‹ Le poète François MainardChapitre 28 sur 375 · Racan, o. c, p · texte numérisé non relu

Racan, o. c, p

2. Cf. Brunot, La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur Desportes, Paris, 1891, pp. 51-52.

3. Racan, Vie de Malherbe, l. I, p. 25G ; v. aussi la notice deLalanne (t. I. p. 2)! des Œuvres de Malherbe. Coll. des grands écrivains). Le roi ne donna jamais de pension à Malherbe, qui ne loucha que les gages afférents à sa charge d'écuyer et, plus tard, les 2.000 livres que lui valait la charge de gentilhomme ordinaire de la chambre du roi qu'il cumulait avec celle d'écuyer.

i. Rosset était, à celte date, l'ami de Mainard pour avoir publié en 1005, dans les Notables Questions de Géraud de Mainard, une épigramme sur le portrait de l'auteur. Dans les Xll beauté; de Phylis et autres œuvres poétiques du s' de Rosset. Paris (chez Abel l'Angellier, 1604), figurent des stances dédiées ù la reine Marguerite.

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Henri d'Angoulême, grand prieur de France et gouverneur de Provence'. Régnier lui offrit son amitié et Malherbe ne se fit pas faute de lui avouer qu'il l'estimait en son genre à l'égal des Latins. Enfin Desportes le pria de venir dîner à Vanves. Il ne se doutait point que cette invitation serait l'occasion de sa rupture avec un confrère qui, ne se contentant plus d'être son émule, voulait le supplanter dans son rôle de prince des poètes de l'époque. Le potage était déjà servi quand Malherbe arriva en compagnie du neveu du maître de maison. L'amphytrion reçut son hôte avec force civilités, et désireux de lui faire connaître sur le champ ses psaumes nouvellement imprimés, se précipita vers sa bibliothèque pour en chercher un exemplaire. D'un mot, son convive rabattit son zèle intempestif : a Ne vous en donnez donc pas la peine, s'écria-t-il, votre potage vaut mieux que vos psaumes ». Desportes ne releva pas l'impertinence de son invité, mais on dîna sans mot dire et Malherbe quitta la maison de campagne du riche abbé, en y laissant deux ennemis irréconciliables.

Cette scène dut avoir sa répercussion à l'hôtel de Sens. S'attaquer à Desportes, l'ami de Marguerite, l'idole de sa cour, c'était s'attirer l'inimitié de la maîtresse de maison et se faire mal voir de tous ceux qui lui étaient attachés. Bientôt cette princesse, ainsi que la plupart de ses serviteurs, répétèrent à l'envi les critiques que Berlaut, Desportes et surtout le bouillant Régnier adressaient aux productions parties de la plume de Malherbe.

Cependant Mainard n'entra pas dans la ligue des adversaires d'un homme dont la poésie représentait à ses yeux l'idée qu'il s'était formée du beau en matière de vers. Les compositions de Malherbe répondaient trop aux instincts les plus profonds

1. La Roque est l'auteur d'un recueil : Les amours de Pfiylis, Paris, 1590. Eu 1596, il avait composé des stances en l'honneur t\c* Larmes de Saint-Pierre de Malherbe. Les deux écrivains firent partie pendant quelques années de la cour lettrée de Henri d'Angoulème, « ami des arts et de la poésie, » bâtard de Henri II et, par conséquent, frère naturel de Marguerite. V. sur cette Académie : (i. Allais, q. c, pp. Oi et s., et sur cei écrivain ibid., pp. 189-191.

