Cf. Brunot,o. c, pp. 104 et
3. Il est dommage que l'exemplaire de Ronsard qu'il avait (''gaiement couvert de corrections et de ratures ne nous soit pas parvenu, car les annotations qu'il cou tenait auraient complété les renseignements que son commentaire sur Desportes nous fournit au sujet de sa réforme.
4. Nous indiquons d'après l'exposé de M. Brunot (o. c, pp. 143-210) les lignes essentielles de la doctrine de Malherbe. — Pour les théories métriques de Malherbe,
Il met surtout en garde ses disciples contre les écarts d'imagination propres à la Pléiade. Son amour de la vérité le conduit à leur interdire les fictions. Régnier s'attirera ses moqueries pour avoir feint, dans une épître, que la France s'était élevée dans les airs afin de reprocher au royaume son peu de reconnaissance envers Henri, son pacificateur1. Son désir d'être compris de tout le monde et « de ne pas apprêter de viandes seulement pour les cuisiniers » lui fait proscrire la mythologie luxuriante de Ronsard, que seuls les « pédants » de collège pouvaient comprendre. Il veut qu'on s'en tienne aux légendes bien connues de tout « honnête homme », que toute personne de culture moyenne peut aisément se remémorer. Son goût du naturel lui fait détester les mièvreries et les gentillesses prises de l'italien, « où elles ne valent pas plus qu'en français ». Et comme ses écoliers professaient de l'admiration pour les poésies amoureuses de Bertaut, Malherbe leur montre que ces vers si vantés et ayant si belle apparence au premier abord, cachent, tout comme ceux de Desportes, des « sottises ». Il les compare pittoresquement à des nichils-aihdos, à ces pourpoints dont le devant était formé de deux doigts de velours et qui n'avaient rien par derrière que les brides qui les attachaient. Malherbe incite ses élèves à faire des compositions claires et bien ordonnées, dans lesquelles les idées et les sentiments s'enchaînent et se succèdent selon la disposition réclamée par la raison, et non selon les associations capricieuses de la fantaisie ni selon l'ordonnance sans unité apparente dictée par l'émotion. Les termes et les images dont la justesse n'éclate pas immédiatement à ses yeux, les constructions dont le sens n'est pas compris du premier coup, ne trouvent pas grâce devant lui. Avec la même ardeur dont il poursuit l'ambiguïté
v. le chapitre que consacre à Malherbe M. M. Souriau dans son Évolution du vers français au XVIIe siècle, Paris, 1893/
1. Racan n'a pas été fidèlement servi par sa mémoire en rapportant le passage critiqué par Malherbe de la première épitre de Régnier au roi. Il n'y est pas question d'une plainte de la France à Jupiter, mais d'un discours quelle fait du milieu des airs aux mutins qui voudraient ramener les troubles dans le royaume. C'est à ce propos que Malherbe dût dire à Régnier que depuis cinquante ans qu'il habitait la France « il ne s'estoit point encore aperçu qu'elle se fût enlevée hors de sa place. »
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et l'impropriété, il donne la chasse aux mots que l'usage contemporain a mis hors de cours, aux expressions qui ne font pas partie du vocabulaire des crocheteurs du Port-au-foin, ses maîtres en matière de langue. Impitoyablement il condamne les licences dont les poètes de la Pléiade s'étaient souvent octroyé la liberté et dont Desportes a si souvent usé. Ni provincialismes, ni archaïsmes, ni surtout ces innombrables chevilles dont Desportes avait bourré ses vers. Comme, à son idée, les principales différences entre la poésie et la prose sont le rythme, la coupe du discours en membres égaux ou symétriques, le retour des mêmes consonnances à des intervalles qu'il est aisé de déterminer dès le début du morceau, il s'attache à accuser le plus possible ces distinctions purement extérieures entre le langage de la vérité et de la raison et celui de la beauté, de l'imagination et du cœur. Il exige un respect superstitieux et inconnu jusqu'à lui de la technique du vers. De là, la proscription des hiatus, des rimes faibles ou banales, des mesures défectueuses, des césures mal placées. Avant Th. de Banville, Malherbe déclare qu'il n'y a point de licences poétiques.
Mieux encore qu'en analysant ses propres productions ou en critiquant celles de ses ennemis, Malherbe enseignait à ses élèves l'art de bien écrire, en leur signalant les imperfections de leurs travaux, en leur faisant remettre sur l'enclume leurs vers mal tournés, enfin en corrigeant lui-même les fautes qu'ils avaient pu commettre.
A cet égard, il est intéressant de comparer les ouvrages de Mainard, composés avant qu'il se fût rangé sous la discipline de Malherbe, avec les pièces précédemment écrites mais retouchées après qu'il eût subi l'influence de son maître, ou avec les morceaux composés après cette date. A des intervalles fort rapprochés, on constate la disparition des fautes très graves qui déparaient ses premières productions. Sans doute, longtemps encore on surprendra chez Mainard des pensées mesquines ou ridicules, des sentiments faux, du manque de goût, une distribution désordonnée de la matière poétique. Mais les défauts dont il est le plus aisé à un auteur de se débarrasser, les défail-
lances de grammaire et de versification qu'avec du bon vouloir, de la patience et un peu d'habileté il lui est possible de faire disparaître de la rédaction définitive de ses ouvrages, ces imperfections, on ne les relèvera plus dorénavant chez lui.
