‹ Le poète François MainardChapitre 283 sur 375 · Ms. 843 de la Bibl. de Toulouse, f · texte numérisé non relu

Ms. 843 de la Bibl. de Toulouse, f

bE LIMITATION CHEZ MAINARD. — ORIGINALITÉ DU POÈTE 433

essaya de lui démontrer qu'il avait tort. « Toutes les Académies ne sauroient me faire entrer dans vostre sentiment. C'est Gicéron qui m'a donné la pensée que vous y voyez ; Cicéron dont j'adore les escrits et dont les fautes, s'il y en a, doivent estre admirées de ceux qui aiment les belles lettres. Dans une épistre qu'il escrit à Atticus, où il lui respond à l'advis qu'il luy avoit donné que les domestiques de César se plaignoient de ses railleries, après plusieurs belles choses il dit enfin que pour avoir la paix avecques ces bizarres : Objicienda est Mi gloria ingenii. Ovide a trouvé cela si bon qu'il en a fait ce pentamètre : Tngenii laus est abjicienda mihi

Ce sont, mon cher maistre, les originaux que je copie et c'est en vain que vous me voudriez faire prendre une autre route 1». Outre ce rapport inattendu entre les vers cités de Mainard et les passages de Cicéron et d'Ovide indiqués par notre auteur lui-même, il y a dans cette strophe un souvenir du châtiment contre lequel Martial met en garde son livre : ibis ab excusso missus in astra sago(v. 11). Pour plaire à Flotte dont l'approbation lui était chère, Mainard remania ce quatrain qui, dans sa forme définitive, ne présente plus aucune ombre de ressem blance avec Cicéron, Ovide ou Martial :

Si tu vas courir l'univers Pour chercher l'estime publique, Tu verras tomber sur mes vers Tous les foudres de la critique.

Nous n'aurions pas, sans montrer au préalable par quelles voies détournées notre auteur utilise ses sources, entrepris d'aborder l'examen de sa célèbre requête à Richelieu. Le poète suppose qu'il rencontrera bientôt dans l'autre monde François Ier et que ce monarque, protecteur des lettres en un siècle plein d'ignorance, lui demandera à quel emploi Richelieu Ta occupé et quels biens Mainard en a reçus. Or dans son périodique Le Pour et le Contre (n° 10, p. 235), l'auteur de Manon Lescaut, l'abbé Prévost, écrit : a Tout le monde connaît le fameux

.1. Lettre CLXXI.

LE POÈTE EH. MAINAUt)

placet de Mainard au Cardinal de Richelieu, niais tout le monde ne sçait pas que Mainard en a trouvé l'idée dans le Dialogue de l'orateur ». 11 s'agît de l'apostrophe véhémente que Grassus, interrompant son plaidoyer, lance à Brutus, au moment où viennent à passer les funérailles de Junia, L'aïeule de son adversaire qui a dissipé la fortune patrimoniale en de honteuses déhanches: liriite quid sedes? (Juid illam anum palri nuntiare

vis luo* ? (Juid te facere ? Cui rci, cui gloriae, cui virluti

studere 2 (liv. Iï, chap. 55). L'annotateur anonyme de l'exemplaire des (Euvres de Mainard, appartenant à la Bibliothèque de l'Arsenal, s'élève contre le rapprochement indiqué par l'ahhé Prévost entre Cicéron et son auteur, a A ce prix il serait

aisé de découvrir dans les écrivains une foule de larcins »

Pour que le rapprochement soit probant, ce critique réclame un passage d'où découle d'une manière incontestable, vers par vers, cette production. En voulant sauver l'originalité créatrice de son auteur, l'annotateur de Mainard refuse par contre, de lui accorder l'originalité dans l'imitation. Il serait cependant difficile de ne pas reconnaître que la réminiscence de Cicéron est visible et en même temps que le talent avec lequel Mainard fond dans sa composition les idées q.ue d'autres écrivains lui ont suggérées, est d'une essence. supérieure '.

Nulle part l'art consommé avec lequel Mainard môle des sources multiples dans le courant de sa propre inspiration ne se révèle avec autant d'éclat que clans son ode à Aleipe. Costar a entrepris d'indiquer stance par stance les auteurs et les passages que Mainard y a mis à contribution '. Nous ne referons pas après lui ce travail', mais nous détacherons de cette

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