‹ Le poète François MainardChapitre 319 sur 375 · L ACTIVITE POETIQUE DE MAINARD, DISCIPLE DE MALHERBE. SON ORIGINALITÉ · texte numérisé non relu

L ACTIVITE POETIQUE DE MAINARD, DISCIPLE DE MALHERBE. SON ORIGINALITÉ

(Deuxième Partie)

A. — La conception que Mainard se fait de l'art littéraire est identique à celle que s'en fait Malherbe. Procédés d'exécution recommandés par Malherbe : détermination des noms exprimant des divisions du temps à l'aide de numéraux cardinaux. — La rhétorique de Mainard et celle de son maître : la correction; l'antithèse ; la répétition. — La pureté et la clarté. Le travail du style chez Mainard : fautes qui subsistent dans ses vers, en dépit de la peine qu'il s'est donnée de les corriger.

b. — Qualités distinctives du style de Mainard : La netteté et le naturel.

La netteté : Comment Mainard y arrive ; a) proscription des chevilles ; b) bannissement des adjectifs qualificatifs.

Le naturel : a) Construction régulière, rejet des inversions ; b) la proposition principale n'ayant pas ou n'ayant qu'une seule subordonnée, expression ordinaire de ses pensées ; c) indépendance syntaxique du vers ; proscription de l'enjambement.

c. — Observations sur la versification de Mainard dans ses rapports avec

ses procédés de style et la construction de ses phrases. — Manière dont ses vers sont détachés. — Ce qu'un pareil procédé ajoute à la netteté ordinaire du style de Mainard. — La coupe du vers. — La strophe. Coupe du sixain et du dixain. — Admiration de Malherbe pour l'habileté rythmique de Mainard. — Parenté du génie du maître et du disciple.

Mainard se fait de l'art littéraire la même idée que Malherbe. Pour lui aussi la poésie est moins le fruit de l'inspiration et de l'enthousiasme que celui du travail. En louant son maître, dans un sonnet inséré dans les Délices de

1615 S c'est au talent avec lequel il « range ses chansons » qu'il rend hommage ; il néglige de parler des qualités de son génie; il oublie le poète, en complimentant le grammairien, le styliste et le métricien. La beauté des vers, écrit-il, vient d'une profonde méditation et « d'une longue patience2 ». « Imiter les bons originaux3 », voilà pour le fond ; tâcher d'atteindre la perfection en châtiant sans cesse les vers, en leur faisant subir sans relâche le polissage de la lime, voilà pour la forme. Dans les années d'épreuves où, par suite de sa brouille avec Noailles et de ses embarras d'argent, il est obligé d'habiter Saint-Céré, Mainard se livre à un travail opiniâtre pour affiner le style de ses vers. Afin de laisser à la postérité une œuvre sans reproche, il revise scrupuleusement son abondante production, en écarte tout ce qui lui semble indigne de l'impression définitive de son volume et ne garde que les pièces qui lui semblent méritoires, non toutefois sans les retoucher avec minutie. Il remplace les vers qui blessent son goût par des variantes plus heureuses et substitue aux expressions vagues ou défectueuses les termes propres et précis. Selon l'habitude du temps, il adresse à ses amis les différentes versions d'une pièce ou les diverses leçons d'un même vers et les prie de lui en indiquer la meilleure. Les remarques que lui envoient ses critiques le fâchent autant lorsqu'elles sont justes que lorsqu'elles sont déplacées, « Sa bile plus forte que sa raison ,{ » s'échauffe, même quand il doit s'avouer qu'il a tort. « Mesnagez-moy, écrit-il à Frémin, un vieux (sic) artisan ne souffre que mal-aisément qu'on deschire sa besogne... tout petit que je suis, je veux estre flatté comme les grands » '. Au fait, s'il défère parfois aux censures de ses amis, le plus souvent il refuse d'y acquiescer « quand mesme toute l'Académie le lui ordonneroit », que même" ute la Franato ce le condamneroit làdessus (i ». Il se défend « par l'authorité du bon Malherbe, que

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