Le sonnet de Berni
GUiome d'argento linc, irle ed altorlo Sentz arte
qui a inspiré à Du Bellay son sonnet xci (cf. P. Toldo, Etudes sur la poésie française burlesque de la Renaissance, Zs. /'. rom. Philol., 1901, p. 74) est la source aussi des moqueries de Mainard dans Fépigr. : Tu vis naistre mes bis ayeu.v.
i. Cf. par ex. le sonnet m, 10 de Mainard et l'épigr. 39 du liv. X de Martial qui offrent la même pointe. — Cf. encore ibid. 73, Plusieurs siècles ont fait le tour et le rondeau II, 289. avec les épigr. 33 du- liv. III et 30 du liv. IX de Martial.
460 LE POÈTE lï\. MAINARD
C'est la même opération que Mainard se refuse à faire à Pégase, la fière monture d'Apollon :
Ton goust et le mien sont divers Mettre Venus hors de mes vers Seroit-ce pas hongrer Pcgaze ? '
De même notre poète tire du persiflage dont Juvénal poursuit les « vierges Piérides » et notamment Clio, mendiant à la porte des grands2, les épithètes plaisantes dont il affuble irrévérencieusement les Muses : « scavantes pucelles » ou « illustres gueuses du Parnasse ». — « Vous ne trouvez pas même un sesterce sous les ombrages du Parnasse », avait soupiré Juvénal avec un comique douloureux. Ce ne sera pas un trait perdu pour Mainard qui reprochera aux Muses d'une manière burlesque :
Fondez tous les vers du Parnasse
Vous n'en sçauriez tirer un blanc ■-.
Mais c'est surtout aux Italiens que Mainard s'adresse; c'est à eux, de préférence, qu'il emprunte des images bouffonnes e| des rapprochements imprévus, tels qu'en présentent en abondance les productions joyeuses de l'Arétin et des poètes bernesques. Certains des poètes du xvie siècle, comme Du Bellay, Amadys Jamin, Vauquelin de la Fresnaye, avaient déjà mis à contribution ces modèles ; Régnier les avait imités davantage avec une verve chaude et étourdissante. Mainard y trouvera des ressources fécondes pour ses épîtres, ses chansons bachiques et surtout pour ses épigrammes.
A ses épitaphes burlesques, — tombeau d'un gourmand ou de deux bossus — correspondent les sonnets de Pistoia ou tel capilolo de Berni4. Sa plainte sur la mort d'une chatte 5, de
1. Cf. Martial, épigr. 36 du liv. I. — Mainard, t. III, p. 332.