite, Kossct avait dès 1604 compté Malherbe au nombre de ses maîtres, en lui dédiant l'une des odes insérées dans son volume sur les douze béantes de Phylis '. Un autre chantre de Phylis, La Roque, attaché à Marguerite à qui, en 1008, il fit hommage de ses œuvres poétiques, fut certainement content de retrouver chez sa protectrice son ancien camarade de « l'Académie » de feu

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