‹ Le poète François MainardChapitre 290 sur 375 · Carmen I · texte numérisé non relu

Carmen I

desbordsde la mer Bleue jusqu'aux rivages de l'Adriatique, qu'il a ébauché sa piécette, voilée par un nuage de tristesse *. Comme Horace il se sent déjà environné « par la nuit où la fable a placé les Mânes » ; il a passé la cinquantaine et il craint ne jamais goûter le bonheur après lequel il a tant soupiré. De cette manière, quoique Mainard ait mis en œuvre le thème de Catulle, ses vers ne respirent pas la volupté pleine d'emportement de son modèle, mais exhalent une tendresse douce et attristée.

Croy-moy, vivons au gré de nos désirs.

Calmons nostre ame ; et ne faisons que rire De ces vieillards qui lassez des plaisirs Censurent tout, et n'aiment qu'a médire.

Nos beaux soleils vont achever leur tour, Livrons nos cœurs à la mercy d'amour2 : Le temps qui fuit, Cloris, nous le conseille.

Mes cheveux gris me font déjà frémir1, Dessous la tombe il faut toujours dormir ; Elle est un lit où jamais on ne veille.

L'originalité, en dépit de l'imitation, est plus grande encore dans sa Belle vieille. On connaît les circonstances dans lesquelles Mainard composa en 1644 cette ode magnifique.

Cloris est veuve et le poète, qui a perdu sa femme, croit le moment venu de prier cette belle, objet de sa première et constante affection, d'unir leurs destinées. Des rapports manifestes, quoique éloignés, rattachent la pièce de notre auteur à un sonnet du lyrique italien contemporain, le comte Fulvio Testi. . Mainard en goûtait depuis longtemps les productions ', mais ce fut surtout depuis son séjour à Rome qu'il apprécia ce poète. Même, ne se contentant pas de le goûter tout seul, il chercha à lui acquérir des admirateurs parmi ses amis. « Cet homme est vrayment poète, écrit-il à propos de Testi au prési- U dent de Caminade, et le feu de nos plus fameux autheurs j

1. Cf. éd. Garriss., t. III, p. lOi. — La lettre XCVIII de Roms, contient une ébauche de cette épigramme, publiée pour la première fois dans les Pièces nouvelles de 1638. — Mainard amoureux en Italie, cf. la Belle Vieille, str. 10, t. III, p. 180,

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