Un enjambement comme le suivant
. . . Mais le puissant langage De mon cher Gomberville, à la fin m'a vaincu.
(éd. Garriss., III, p. XV) est une exception.
3. Comme nous nous occupons de la versification de Mainard dans ses rapports avec les traits essentiels de son style, nous ne dirons rien de sa métrique ni de ses rimes. Cette étude a été entreprise par Lierau, Metrische Technik der sonnettisten Maynard, Gombaud, Malteville, vergleichen mit derjenigen Malherbe, Greifswald, 1882-1883. Il faut manier avec beaucoup de précaution cette « dissertation inaugurale » car elle contient beaucoup d'erreurs. Il faut noter que la rime de deux noms propres que M. Lierau découvre dans Dieu Cornard-Maijnard (III, 202-203) n'en est pas une, attendu que notre auteur a l'habitude de mettre des majuscules à ses adjectifs. — Il n'y a pas non plus d'hiatus dans les vers : Merlin je .me deplay au climat où nous sommes (III, 48); Et le mort que tu plains te pourra-il défendre (ibid., 188) et Se mesle-il de prescher (ibid., 166); ce sont des graphies du xvu" siècle pour déplais ; pourra-t-il ; mesle-t-iL
Le détachement des vers est la conséquence de tous ces procédés par lesquels Mainard tache de donner à son style le plus de netteté possible. « C'est une façon que j'affecte », écrit-il à un correspondant qui attirait son attention là-dessus1. De même que ses amis, les critiques du xvne siècle ont remarqué ce trait de sa versification et de son style. Notamment Pellisson a relevé chez Mainard des suites entières de vers détachés :
Nos beaux soleils vont achever leur tour; Livrons nos cœurs à la mercy d'Amour ; Le temps qui fuit, Cloris, nous le conseille.
Mes cheveux gris me font déjà frémir ; Dessous la tombe, il faut toujours dormir ; Elle est un lit où jamais on ne veille.
On rencontrera difficilement chez un autre poète une netteté aussi élégante, unie à un fini aussi consciencieux et aussi brillant. Aucune cheville ; une pureté et une propriété rares que le latinisme soleil pour jours, employé par Ronsard et la Pléiade et très fréquemment par Malherbe, n'altère pas; point d'autres épithètes que celles qui complètent d'une manière indispensable le sens des mots. Rien que des propositions principales dont deux seulement sont déterminées par de brèves subordonnées ; enfin, quoique toutes les phrases forment un ensemble qui se rapporte au même objet, elles sont en complète indépendance syntaxique les unes à l'endroit des autres.
On a remarqué que, depuis les origines de la Pléiade, les poètes cherchent instinctivement à établir un accord entre le vers fondamental de la poésie française, comme Becq de Fouquières appelle l'alexandrin, et une phrase organique, au sens complet. Ronsard, qui avait recommandé de ne pas faire empiéter le sens d'une phrase sur le vers suivant, ne tint pas compte de ses propres préceptes. Il est facile néanmoins de