‹ Le poète François MainardChapitre 316 sur 375 · Œuvres, éd. 1655, t. II, p · texte numérisé non relu

Œuvres, éd. 1655, t. II, p

plus raffinée, demande à s'exercer sur le compte du prochain d'une manière moins brutale? Toujours est-il que ce que nous demandons à l'épigramme c'est de faire ressortir d'une manière comique et fine, des travers ou des ridicules de l'esprit ou du caractère. Ce n'est pas que Mainard fût totalement dépourvu d'ironie spirituelle. Son sonnet — épigramme à Richelieu : Par vos humeurs le monde est gouverné et ses vers gouailleurs (( contre une vieille dame qui parloit phébus » — Mlle de Gournay, la fille savante — sont des productions qui enchantèrent ce connaisseur en choses d'esprit que fut Voltaire. Ce sont là des accidents dans l'œuvre épigrammatique de Mainard. Notre poète n'a pas assez de pénétration psychologique pour saisir les ridicules moraux ou intellectuels, ni assez d'habileté pour les mettre vivement en lumière.

Nous nous gardons bien de reprocher à Mainard, comme le firent Malherbe et certains de ses amis, de ne pas suffisamment acérer la pointe de ses épigrammes '. Pour le réformateur de la poésie française comme pour Boileau, l'épigramme doit être avant tout « un bon mot de deux rimes orné », une saillie pleine de sel. Malherbe trouve fades les a épigrammes à la grecque », c'est-à dire des petites pièces d'une naïveté pleine d'agrément. Notre poète ne pouvait se résoudre aies condamner. « Je voudrois fuir les pointes et m'esloigner du stile des Espagnols et des déclama teurs. A mon goust les poésies aiguës ne sont pas les meilleures et le bon siècle de la latinité qui me sert de règle les a toujours rejetées" ». Cela n'empêche pas d'ailleurs Mainard de prendre pour modèle Martial qui cultive la pointe avec délices.

Mais soit que les épigrammes de notre auteur exposent avec une simplicité spirituelle une réflexion juste, soit qu'elles mettent en relief une pensée piquante, elles manquent presque toujours de cette brièveté élégante qui est une des qualités du genre. Qu'on lise son épigramme contre un écrivain qui cache

1. Hacan, i'ie de Malherbe, éd. c , t. i, 27". Cf. Chapelain, Lettres inéd., 30 oct. 1639 à Balzac : « Nous avons veu icy beaucoup de nouvelles épigrammes de luy cl toutes dignes de sa réputation. Je voudrois seulement qu'il affectasl un peu davantage la pointe à la fin et que la queue fust au moins aussy belle que la teste. »

2, Lettre CCXVIi à Fremin.

à dessein ses pensées afin de paraître plus profond : on conviendra qu'elle gagnerait en force si Mainard en avait condensé la matière en six vers, afin d'arriver plus tôt au quatrain final où le bons sens s'exprime avec une ingénuité charmante :

Si ton esprit veut cacher Les belles choses qu'il pense, Dy-moy, qui peut t'empescher De te servir du silence '.

C'est ainsi encore qu'il gâte, en le délayant en douze vers, le bon mot de Martial sur un médecin qui, en devenant croquemort, n'a pas changé de métier2. S'il fait une application heureuse de l'hyperbole amusante de l'Arétin : Soldato che con la barba et con la spada haveria fatlo Iremar l'estate et venir caldo al verno, en avertissant un mauvais poète que :

Tes raisons et tes pensées Robin sont assez glacées Pour faire trembler juillet3,

il atténue l'effet du trait final en écrivant sept vers avant de le lancer. C'est pis encore quand Mainard cède au désir d'écrire ses épigrammes non seulement en dixains comme Marot, mais en quatorze vers, c'est-à-dire d'en étendre la matière pour remplir le cadre d'un sonnet1. Les poètes bernesques avaient procédé de la sorte et, en France, Du Bellay avait décoché à la fin de certains sonnets des Regrets des flèches acérées :

Et du Bellay quittant cette amoureuse flamme Premier fit le sonnet sentir son épigramme5.

Seulement, comme le talent de Mainard ne brille pas par la finesse, et que, lorsque sa sensibilité ne l'alimente pas, son invention est mince, notre auteur est obligé, pour étoffer la

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