A ce point de vue, le Parnasse des plus excellents poètes d< ce temps, publié en février 1607 à Paris, marque une étap< importante dans l'évolution littéraire de Mainard. Non seulement c'est la première anthologie qui insère ses vers, mais encore il y fait ses débuts aux côtés de Malherbe. Ce recueil renferme aussi une pièce de Coulomby, mais cet auteur ne s'y fait point encore connaître comme disciple de Malherbe, vu qu'il a laissé subsister dans son Discours au roi avant son parlement pour Sedan les défectuosités qui s'y trouvaient au moment de la publication en brochure de ce morceau 1. Quant à Touvant, s'il y donne ses Sla lires sur 1rs amours du petit d'Escry et de la petite Yerderonnc où perce une gracieuse ingénuité de sentiment ainsi que quelques autres pièces exemptes d'incorrections, il ne se fait pas faute de faire insérer dans le même recueil une série de sonnets ', fruits de ses labeurs antérieurs, où il accumule des sottises méchamment versifiées.
1. On relève dans Les Plaintes de la belle Calistpn, parues en 1605, la plupart des failles qne Malherbe condamnait. Ainsi de très fréquents hiatus. En voici une série que nous avons noies dans quatre pages qui se suivent : c*esl peu si au pardon — m en auras — leur va donner la vie et à toy le renom — qui ail (p. 10) — comme tu es son Roy (p. Il) — lu eu as le désir (p. 13) — ou die — ou estre pitoyable — et en affliction (p. 14) — tousiours tu es louable (p. 15) etc. De même les rimes imparfaites : esclaircie — pluye (p. 8) ; plus admiré — je dire (pour je dirai) etc. ; et les archaïsmes : lairra-il (p. 0) ; son crime pardonnant tu en auras g uei -don (p. 10); — tu te monstres en tout si bontif (p. 10) ; — les Roys comme les dieux doivent punir à tort (p. 10) ; — Comme au cœur ce luy fut une cruelle geine (p. [14). Enfin des constructions du genre de celles que Malherbe a condamnées chez Desportes : un chacun des archers (p. 7) — jeta sur Caliston une œillade tournée (p. 13). Bien que le discours de 1GO0 représente un progrès en comparaison des Plaintes, nous y relevons cependant quelques hiatus : luy oste(p.lO), n'estoyent que un point divers leurs exercices (p. 15), ainsi que quelques fautes de grammaire et de lexique: Le père plus heureux et le Roy plus puissant, (pour : le plus puissant, p. 5). — Et voirrons (p. 5) — roirront (p. 0) — il te voirra (p. 6). — Rendra de l'Alcoran les promesses mocquées (p. 7) — chasser aux vices, (pour : les vices, p. 15), etc. Les citations sont faites d'après le texte de l'édition in-8° de 1G0G, que le Parnasse de 1607 reproduit fidèlement.
2. Ce sont les sonnets qui figurent t. I, f°8 291 V.-294 et dont le premier seul porte la mention qu'il est du sr d'Infrainville. Il a été déjà dit que quatre de Ces pièces avaient été antérieurement publiées dans les Muses ralliées de 1599 et de 1G00 et dans les Fleurs des plus excellents poètes de 1601. 11 n'es! donc pas téméraire d'affirmer que toutes ces pièces ont été composées par Touvant avant qu'il n'eût lié connaissance avec Malherbe. Noter par exemple quelques défectuosités que le
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La Victoire de la constance de Mainard reproduit le titre, le rythme et même les thèmes de stances ' (jue Malherbe avait publiées dix ans auparavant dans un recueil de vers. Pour les deux Regrets d'une grand'dame sur la mort de son serviteur, nous avons la bonne fortune d'en posséder la première version grâce au chroniqueur TEstoile, qui a recueilli ces pièces aussitôt qu'elles commencèrent à circuler dans le public \ L'examen des changements que Mainard y a introduits, en les faisant paraître dans le Parnasse, laisse voir que le poêle les a soumises entre avril 1606 et février 1607 ' à la critique de Malherbe.
Ainsi son maître dut lui faire remarquer que dans la stance III, v. 1, des Regrets A'' : Mais bien qu'à tous propos leur envie me blâme, l'expression leur envie n'était pas juste pour désigner le sentiment auquel obéissent les censeurs de la douleur de la reine; de plus, c'était compter pour une syllabe Ye muet final de ce mot'; en 1607, leur malice remplace heureusement ce
réformateur aurait reprises chez Desportes : G'esloit la nuit ainsi que je sommeille
Que fentr'ouis bruire et vosler autour — De mon ehevet une petite abeille (Remarquer l'enjambement). — (L'amour)-. • Petit oiseau nud, volage, altéré — De nostre sang ! malheureux que nous sommes (Enjambement et cheville). — J'arresté (pour j'arrêtai) rime avec indompté. — Le temps est un atome el un poinct limité — Du ciel, et puis le Ciel l'est de l'Éternité (Remarquer l'hiatus, les enjambements, les répétitions traînantes et la cacophonie lédelef). — Te vantes à tort que lu as, (hiatus), etc. Dans le 2me volume du Parnasse français de 1607 figurent d'Infrainville des Vers pour une beauté gardée estroitement et le Sonnet sur l'accident arrivé à la reine, publié déjà dans le volume précédent et ici légèrement modifié.
1. Insérées d'abord dans les Diverses poésies nouvel/es, Rouen, 1597, iri-12 sous le titre Chanson, puis dans deux éditions de L599 et de 1(103 du Parnasse des plus excellents poêles de ce temps sons le titre Victoire de la Constance {Malherbe, éd. Lalanne, 1, 28). Cf. le début dans Malherbe :
Enfin colle beauté m'a la place rendu Que d'un siège si long elle avoil défendu, Mes vainqueurs sont vaincus ; ceux qui m'ont l'ail la lui La reçoivent de moi.
et dans Mainard (t. II, p. 139) :
Il est temps que l'amour d'une belle couronne De myrthe et de lauriers mes cheveux environne, Je liens entre mes bras, après tant de mespris La belle qui m'a pris.