‹ Le poète François MainardChapitre 32 sur 375 · L'achevé d'imprimer du Parnasse est du 23 février 1G · texte numérisé non relu

L'achevé d'imprimer du Parnasse est du 23 février 1G

4. Nous notons par A la première pièce de ces stances (éd. Garriss., II, 142) et par B la seconde (/bid., p. 1 40) .

3. Malherbe qui, dans ses premières pièces compte pour une syllabe l'e muet final, précédé d'une voyelle et suivi d'un mot commençant par une consonne, n'en fait plus état dans les vers composés à l'époque de sa maturité. Cf. Souriau o. c, p. 2i.

terme. Mainard s'exprimait mal encore en faisant parler sa grande dame ainsi :

Tes yeux en se fermant à leur dernier sommeil

Leur couleur ont ravie ; Car c'estoient les rayons qui servoient de soleil

Au printemps de ma vie,

vu qu'on aurait pu croire, à cause de l'ambiguïté de la phrase, que les yeux de Saint-Julien,- en se fermant pour toujours ont dérobé leur couleur à nos regards, et non qu'ils ont amené la pâleur du visage de la reine. Aussi le poète corrige : Mu couleur ont varie. Des répétitions disparaissent, pièce A, st. XVI:

Mon mal n'est pas un mal qui puisse à la parole Se donner à guérir

en 1607 :

Mon mal n'est pas de ceux que de belles paroles Ont pouvoir de guérir

Il écarte des pléonasmes, pièce A, st. IX (dans son désespoir la reine trouve qu'elle n'a de plaisir qu'en se retirant):

Loin des gens et du jour Dans le creux d'un rocher ou dans quelque lieu sombre,

phrase dont chacune des parties dit presque la même chose. Dans sa nouvelle rédaction, après avoir mis loin du bruit et du jour pour mieux marquer le contraste entre le calme de la retraite et la lumière trop vive qui déplaît à l'amoureuse désolée, Mainard supprime le pléonasme qu'il avait tout d'abord fait, en remplaçant le vers 4 de la stance mentionnée par un vers nouveau :

Dans les coins plus cachés d'une demeure sombre.

H est vrai qu'en omettant l'article devant le superlatif, il tombe dans une foute de syntaxe condamnée par Malherbe. Il allège et rend plus claires certaines phrases, Begr. A. st. Y ;

De tant de grands malheurs qui m'ont sous leur puissance Et qui depuis le jour de ma triste naissance M'ont suivi de fort près.

MAÏNAJU) A LA COUR 75

Remarquer que la première fois m'ont a le sens de me lien unit, et que la seconde fois, il a sa valeur ordinaire d'auxiliaire, ce qui prête à la confusion ; de plus, la répétition des relatifs alourdit la phrase. En 1607 le poète met à la place des vers cités :

De tant de grands malheurs obstinés à me nuire Et qui depuis le jour que premier je vis luire Me suivent de si près

Au lieu de certains mots tombes en désuétude, le poète en met d'autres plus conformes à l'usage courant'. Il importe surtout de noter la peine qu'a prise Mainard de faire disparaître les hiatus et les licences métriques de sa première version. Ainsi il avait presque débuté par un vers ayant une syllabe de trop :

Il faut que par mes cris je rompe le silence, L 'envié qui me possède a trop de violence.

Or, on lit en 1007 : l'ennui qui me possède, ce qui rend au vers sa mesure.

Mainard transforme de même le vers 5 de la stance II de A, afin de l'en débarrasser de 1' « entrebâillement » qui primitivement s'y trouvait. Ceux qui ne savent pas, déclare la reine, que j'étais attachée surtout aux vertus du serviteur que je pleure :

Blasmeront mes pensers d'en garder In mémoire, Et me reprocheront ce qui est de ma gloire, Tout ainsi qu'un péché.

En 1607 :

Et me reprocheront ce qui me tourne à gloire-.

Comme nous l'avons dit, les quelques chansons, plaintes d'inconstance, assurances de fermeté que Mainard fit paraître

1. Ainsi pièce A, st. XIII, vers 5 chez l'Estoile : Ou (/n'en ce monde ici je demeure immortelle cl pièce B, si. XITT, vers i : La franchise contrainte sont remplacés en 1(107 par Si ce n'est que je sois en ce monde immortelle cl La liberté contrainte.

2. Il y a dans le texte de l'Estoile (v. 5, st. XI de A): Rends le à ce beau corps qu'une mort trop haslée ; le se rapporte à ce dernier baiser. En 1607 on lit : « Rends les à ce beau corps... » les se rapporte à sanglots. Le texte de l'Estoile présente probablement non pas un Lia tus, mais une faute de copie.

dans le Parnasse de 1G07, se ressentent de l'influence de Desportes et de Bertant. En soumettant ces pièces à la censure de Malherbe, il lit disparaître la plupart des incorrections qui les déparaient. Malherbe aurait pu reprendre encore dans les Regrets l'adjectif employé comme adverbe : depuis le jour que premier je vis luire (A, st. V) ; le superlatif relatif sans article : Dans les coins plus cachés d'une demeure sombre(A, st. IX) ■ ; les expressions « basses et plébées » muguet (A, st. X) et eu-bas (B, st. IV); les archaïsmes délivre (adj. libre, exempt = delibcralum, A, st. XVI) - ; ores (B, st. XX) ' ; enfin dans l'Epitâphe du sculpteur Pilon, un hiatus : Ainsi elle eust faict son effort*. Mais comme ces poésies avaient un air de correction poussée assez avant, comme certaines étaient agréablement cadencées, qu'elles avaient du mouvement et offraient un concours de sons assez harmonieux, le maître ferma les yeux sur les enfantillages du fond, a C'est du vin qui véritablement n'est pas gasté, mais qui n'est qu'à huit deniers le pot » ', dut-il prononce]' en permettant à Mainard de publier ces bagatelles et en l'exhortant à produire de meilleurs travaux.

Quant au Philandre, il enjoignità son jeune disciple d'en faire le sacrifice. Non pas que Malherbe, comme on l'a dit6, méprisât la poésie pastorale. Ménage nous a rapporté le cas qu'il faisait de YAminle du Tasse, poème qu'il ne cessait d'admirer et qu'il aurait désiré avoir composé7. Il avouera un joui' dans un sonnet

1. Mainard emploie dans uni1 pièce insérée dans les Délices de la poésie franc. de 1013 la même construction vieillie : aux bois plus secrets (les [dus...) cf. éd. Garriss., II, 239, st. 11.

2. Délivre est employé par Bertaut, cf. éd. Chenevière, p. .302, v. 1.

3. Noter que Malherbe qui blâmait Du Bellay d'avoir employé or et ores s'en esl servi lui-même dans l'ode à .M. de la Garde, qui est de 1020.

i. Mainard n'aurait pu faire disparaître L'hiatus cité qu'en donnant au mot ainsi son ancienne forme ainsin ; mais c'aurait été tomber dans une fan le aussi répréhensible que l'hiatus. Faisons remarquer que toutes ces fautes subsistent dans les anthologies de 1615, 1020 et 1030, qui reproduisent ces premiers essais de Mainard.

5. Balzac rapporte dans une lettre à Chapelain (1. 21, liv. XIX du G juillet 1038, éd. in-f") ce propos que Malherbe tenait sur les ouvrages qui, sans être mauvais, n'étaient pas bons.

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