V. sur ces pièces, Allais, o. c
2. Lalanne, Notice biographiques. Malherbe, eu tète de son éd. pp. xliv-xly.
3. Lettre à Racan (n° XI des Lettres à divers, t. IV, éd. Lalanne). i. Sonnet à M. du Maine (1611).
MAINARD A LA COUR 79
préciser lui faisait attribuer par ses intimes « juridiction sur toutes les affaires » rappelant les lieux mal famés1.
Assoiffé jusque dans sa vieillesse des plaisirs des sens, il ne fut jamais vraiment amoureux. Ce furent des caprices, et non le besoin de s'attacher à un autre cœur, qui amenèrent ses liaisons. S'il laisse échapper par hasard qu'il n'y a au monde que deux belles choses « les femmes et les roses », il corrige ce qu'il y a de poétique dans ee rapprochement, en ajoutant qu'il n'existe aussi que deux bonnes choses « les femmes et les melons ». Dans l'idée qu'il se fait de l'amour n'entre ni tendresse, ni douceur ; il n'y met que la jouissance, la possession positive et brutale de l'être désiré '.
Aussi, s'il ne nous a laissé que peu de pièces licencieuses ', il est indubitable qu'il provoqua ses élèves à en écrire. Un jour Mainard se précipite chez lui afin de connaître la quantité d'un mot ignoble figurant à la rime d'une priapée '. Un autre jour Racan lui ayant raconté une malpropreté, son maître lui ordonna delà mettre en vers. Racan obtempéra sans hésitation et ne s'étonna que de voir Malherbe se montrer à l'endroit de ces a friponneries de page » aussi rigoureux que s'il eût été question d'une ode ou d'une élégie. En effet, le « tyran des mots et des syllabes » n'entendait pas que ces polissonneries se dérobassent aux règles de sa poétique ou de sa grammaire. Il refusa de donner son assentiment à l'historiette scabreuse que, sur son ordre, Racan avait rimée, à cause du début amphibologique de cette pièce et de l'hiatus qu'elle renfermait. De même il n'acquiesça pas à un autre petit conte orduricr du même
1. Tallemant, Historiette de Malherbe, éd. c, 1. 1. Cf. lettre de Malherbe à Balzac, datée du 28 septembre 1625, par Lalanne, III, 89 n. 1 et la 1. 4 de Racan à Balzac, éd. c, I, 310. V. enfin 1. XI de Racan à Chapelain. Il est t'ait allusion pins loin à un passage de cette lettre (éd. c. 1,343) où Racan s'étend sur l'ordre que Malherbe lui donna de mettre en vers « ces friponneries de page » et sur la rigueur de son jugement.
2. M. Allais, n. c, pp. 5G-61, présente sous un jour favorable les sentiments de Malherbe sur l'amour. Par contre Tenant de Latour (notice en tète de son éd. de Racan, I. p. xxxvn) parle de son « code de galanterie vulgaire », de son « sensualisme grossier qu'il n'a même pas pris le soin de relever d'un peu d'amour ».
3. Racan a reproduit un quatrain licencieux de son maître dans ses Mémoires pour la vie de Malherbe, I, 276.