Marsan, <>. c, p
7. Préface de YAminte par G. Ménage, en tète de presque toutes les éditions de cet opuscule. — Racan aussi a marqué que Malherbe excluait le Tasse et sa pastorale du dédain qu'il affectait pour les Italiens.
MAINARD A LÀ COUR 77
à M. de la Morclle, avoir lu avec ravissement sa Ph il i ne \ et décernera à l'auteur de ces « beaux vers » la palme d'éloquence. Il s'escrima toute une après-dînée à retourner en tous sens, pour en tirer l'anagramme le plus doux, les lettres du prénom de Mme de Rambouillet, qu'il avait choisie comme dame de ses pensées. Enfin, fixant son choix sur le nom d'Arthémise, il se proposa de chanter cette belle dans une églogue dont il composa les quarante premiers vers. Il s'y mettait lui-même en scène sous le nom bucolique de Mélibée et disputait avec le berger Arcas, qui représentait Racan, sur le mérite respectif des Nymphes dont les deux bergers se déclaraient les soupirants \ En 1615, il imagina de prêter à un berger le récit allégorique des bienfaits qu'avaient assurés à la France la « houlette » de Louis et celle de Marie. Enfin, parmi ses Fragmenta (n° XIII) figure une binette de couleur pastorale. Mais le Philandre de Mainard choquait son jugement et son goût par trop de côtés pour qu'il pût tolérer que son disciple le livrât au public. L'intrigue, loin d'être conduite avec cette rapidité qui est un des charmes du petit chef-d'œuvre du Tasse, est d'une bizarre complication. Des incidents saugrenus ralentissent à chaque pas faction. Certains épisodes sont même d'une rare extravagance. A les lire, Malherbe devait s'exclamer comme devant certains passages de Desportes : (.< imagination bourrue, s'il en fut jamais », « jugez de cette belle conception », « jugez de cette impertinence », « excellente sottise », « ridicule imagination », « mauvais au quatrième degré », etc. C'aurait été pour Mainard perdre son temps 'que de reviser son poème afin d'en faire disparaître les innombrables « mauvais mots », les « pâtés de chevilles » et les « entre-baillements ». La conception même du Philandre était manquée et ce poème devait être irrémédiablement condamné1.
1. V. sur la P/titine de la Morclle, Paris, 1030, et sut- le sonnet (ail par Malherbe eu l'honneur de cet auteur, Marsan, o. c, p. 310.
2. Racan, o. c, t. 1, pp. '283-.286. Finalement Malherbe abandonna le nom d'Arthénice sur lequel Racan avait des droits de priorité pour celui de Uhodanlc.
3. Le Segraisiana rapporte que d'Urfé présenta ses vers à Malherbe qui lui conseilla de ne plus eu faire. Nous ne savons si c'est le Sireine qu'il lui fit voir. En fous cas, la condamnation de son modèle dut être une consolation pour Mainard, dont le Philandre avait été déclaré par Malherbe indigne de l'impression.
Pour faire supporter plus facilement à son élève l'amputation douloureuse qu'il lui prescrivait, il lui confessa que lui-même avait sacrifié ses premiers vers et qu'il regrettait le temps qu'il avait mis à rimer des platitudes sur la mort de Germaine Roussel ou à écrire les Larmes de Saint-Pierre '.
Malherbe apportait dans l'examen des pièces gaillardes de son disciple, le même soin attentif que dans la correction de ses poésies avouables. Au contact de la « salacité » de son maître, notre auteur excita la sienne, et, sous sa direction, il se perfectionna dans le genre impudique des Priapées. M. Lalanne semble regretter que le bon Racan ait « pris plaisir à conserver dans ses souvenirs et à nous transmettre avec une crudité naïve des traits qui peignent très bien le naturel cynique de Malherbe » \ Mais à défaut des mémoires de son élève, la correspondance, les vers et les témoignages des contemporains du réformateur nous éclaireraient là dessus. Passe encore qu'à plus de cinquante ans il ait prouvé par sa liaison avec la vicomtesse d'Auchy qu'il gardait « ces chaleurs de foie qu'ont les jeunes gens » ' ; qu'ayant été toujours « fort adonné aux femmes )) il ne se soit décidé que très tard à « renoncer à l'amour et à quitter son empire » ' et qu'il jalousât M. de Rellegardc, moins de son titre de duc et de pair, que de « pouvoir lire à livre ouvert » auprès des belles dames. Sa conversation était d'un cynisme rare. Il se plaisait ainsi à rappeler les voyages qu'il avait dû faire chez un empirique de Nantes à cause de fâcheuses mésaventures de jeunesse dont il tirait autant de gloire que s'il eût gagné des batailles, et plaisantait le jeune Racan d'être trop souvent un adorateur platonique du beau sexe. Le duc de Bellegarde lui avait donné, à cause du plaisir avec lequel il s'étendait sur les sujets graveleux, le surnom de « Père la Luxure » ; son expérience dans un domaine qu'on nous saura gré de ne pas