Lettres inéd., éd. c, t. I, p. 309, 30 oct. 1G
2. Eludes sur les rapports de la lill. franc, et de la litl. espagnole au XVII' siècle. Gongora. Revue d'Inst. litt. de la France, 1807. — Cf. aussi art. s. St-Amant dans la Gie Encyclopédie.
En faisant ressortir la médiocrité de l'invention de Mainard en comparaison de son aptitude à mettre en œuvre les conceptions d'autrui, Ménage appliquait à notre auteur le jugement que Jules César Scaliger a porté d'Erasme : homo ex alieno ingénia poeta, exsuo versiflcator1. Cet avis ne nous semble pas tout à fait justifié, car il arrive à Mainard d'écrire, en copiant les originaux, de mauvais vers et d'en tirer parfois de très beaux de son propre fonds. Notre étude sur l'imitation chez Mainard, montre qu'il a réussi surtout lorsque l'inspiration de son modèle répondait à la sienne ou lorsqu'il a animé ses emprunts d'une émotion vraiment sentie. Ce qui revient à dire qu'il a excellé quand, tout en imitant, il a exprimé sa propre individualité. Or comme sa personnalité est faite surtout d'une sensibilité profonde et tendre, parfois sensuelle et presque toujours attristée, c'est dans la poésie élégiaque que Mainard a laissé ses chefs-d'œuvre. Ce sont l'ode à Daphnis sur la mort de sa fille où la douleur paternelle est exprimée d'une manière si touchante et à la fois si puissante, l'ode à la Belle vieille et quelques épigrammes toutes lyriques à Cloris, où son amour passionné, voluptueux sans fougue et sensuel sans emportement, vibre en accords sobrement pathétiques. Ce sont encore certains de ses sonnets ou les dernières strophes de l'ode à Richelieu qui respirent une résignation amère à l'injustice marquée par son siècle à l'égard de ses mérites, tels autres sonnets ou telles stances de rode à Alcipe d'où déborde son dégoût de la Cour, objet de ses rêves d'antan, et qui, à l'heure où le poète se rend définitivement compte du mépris qu'elle professe pour les beaux vers, montre à ses yeux toutes ses turpitudes. Par contre-coup, dans les mêmes morceaux, tel un rayon de soleil qui ferait plus violemment ressortir la noirceur d'un ciel d'orage, les passages où ce courtisan malheureux peint avec d'idylliques couleurs « le calme si doux de son désert », « les rochers et les bois » de son Quercy, « les pins