2. M. Brunot, o. c,, pp. 83-81-, place la brouille de Malherbe et de Desportes entre novembre 1005 et février 1000,

de son tempérament pour qu'une invincible sympathie ne le portât vers ce nouveau maître. Cette élévation de pensée pleine de noblesse, cette éloquence majestueuse le séduisaient. Il y sentait quelque chose d'une essence supérieure au fatras amphigourique de Desportes. Il y .avait surtout dans les stances de Malherbe « pour le roi allant en Limousin », une touche mâle et vigoureuse, une gravité d'accent qu'il n'avait jamais rencontrées dans la poésie énervée de Desportes et qu'il n'avait découvertes que par hasard dans les productions profanes de Bertaut Mainard, si sensible à la forme, dul être frappé de la pureté, de la précision, de la limpidité avec lesquelles le rival de l'abbé de Tiron exprimait ses conceptions. Longtemps il ne s'était pas aperçu des phrases prolixes, des expressions équivoques, du vocabulaire et de la syntaxe surannés, de la métrique défectueuse et des assonances en guise de rimes des morceaux qui avaient suscité sa vocation. Même, il s'était laissé aller à entasser hâtivement dans le Philandre trois mille octosyllabes qui, il le comprenait à cette heure, contenaient autant de milliers de fautes. Maintenant (pie ses veux s'étaient dessillés, cet ouvrage que la lime n'avait pas assez poli, qui ne lui avait coûté presque pas d'efforts, lui semblait informe et grossier. Avec le revirement de sentiments propres à la jeunesse, il trouva que le prestige immense dont jouissaient les détracteurs du nouveau chef d'école n'était pas mérité.

Malgré le mépris qu'à l'hôtel de Sens on professa à l'égard de Malherbe, après sa brouille avec Desportes, Mainard continua à fréquenter l'auberge à « l'image Nostre-Dame » de la rue Croixdes-Petits-Champs où logeait le réformateur. Et en quittant Marguerite, ce fut autant par bravade contre une maîtresse qui s'était montrée ingrate à son endroit que par affectueuse admiration pour le fondateur de la nouvelle école poétique qu'il vint se fixer dans le quartier Saint-Ëustache, tout près delà demeure de son maître'.

I. .Mainard a maintes fois exprimé dans ses lettres le regret de ne plus habiter le quartier Sain t-Eus tache (cf. lettre LXXV à Golletel ). — Dans l'une des nombreuses anecdotes que llacan rapporte avec une naïve admiration pour mettre en lumière l'originalité de son maître, il nous apprend (o. c, T, 200) que Mainard « est »il logé fort proche » de Malherbe, ce qui lui permit un jour, dans le feu de

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* vie

« M. le Grand » payait à Malherbe mille livres d'appointements ainsi que l'entretien d'un homme et d'un cheval, lui offrait sa table, mais ne lui donnait pas le gîte. Le traitement qu'il recevait aurait sans doute permis au poète d'être mieux logé que dans un hôtel meublé, mais il devait subvenir aux besoins de sa famille qu'il avait laissée à Aix. Cependant de bonne heure les curieux affluèrent dans sa pauvre chambre garnie, et, à l'heure des visites, les sept ou huit chaises de paille qu'elle contenait suffisaient à peine. Chaque soir Malherbe assemblait chez lui les jeunes poètes qui voulaient bien se régler sur ses conseils, soumettre leurs vers à son approbation, le regarder en un mot comme leur maître. Vers 1007, à l'époque où Mainard vint fréquenter ces « petites conférences » quotidiennes, Malherbe avait déjà rallié quelques disciples. En premier lieu Racan, qui avait lait la connaissance du réformateur de la poésie française chez le duc de Bellegarde, son parent', qu'il servait en qualité de page. Agé à peine de dixsept ans, « il commençoit, dit-il, à rimailler de meschants vers » quand Malherbe le prit en quelque sorte sous sa tutelle et lui fit apprendre sous sa discipline le métier de poète. Etourdi et rêveur, naïf et ne sachant pas plus le latin que le grec, pas plus la géographie que l'histoire, mais étant le premier à rire de son ignorance comme de sa gaucherie et de son bégaiement, brave garçon, ami fidèle et sûr, il se signala par son attachement quasi fdial à Malherbe dont il écouta les préceptes littéraires

