III, p
i. III, p. 51.
Le premier tercet présente la combinaison 6 + 6 — 12 — 6 -f- 6. Le second débute par un alexandrin indépendant, qui est suivi d'un hémistiche constitué par une principale, faiblement coordonnée à une autre principale qui ne se termine qu'à la fin du vers suivant. Toutefois nous avons à faire ici à un rejet et non à un enjambement. De plus, Mainard n'a pas violemment séparé les unités syntaxiques de la phrase — sujet ou verbe et leurs déterminatifs. Grâce à ce rejet, l'artiste de valeur qu'est réellement Mainard obtient un effet de style : l'allongement inattendu de sa phrase après la suite de courtes propositions qui précèdent s'accorde avec l'idée de prolongation inespérée de vie que lui octroie la Parque.
Le besoin de netteté a amené Mainard à adopter pour l'ensemble d'une composition poétique des procédés analogues aux procédés observés par lui à l'effet de faire saillir les éléments composants d'une strophe. Ainsi que chez son maître, sa strophe forme un tout qui se suffit à lui-même comme signification et comme syntaxe. Pas plus que le vers n'enjambe sur un autre vers, le sens d'une strophe ne se prolonge i chez Mainard dans les premiers vers de la strophe suivante \< Quant à la symétrie, ses strophes ont toutes le même dessin et la même longueur. A la différence de Ronsard qui ponctue souvent le dernier vers de ses longues strophes par une virgule, Mainard place à la fin de toutes ses strophes un point ou un signe de ponctuation équivalent.
Si Mainard tient de Malherbe l'habitude de diviser toujours sa pièce en stances, c'est lui qui fait sentir à son maître la manière dont il faut couper le sixain et le dixain, pour mieux en accuser la netteté de contour.
Malherbe avait longtemps négligé de couper la stance de six vers par une pause après le troisième vers. En 1612 encore, dans les ballets qu'il composa en l'honneur des fiançailles du roi et de la princesse d'Espagne, il n'avait pas marqué cet arrêt. Sans compter Alain Chartier qu'il ne connaissait certainement pas, plusieurs poètes du xvie siècle ou du début du
1. A de rares exceptions près, par exemple le premier tercet du sonnet à Merlin (III, 48) et le premier quatrain de son Nouvelliste (TU, lo6).
xviie siècle, Marot, ttelleau, Bertaut et surtout Desportes, Fauteur tant décrié, avaient divisé leurs sixains en deux tercets1. Néanmoins ce fut Mainard qui appela l'attention de son maître sur ce repos, si naturel et si nécessaire dans la strophe de six vers, ce fut lui qui érigea en règle ce qui n'était qu'un accident heureux dans l'œuvre de ses devanciers.
Mainard ajouta bientôt un corollaire à ce principe métrique. Puisque la strophe de dix vers résulte de l'assemblage d'un quatrain et d'un dixain 2, il en faut distinguer les parties par des pauses placées après le quatrième et le septième vers. Ce que Mainard réclamait, ne constituait pas d'ailleurs une innovation ; notre auteur ne faisait que reprendre la coupe ordinaire du dixain de Marot '.
Racan qui s'était rendu à la première de ces exigences, parce qu'il jouait du luth, et qu'il avait remarqué que les musiciens ne pouvaient chanter les stances de six vers sans faire une reprise au troisième, se refusa à suivre son maître et son collègue dans l'application de la seconde de ces règles métriques. Il prétendit que les stances de dix n'étant pas destinées au chant, le repos à la fin du quatrième vers suffisait, qu'enfin, dût-on les chanter, le besoin ne se serait pas fait sentir d'une autre pause que celle-ci '. Enfin quand on voulut le contraindre à couper de quatre en quatre vers sa Pastorale, écrite en alexandrins en rimes suivies, il se fâcha tout à fait5. — Quoi donc, s'écria-t-il, en faisant chorus avec Mademoiselle
1. Cf. Quicherat, Traité de versification française (Paris, 1850, pp. 558 el 568) cilé par Livet dans son édition de Yllist. de l'Académie française de Pellisson, t. I, p. 206, note.
1. La coupe de la strophe de dix en 54-5 n'est pas usitée par Malherbe ni par Mainard, bien que la Pléiade l'eût employée.
3. Il y a une seule note fausse dans l'harmonie si précise des vers de Mainard. Notre poète, comme l'a remarqué M. Faguet {Revue des cours el conférences, 6 déc. 1894), fait un contresens en arrêtant ses strophes et même ses pièces sur une rime féminine. Or, à la réserve de deux ou trois sonnets, excepté aussi son ode à M. de la darde et quelques pièces de stances, Malherbe finit toujours ses poésies et même ses strophes par des rimes masculines parce que, dit Ménage « elles ferment mieux la période ». fSouriau, Evolut. du vers fr. au XV IV siècle, p. 103).