‹ Le poète François MainardChapitre 298 sur 375 · Ibidem, t. III, p. 62 — Martial, liv. XII, épigr · texte numérisé non relu

Ibidem, t. III, p. 62 — Martial, liv. XII, épigr

3. Nous empruntons ces deux citations à M. Roy (o. c, p. 304) qui n'a pas saisi le rapport de cette métaphore des précieuses avec le texte cité de Martial.

4. Manière de bien penser dans les ouvrages de l'esprit, 1087, p. 141.

5. H. Hauvette, Littérature itaL, 1900, p. 304. — V. comme exemple rare de mauvais goût la strophe finale de l'ode de Testi à Giov. Batt. Ronchi {Poésie liriche, Modana, 1030, p. 185). Le poète se compare à Troie ; à l'instar des héros grecs, les yeux de Cynthie l'ont réduit en ruines, etc.

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du Recueil de 1626 offrent déjà des spécimens du mauvais goût dont l'avait infecté le maniérisme de son modèle. En parlant la nuit à sa dame, le précieux italien avait déclaré que seules les ténèbres sont pour lui claires et sereines car il y peut voir son a soleil », et il avait poursuivi avec une recherche enfantine de l'antithèse :

Cosi montre aspettando il cor si dole Oclio il di, bramo notte e mi convienc Per vedere il mio sol fug-gire il sole.

Mainard, à son tour, s'écriera :

Que mon sort est capricieux Pour voir le soleil qui m'éclaire, Il faut que je ferme les yeux ! 1

La même anthologie contient deux petites inspirations idylliques d'une gentillesse pleine d'artifice a et une « belle matineuse » que Ménage a oublié de citer parmi les pièces qui ont traité ce thème8, mais dont l'origine italienne, tout comme celle des sonnets de Voiture et de Malleville, est évidente. On relève môme dans les dernières productions de Mainard des traits empruntés à ce modèle. Dans son épitaphe de Marguerite d'Autriche, reine d'Espagne, Fulvio Testi avait fait cette réflexion subtile :

Ne maraviglia è già s'ascondc, e serra Un marmo vil si preziose spoglie.

Che proprio de lesori c star sottern.

Mainard termine son épitaphe d'André Hurault de l'Hospital, de la môme manière :

1. Rime di Fulvio Testi, Modona, 1617, in-12°, p. 37. — Mainard, t. III, p. 70.

2. Ce sont les épigr. : Charmant rossignol... (t. III, p. 10G) et Aminlhe assis au bord d'une fontaine... (t. III, p. 118) dont il a été question à la fin du cliap. précédent.

3. III, p. lOo, La nnict est sur nostre hémisphère. Aucune des pièces citées par Ménage dans sa dissertation bien connue n'est le prototype du dixain de Mainard. Le thème de Gongora et de Luis Martin qui a inspiré à Voiture un autre sonnet — la dame du poète en se levant de bonne heure fait croire à la nature qne le soleil a paru — est plus voisin de la piécette de notre auteur. L'idée espagnole dérive d'ailleurs de la poésie italienne (cf. Lanson — Etudes sur les rapports de la lût. franc, et de la litt. espagnole au XV II' siècle. Revue d'/tist. lilt.de la France, 1897).

Ne t'émerveille pas si le vouloir des cieux Cache au sein d'une tombe un cœur si précieux Le propre des trésors est d'estre sous la terre \.

De même, dans une « étrenne » au cardinal Fr. Barberini, Testi avait fait tomber son sonnet sur la réflexion suivante :

D'un angelica man proprio e' 1 lavoro E chimico divin puo il vostro iugegno Far d'un anno di ferro, un anno d'oro.

L'application de la transmutation des métaux à l'âge présent séduisit Mainard qui, à son (our, assura le chancelier Séguier, son bienfaiteur :

Que ta belle chimie estonne l'univers !

De cet âge de fer qui méprise les vers

Tu fois un âge d'or aux Virgiles de France. -

La préciosité n'entama pas le fond même de l'esprit de Mainard. On a sans doule remarqué que son invention ne s'exerce pas sur les modèles précieux, qu'il copie plutôt qu'il n'imite. Il n'y ajoute rien de son cru ; il les admire naïvement et en enchâsse les traits dans ses vers.

Mainard a un peu du ridicule ou du travers du littérateur provincial qui se croit obligé d'imiter ce qui est goûté à Paris, sous peine de paraître arriéré ou démodé. Mais la nature de son talent, robuste et sain dans sa constitution intime, ne se prête pas aux finesses ni aux gentillesses d'esprit nécessaires pour réussir dans le genre précieux. Il lui est impossible de trouver ces pensées tourmentées et brillantes, déconcertantes et compliquées, qui donnent un air de rébus aux vers des

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