son inspiration, d'ace uirir « sans manteau » demander l'avis du poète grammairien sur la qualité d'un monosyllabe indécent qui figurait à la rime d'une de ses épigrammes « d'ordure ». Nous faisons grâce au lecteur de la réponse gauloise du « Père la Luxure ». — M. Jules Lair dans ses Recherches sur une maison de Paris où habita Malherbe, Paris, 181)1), montre que l'auberge à l'image .Notre Dame, de la rue des Petits-Champs, devant la Croix (qui était un calvaire), où Malherbe logea de 1606 à 1626, était située à deux pas de l'hôtel de Bellegarde, sur l'emplacement actuellement occupé par l'immeuble portant le n" 13 de la vue Croix-des-Petits- Champs et par l'immeuble ayant le n" Ode la rue Montesquieu.

1. Roger de Bellegarde avait épousé, en 1594, la cousine germaine de Racan, Anne de Bueil-Fontaines. — Sur Racan, v. l'ouvrage de M. Arnould, Paris, 1896.

d'une oreille souvenl distraite. — Yvrande1, le compagnon de Racan, page de la chambre du roi, appartenait lui aussi au Grand Eeuyer. — Golomby ouCoulomby, né à Caen, comme son cousin Malherbe, avait pris les devants pour venir à la cour de Henri IV. Ambitieux et très avide d'argent, il avait déjà cherché à complaire à Henri, en vantant sa « clémence » et son « humanité » dans un poème imprimé en 1605 sur Les Plaintes de ht captifi' Caliston à l'invincible Aristarque*. Il est facile de soulever le voile allégorique, jeté par l'auteur sur son récit. L'invincible Aristarque représente Henri IV et la' captive Caliston désigne Henriette d'Entragues, le dernier caprice (\c ce souverain. Fille de Balzac d'Entragues, l'un des « malcontents » qui avaient « brouillé » avec Charles de Valois et le duc de Bouillon, Henriette avait été impliquée dans le procès intenté par devant le Parlement de Paris aux auteurs du complot et n'avait échappé aux rigueurs de la justice que sur l'intervention de son amant. Au cours de l'instruction de cette affaire, Henri suppliait sa maîtresse de lui accorder des rendez-vous ! Depuis peu, Colomby axait encore cherché à être agréable au roi, en lui présentant la veille de son dépari pour Sedan, résidence du rebelle duc de Bouillon, un discours en vers, où il lui prodiguait les formules les plus emphatiques de l'adulation. Colomby s'y modelait encore sur Perlant, car il renouvelait du discours que ce prélat avait présenté au roi allant en Picardie les exhortations tendant à empêcher Henri de se rendre dans un endroit où sa vie si précieuse au bonheur de la France aurait été exposée à mille dangers '. Plus fort que Racan en

1. V. sur lui Araould, o. c., p. 77 cl Brunot, '/. c, p. 567.

2. François de Cauvigny, sieur de Golomby. Son nom esl orthographié par ses contemporains el par lui-même de différentes manières : Coullomby, Colomby Collombi. — V. sur lui Brunot, '/. c, p. 566.

'S. In-1 2 de 15. pages, 1605 (s. I.). Le nom de l'auteur figure à la fin de son poème : de Golomby, de Caen (Bibl. Xal. Ye 7480). Le texte est précédé d'un avantpropos. Golomby assure les lecteurs qu'en publiant son poème, il a moins voulu se faire connaître comme poète que « publier combien esl humain le Prince en l'honneur duquel il l'a composé... Croy moy c'eusl esté domage que la dernière action qu'il a rendue de sou humanité depuis peu de temps, l'usl déniée à la postérité ». — La réimpression de ce poème, en 1616, a été considérée à tort par certains critiques comme eu élanl la première édition.

\. Discours présenté au Roy avant son i>afh>in<-ut /unir aller assiéger Sedan, Paris, Est. Prevosteau, 1006, deux tirages l'un in-i"(lS pages), l'autre in-80 1 10 pages)

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