‹ Le poète François MainardChapitre 326 sur 375 · Lettre CLXIV · texte numérisé non relu

Lettre CLXIV

5. V. cette épigr. inédite dans notre brochure Les manuscrits de Mainard, conservés à la Bibliothèque de Toulouse, pp. 25-26.

Malgré sa susceptibilité à ce sujet, ses amis ne manquent pas d'appeler son attention sur les fautes de ce genre qui lui ont échappé ; à contre-cœur et après s'être fait longuement prier, Mainard se corrige. Ainsi, dans la première version de son ode à son livre, le poète avait dit de sa Muse qu'elle préfère les souliers bas « à l'orgueil de la pianelle » ; à la suite des observations de Flotte, il remplaça pianelle par cothurne1. De même, il avait tout d'abord, dans son ode en quatrains dédiée à Richelieu, fait la réflexion :

C'est que mes vers n'ozent descendre Dans l'oreille de Richelieu.

Comme le chanoine Frémin, le vieux Laugier de Porchères et le fidèle Flotte lui firent observer que ce n'était point là parler français, il se targue d'un vers d'Horace :

In meri descendat iudicis aures.

Il reconnaît néanmoins la justesse de leur critique, puisque l'édition définitive porte :

Mes ouvrages n'ont rien qui plaise A l'oreille de Richelieu 2.

C'est encore ainsi que, dans son ode à Flotte, en rappelant sa Muse à un ton plus modeste, il s'interdit De faire contre à Pindare. Cette fois il tint bon contre les critiques de Flotte, fit imprimer ce gasconisme tel quel dans les Pièces nouvelles de 1638 et n'amollit son opiniâtreté qu'au moment de la publication de 1646 de ses Œuvres ; dans ce volume, au lieu des vers cités, on lit Dem'eslever sur Pindare 3.

Encore que de son naturel il aimât un langage sans ambiguïtés, aux termes précis et propres, Mainard eut beaucoup de mal à respecter les règles posées par le réformateur relatives

1. Lettres CLIV et GLXXVI. — Ms. 843 de la Bibl. de Toulouse, f° 223. — Ed. Garriss., t. III, 2.

2. Cf. 1. CCXXXV. — Ms. 843 de Bibl. de Toulouse, f° 141 verso. — Ed. Garriss., p. 192.

3. Cf. 1. GCLXXI. — Garrisson qui a recueilli les variantes de cette pièce offertes par les Pièces nouvelles, a négligé celle-ci.

à la clarté et à la précision de l'élocution. Pellisson 1 nous a rapporté le blâme qu'il infligea un jour à des vers un peu confus de Charles de Mainard. La « force du sens » ôtait la difficulté offerte par une amphibologie, néanmoins le vieux poète se fit lire trois fois le passage défectueux en feignant de ne pouvoir le comprendre, et enfin s'adressant à son fils : « Ah mon fils, dit-il, à cette fois-là vous n'êtes pas Maynard, car ils n'ont pas accoutumé de ranger leurs paroles de la sorte. » Si notre auteur échappe au reproche d'obscurité, d'impropriété ou d'équivoque qu'on pourrait adresser à toute la poésie antérieure à Malherbe, c'est qu'il travaille ses vers, selon l'expression de Pellisson, « avec un soin incroyable » et qu'il finit ses ouvrages, comme il nous l'apprend lui-même, « plutôt par lassitude que par satisfaction ))2. Car Mainard appartient à cette race d'écrivains à qui, au dire de Régnier, aussitôt qu'ils prennent une plume, il semble avoir une galère à la main. Il écrit péniblement, se fatigue à chercher le terme propre, la tournure correcte, claire et aisée. Il les trouve, mais au prix de journées entières de labeur. Ses cahiers autographes surchargés de ratures et de leçons, biffés, avec des variantes non seulement dans le corps de la page, mais en marge, au-dessus, au-dessous, avec des corrections enchevêtrées au point d'être illisibles, attestent les difficultés que Mainard a eu à vaincre pour atteindre cette clarté et cette pureté dont il se pique. Voici quelques exemples de ses corrections qui témoignent de la peine qu'il s'est donnée à ce propos et du succès auquel il est arrivé, après des remaniements laborieux.

Dans l'épigramme où il souhaite l'établissement de la paix, Mainard s'était tout d'abord exprimé ainsi :

Louys l'aigle des conquérans A dans le païs des tirans Assés estendu ses limites.

J'adorerois le cardinal

Si les orgues de l'Arsenal

Se convertissoyent en marmites.

Page 1