‹ Le poète François MainardChapitre 278 sur 375 · Mainard, t. III, p. 67. — Horace, ode 31, liv. I · texte numérisé non relu

Mainard, t. III, p. 67. — Horace, ode 31, liv. I

2. Juvénal, sal. III, v. 39-iO. —Mainard, t. 111, p. i-8. Les premiers vers de ce sonnet imitent fort librement les vers 29-30 du même original. Le v. 41 de celte satire de Juvénal est la source d:i tercet final du sonnet, t. III, p. 191,

Les demoiselles du Marais étaient les courtisanes de ce quartier élégant du Paris de Louis XIII et leur désignation correspond aux Summonianœ uxores de Martial \

La comparaison avec le même original, qui est Horace, de quelques pièces où successivement Mainard a traité un sujet semblable — impromptus de table, invitations à boire ^— est tout à fait instructive. Déjà plusieurs strophes d'une chanson bachique de 1626 dérivent avec assez de bonheur de quelques vers de l'ode Ad amphoram2. Le progrès est visible dans une épigramme du Recueil de 1630. Remarquons la vivacité avec laquelle notre auleur rend YAdduxcre sitim tempora, Virgili, de son modèle et l'aisance avec laquelle il relie cette proposition bachique à la réflexion épicurienne de l'ode à Manlius Torquatus : Quis scit an adjiciant hodiernœ crastina summœ — Tempoi^a Di super ?

Ça Maresse le verre en main, Beuvons, le temps nous y convie ; Et que sçavons nous si demain Est un des jours de notre vie 3 !

Et à la manière d'Horace, Mainard évoque la mort dont l'approche vient non pas comme chez Bossuet « tout offusquer de son ombre », mais exciter plus vivement son compagnon à profiter de l'heure qui s'enfuit :

La mort nous guette ; et quand ses lois Nous ont enfermés une fois Au sein d'une fosse profonde ;

Adieu bons vins et bons repas.

Je t'apprends qu'on ne trouve pas Des cabarets en l'autre monde.

1. Mainard, t. III, p. 93. — Catulle, XIII. — Martial, liv. III, épigr. 82 ; liv. XII, épigr. 32.

2. Cf. str. 0, 10, 11 de sa Chanson, t. III, p. 209 et les v. 13-20 de l'ode 21 du liv. III d'Horace.

3. Mainard, t. III, p. 137. — Horace, ode 12, liv. IV, v. 13; ode 7, liv. IV, v. 17-18.

Ce sont les conseils même d'Horace : a Songe aux flammes du

bûcher Chez Pluton tu ne tireras plus aux dés la royauté

des festins1 ».

Si, dans cette petite pièce du Recueil de 1630, l'imitation d'Horace est très élégante, il n'y a plus que des rapports très éloignés entre ses gais quatrains à La Tihaudière ou son entraînant sonnet à Delon et l'épître d'Horace pour prier Torquatus de venir dîner chez lui ou l'épigramme de Martial qui traite un sujet semblable *. Ce n'est plus la pensée, mais le mouvement d'Horace qu'il imite : Mille levés spes, el certamina diviliarum — El Moschi eausam :

Fay donc céder tes livres à mes coupes Et viens chez moy faire ton Mardy gras3.

En homme qui sait que la bonne humeur est le meilleur assaisonnement d'un festin, Mainard écarte de ses vers le menu trop chargé de ragoûts, de rôtis, de légumes et de desserts de Martial, ne parle que de son piot ou de ses vins muscats, d'un excellent jambon de Bayonne — mets dont l'ami de notre auteur, le comte de Carmain, devait célébrer sur le mode lyrique l'union avec la bouteille i — et vante le talent de son fricasseur. En revanche, il insiste sur l'innocence des propos qu'on tiendra à sa table : Nec facient quemquam pocula nostra reum termine Martial. C'était peu pour tranquilliser un homme: prudent sous le ministère de Richelieu ; le Cardinal ajoutait volontiers foi aux commérages et embastillait les contempteurs, de sa politique. Et Mainard de rassurer son invita :

Viens, cher amy, viens boire dans mon verre Et ne crains pas qu'on condamne la guerre Et les conseils de nostre potentat.

1. Horace, ode 12, liv. IV, v. 26. — Ode 4, liv. I, v. 18-10.

2. Mainard, t. III, pp. 28 et 148. — Horace, épitre V du liv. I. — Martial épigr. 48, liv. X.

3. Dans l'épigr. à La Tihaudière l'appel de la str. « Accours à mon petif festin » n'est qu'une lointaine réminiscence de l'apostrophe Stella. Nepos... Vemû\ de Martial.

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