Roy, o. c, pp
productions que Mainard satisfait surtout à sa prédilection marquée pour ces dérivés :
On dit que les sçavans qui charment les ruelles Ne trouvent dans mes vers ny le bon, ny le beau.
Tu scais que je connois nostre divin mestier Et que j'en voy d'abord le foiblc et le solide.
Et tout ce qu'il inspire à notre potentat
Montre qu'il met toujours l'utile après l'agréable '.
En marchant sur les traces de Maurice Scève, auteur quintessencié s'il en fut jamais, qui lui-même suivait en ce point Pétrarque, Du Bellay recommandait et employait des façons de parler comme Yenroué des cymballès, le fraiz des timbres, l'épès des forestz, au lieu des cymbales enrouées, etc.'2. Les précieux trouvèrent la menu4 grâce que le théoricien de la Pléiade à donner un complément à l'adjectif neutre : donner dans le vrai de la chose ou dans le doux d'une flatterie \ Mainard affectionne ces abstractions: Qui soutiendra le faible de mon âge... Le froid de mes années a passé dans mes chansons... un beau qui n'est pas à vous... le marchand sac le bleu de l'onde '. .
Nous rattachons aux traits précieux de la langue de Mainard l'emploi qu'il fait d'adjectifs juxtaposés qui se qualifient, tout en s'opposant par le sens. Ces composés se rencontrent chez les auteurs de la Pléiade et l'on sait que Lazare de Baïf est le créateur d'aigre doux, le seul adjectif de ce genre qui ait survécu ; on disait couramment humble fier, doux cruel, etc. Bien que Malherbe, en rayant doux poignant dans son Desportes ■', eût condamné ces alliances de mots, Mainard continua à juxtaposer deux adjectifs à sens contraire. Il se déclare ravi de