‹ Le poète François MainardChapitre 296 sur 375 · XXXI" entretien, Œuvres, t. II, éd. 166o · texte numérisé non relu

XXXI" entretien, Œuvres, t. II, éd. 166o

pour nous rendre compte d'une manière plus complète de ce qu'il imite.

La préciosité a chez Mainard de profondes racines puisque ses premiers éducateurs littéraires ont été les Italiens, auteurs de pastorales, et notamment le Tasse avec tout le « clinquant » de son Amiiilc, ainsi que les poètes raffinés de l'époque d'Henri IV : Honoré d'Urfé, Jean de Lingendes, Desportes et Bertaut.

En se rangeant sous la discipline de Malherbe, Mainard vit encourager son goût pour le précieux. Le chef de la nouvelle école était un peu moins ennemi du « phébus » que son ami Peiresc ne le pensait ', car, parmi les anciens dont il prescrivait à ses élèves la lecture, certains comme Ovide, Stacc, Martial, aiment à subtiliser la pensée, à la compliquer, à courir après l'expression rare et alambiquée.

Déjà, chez le chantre des Amours et des MClamorplioses, on rencontre quelques germes de la décadence toute proche de la littérature latine. Martial, l'auteur préféré de Mainard, a rempli ses écrits de traits qui accusent d'une manière manifeste la corruption du goût. On sent chez Tépigrammatiste latin l'effort qu'il fait non pas pour revêtir ses pensées de leur expression la plus naturelle et la plus juste, mais pour les habiller de la façon la plus piquante et la plus imprévue. On peut suivre chez lui la recherche de l'artifice, du « fin du fin », au lieu de la simplicité. Ses ouvrages, comme ceux des autres décadents latins ou grecs, offrirent des ressources abondantes au vocabulaire des précieuses. C'est chez Martial qu'elles trouvèrent qu'on pouvait appeler le miroir un a conseiller des grâces », et nous craignons fort que l'abbé Cotin, dans ce fameux sonnet sur la fièvre de la princesse Uranie, raillé par Molière dans les Précieuses ridicules, n'ait pas « imité littéralement » Mainard, comme l'assure M. Roy2, mais bien l'épigramme de Martial sur la fièvre de Lentinus '. Notre auteur, comme le galant abbé, comme Mllc de Scudéry, comme le rhétoricien Balzac, qui eux aussi, ont développé le même sujet, n'a fait que s'adresser à la

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