‹ Le poète François MainardChapitre 281 sur 375 · Ode 3, liv. III · texte numérisé non relu

Ode 3, liv. III

modestie exquise ; c'est du même air surpris qu'ils s'aperçoivent des accords ambitieux de leur lyre ; c'est de la même manière brusque qu'ils ramènent leur cliant à un diapason moins élevé. Néanmoins, il faut reconnaître que le mouvement de Mainard se rapproche d'une manière si délicate de celui d'Horace, qu'il s'harmonise si parfaitement à la nature du morceau, enfin que le rapport entre les deux écrivains est si ténu, qu'une imitation de ce genre doit compter comme l'une des meilleures imitations auxquelles puissent aspirer les poètes.

Ces liens si subtils entre le texte que Mainard a eu en vue et sa propre composition, rendent parfois méconnaissables les traces des influences que notre auteur a subies. Il est d'autant plus difficile de les découvrir que Mainard a l'habitude de remanier profondément ses vers. Sa correspondance et ses cahiers autographes nous prouveraient, à défaut du témoignage formel de Pellisson, la peine qu'il a à être satisfait de luimême. 11 retouche, modifie et transforme, sans jamais se lasser, sa première rédaction. De là la difficulté de discerner sous l'aspect qu'elle revêt dans l'état définitif d'un de ses morceaux, l'idée d'emprunt qui, même dans la version primitive, se dissimule habilement. Examinons à ce point de vue la charmante épître que l'auteur adresse à son livre. C'est Martial qui lui en a suggéré l'idée :

Argiletanas mavis habitare tabernas

Quiim tibi, parve liber, scrinia nostra vacent1.

Combien, à la suite de l'élaboration que Mainard lui a fait subir, le conseil de l'épigrammatiste latin a changé :

Petit livre que j'ay poly Dans une longue solitude Croy-moy, demeure ensevely Sous la poudre de mon estude2.

Bientôt il n'y a plus qu'une vague similitude entre l'imitateur et l'original. — Nescis, heu! nescis domina* faslidia Romœ :

Je pleure déjà ton destin Tu vas passer pour ridicule

Page 1