‹ Le poète François MainardChapitre 334 sur 375 · Racan, Vie de Malherbe, éd. c, pp · texte numérisé non relu

Racan, Vie de Malherbe, éd. c, pp

5. Cf. lettre de Tvacan à Chapelain au sujet de la poésie héroïque, 25 octobre 1654, éd. c, t, I, p. 353, et sa lettre à Ménage sur la poésie dramatique, 17 octobre 1654, ibid., p. 356.

de Gournay, on veut mettre la poésie française « dans les gesnes » ? Mais en fermant à des endroits précis et rapprochés le sens de mes phrases, comment m'y prendre pour décrire « les passions violentes et désordonnées » de mes personnages ! Mais ce que vous m'ordonnez de faire équivaut à la condamnation « des vers de suite » et à leur remplacement par des quatrains ! Votre « grande justesse » est ridicule ! — Il est évident que pour un poète qui avait une plus longue haleine que Mainard et Malherbe, un souffle plus puissant que le leur, toutes ces règles qui, à force de netteté et de précision, tendaient au morcellement de la poésie, étaient des entraves perpétuelles. Mais ni Malherbe ni Mainard ne voulaient décrire des « pas' sions violentes et désordonnées ». Le maître met dans ses stances et ses odes ses méditations stoïciennes et politiques, élevées et sereines, sur la vie et sur les événements de son époque. Mainard harcèle de ses épigrammes ses contemporains et remplit ses poésies lyriques de sa sensibilité émue, mais sans fièvre ni emportement. Les principes de versification de Mainard, loin de gêner son talent et celui de son maître, viennent en aide à leur inspiration souvent défaillante. Car Malherbe a beau lui reprocher de manquer de force, il n'en a pas plus que son disciple. Il halète vite et n'est pas en état de fournir d'un seul trait la matière d'une longue suite de vers. Pour le moindre voyage, sa Muse, qui se fatigue facilement, demande des haltes nombreuses. De là, la nécessité des strophes qui ne dépassent jamais les dimensions du dixain. Cette facture satisfera en même temps le goût du maître pour la netteté, car la symétrie des morceaux dont les éléments sont de même longueur et se détachent vivement sur l'ensemble par leurs contours arrêtés, est incontestablement supérieure à celle des pièces en rimes suivies. Une indéniable parenté d'esprit rapproche le chef de la nouvelle école de notre auteur. Leur génie a les mêmes lacunes et les mêmes qualités : même incapacité à prendre un essor hardi et prolongé, même amour de la netteté et du fini'. Plus habile ouvrier que Malherbe, notre auteur

1. C'est, pensons-nous, la vraie raison peur laquelle Malherbe évite les pièces en rimes suivies ou plates et se sert seulement de strophes. M. Arnould (Malherbe

dégage mieux que lui les linéaments de la métrique qui convient à leur nature poétique et c'est pourquoi le réformateur, bien avant que son disciple fût arrivé à la perfection accomplie de ses dernières productions, l'estime « l'homme de France qui scait le mieux faire des vers ».

et son œuvre clans La Quinzaine du 1G oct. 1902) a expliqué différemment celle habitude rythmique du réformateur : « Malherbe avait horreur des vers suivis... parce qu'il sentait à merveille l'efficacité de la contrainte; pour la pensée et que lorsqu'elle n'est pas forcée de se resserrer, ayant l'espace infini devant soi, elle s'étend et s'étale fluide et lâche ». La pensée peut être diffuse en vers suivis comme en strophes ; il n'y a qu'à ouvrir Bertaut pour s'en convaincre. Elle est « lâche » dans les grandes compositions lyriques de Ronsard, où les strophes sont de quatorze ou de dix-huit vers et ou le sens ne s'achève pas au vers final. D'ailleurs l'explication de M. Arnould est insuffisante, attendu qu'elle ne fait pas dériver, comme nous le faisons, la rythmique de Malherbe t\<-> besoins et des défauts mômes de son génie.

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