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auprès du sien n'est que de la glace : je ne sçay si les Muses de la nouvelle Italie sont si belles ailleurs que dans ses odes ny si Horace luy-mesme a marché plus hardiment sur les précipices de Pindare j ».
C'est au sonnet Bella donna invecchiala de Testi que Mainard doit le titre et l'idée de sa Belle vieille.
Hà ben il tempo, o bella Cintia, al fine Tolta al volto la porpora gentile Et de la chioma il biondo oro sottile Hà la fredda stagion sparso di brioe.
Ma se de le bellezze aime e divine Fatto hà scempio crudel l'età senile Pur del tuo verde un tempo amato Aprile, Adoro le bellissime ruine.
Non han del verno tuo forza i rigori Di cui la tarda, e fredda età ti cinge D'intiepidir del petto mio gli ardori.
E ben d'argento illaccio d'or si tinge
Ma non perde pero gli usati onori
Ne per mutar color men lega o stringe 2.
Le thème de Testi n'est pas le même que celui de Mainard ; c'est un compliment adressé à une dame qui ne possède que les ruines de sa beauté, mais' dont l'hiver peut néanmoins susciter les désirs des jeunes gens. L'ode de Mainard est au contraire la proposition de mariage d'un adorateur fidèle qui depuis « huit lustres » est épris de la même femme et estime que sa constance mérite d'être récompensée. Le sentiment qui traverse la pièce de Testi est non la passion, mais la galanterie. La recherche dont l'auteur y fait preuve témoigne que les feux dont il parle sont plus imaginaires que réels. « Pour être d'argent au lieu d'être d'or, les tresses de vos cheveux ne captivent pas moins les cœurs » déclare le maniéré seicentista àCynthie.Lachute du sonnet est jolie et agréable, mais elle est loin d'être vraiment amoureuse. Convenons encore que les
1, Lettre XVI.
2, F. Testi, Rime, Modona, 1617, in-12°, p. 39.
constatations auxquelles se livre Testi sur la fraîcheur qui s'est envolée des joues de Cynthie et sur la perte qu'elle a faite de ses grâces d'antan a quelque chose de discourtois et même de choquant. Il semble bien que le poète de vingt-quatre ans qu'était Testi à la date de composition de cette pièce se soit ingénié à tirer tout le parti possible du contraste entre la vieillesse encore pleine de charmes d'une femme et les flammes qu'elle peut faire naître. Fulvio Testi a emprunté sans doute ce thème poétique à son confrère aîné, Gaspar Murtola1, grand amateur de paradoxes, qui a exalté aussi une belle naine, une belle giicuse, une belle moresque, etc. C'est justement par ce qu'il renferme d'inattendu, de piquant, de relevé que le sonnet de Testi est agréable. L'ode de Mainard ne chatouille pas l'esprit ; elle a des titres supérieurs qui la recommandent à notre estime ; elle nous touche et nous prend parce que nous y sentons courir les frissons d'une émotion sincère et intense. Ce qui en fait la beauté et, il est permis de le dire, l'élévation, est l'expression pathétique d'un amour qui a rempli, en la meurtrissant, toute une existence, et qui néanmoins, malgré les années, malgré les dédains et l'ingratitude de l'être chéri, subsiste aussi fort que le jour où pour la première fois il s'est emparé d'un cœur :
Cloris que dans mon cœur j'ay si longtemps servie,
Et que ma passion montre à tout l'univers,
Ne veux tu pas changer le destin de ma vie,
Et donner de beaux jours à mes derniers hyvers !...
Ce n'est pas d'aujourd'huy que je suis ta conqueste :
Huict lustres ont suivy le jour que tu me pris ;
Et j'ay fîdellement aymé ta belle teste
Sous des cheveux chasteins et sous des cheveux gris ! 2
Et voici ce qu'aucun endroit de Testi n'a suggéré à Mainard, la trouvaille faite par sa passion toute seule, la strophe
1. Canzonette delsign. Gasparo Murtota, Venelia, 1009, p. 51, La bella recc/iia.