‹ Le poète François MainardChapitre 30 sur 375 · Brunot, o. c, p · texte numérisé non relu

Brunot, o. c, p

3. Balzac écrit à ce propos (1. lo du liv. VI, du 20 oct. M>32) : « Feu M. de Malherbe qui n'exagéroit guère le mérite de personne el loùoil mesme a>>ez sobrement les choses les plus louables. . . »

MATNARD A LA COUR 69

lui eu imposent pas1. Il a une immense confiance dans l'excellence de son génie comme dans la supériorité de ses écrits et réussit à faire partager à ses disciples ses présomptueuses convictions. Tenace, il ne désarme pas devant les railleries de ses rivaux et poursuit jusqu'à son lit de mort son œuvre de réformateur.

Naturellement c'est lui-même qu'il propose en premier lieu à l'admiration de ses élèves. En crachotant et en bégayant, il leur lit ses pièces, et se met en colère lorsqu'on se plaint de ne pas l'avoir parfaitement compris. Il détaille les beautés de ses vers et fait apprécier à son auditoire les difficultés qu'il a vaincues. En comparant ses morceaux avec ceux de ses rivaux, il fait encore mieux ressortir ses mérites. A cet effet, il n'a qu'à ouvrir le volume de Desportes qu'il vient de passer au crible de sa sévère critique. Après sa brouille avec l'abbé de Tiron, comme on rapportait à Malherbe que ce prélat ainsi que Bertaut et Des Yveteaux faisaient partout des gorges chaudes de ses vers, il avait répondu que, s'il s'y mettait, il ferait de leurs fautes des recueils plus gros que leurs livres. Il avait tenu parole en ce qui concerne le plus en vue de ses détracteurs. Son commentaire sur les œuvres de Desportes, commencé au plus tard en 160G, continué même après la mort de son rival2, atteste son implacable désir de vengeance et, malgré des lacunes, permet de fixer les traits essentiels de la doctrine de Malherbe. Dans les sonnets, les complaintes ou les chansons que ses jeunes apprentis en poésie avaient jusqu'à cette heure le plus admirés, il leur fait, pour ainsi dire, toucher du doigt des fautes impardonnables '. C'est ainsi que sans exposer sa doctrine d'une manière systématique et suivie (ce dont d'ailleurs il n'eût pas été capable), Malherbe fait saisir, au jour le jour, à ses élèves les principes à suivre et les écueils à éviter '.

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