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auteur, attendu qu'il en trouvait Y « intrigue trop embarassée », Cependant il en goûtait le fond et ne se fit pas faute d'en faire un « entretien gaillard » dans le cercle de Mme de La Croix1. Comme on le voit, loin de rougir, les dames prenaient plaisir a entendre de pareilles indécences. Vraiment, il était grand temps que Mme de Rambouillet et les Précieuses fissent régner plus de dignité dans la conversation, et qu'hommes et femmes fissent dans le salon bleu ctdans les ruelles du Marais l'apprentissage de la retenue et des règles élémentaires de la bienséance.
L'enrôlement de noire poêle sous la bannière de Malherbe n'alla pas sans lui attirer quelques désagréments. Il dut rompre avec ses anciens protecteurs el amis qui se trouvaient en état de guerre ouverte avec son nouveau maître. S'il ne sentit pas longtemps les elï'els de la froideur de Desportes, par suite delà mort de ce prélat quelques mois après sa brouille avec Malherbe, Mainardse fâcha avec Régnier, le gai compagnon qui l'avait si fréquemment accompagné dans les cabarets de Paris.
]. Gf. Œuvres de Racan, éd. Tenanl de La tour, l. I. lettres IV X el XL II s'agit de Louise <lc Choisy, mariée en 1609 à Jean de la Croix, comte de Castries (cf. Moréri, art. Hurault de l'Hôpital de ChivernyJ. Sasœur Francienne, qui épousa Jacques Leroî, seigneur de La Grange-Quincy, avait autant qu'elle une réputation déplorable. L'une d'elles, sinon toutes les deux, avait été demoiselle d'honneur de Marguerite et s'était lait ignominieusement chasser, en février 1608, pour avoir été en trop bons termes avec Bajaumont, le favori de la reine (cf. l'Estoile, o, c, IX. 31-52). Tallemanl (o.c.,II. 307)rapporte que « la Choisy était fille de bon lieu, mais très galante ». Il entend par là Francienne, qui eut entre autres pour amants te séduisant Montmorency et Louis de Lorraine, archevêque de Reims. Comme ce dernier lui faisait des infidélités avec M"" (\c^ Essarts, elle dévoila au Roi, dont celle dame était l'une (\e< maîtresses, le secrel de leurs relations (Malh.. lettre à Peiresc, du 2.'i mars 1610, citée par P. Paris el Monmerqué, qui ne se rendent pas compte que ce passage vise Francienne, ce dont Lalanne, Œuvres de Malherbe, II, 169, s'est aperçu). Nous saisissons ici l'occasion de dire qu'on a appliqué à Charlotte des Essarts une priapée de Mainard : L'Amour, h' désespoir, Ut rage... Pour se consoler de la mort de Louis de Lorraine (f 1621), devenu cardinal de (iuise, elle « courba avec- un valet de chambre qui luy ressembloit ». Tallemanl (IV, 101) cite les vers que Mainard fil à ce sujet el que Ton retrouve dans le ms. 8i3 de Toulouse (f° 52). M. A. Van Bever a inséré celte pièce dans ses Poètes satyriques des XV" el XVII siècles, p. 7<i, en l'attribuant, d'après le Cabinet saiyrique de 1018, à Sigogne. Mais on sait (pie les attributions des recueils du genre de celui (pie nous venons de nommer, ne sont pas toujours exactes. D'autre part, vu la dale du recueil dans lequel cette priapée fut insérée pour la première fois, il est évidenl qu'elle n'a pas été écrite pour viser M"' des Fssarls. à qui on l'a appliquée après coup.
MAINARD A LA COUR 81
Le neveu de Desportes ne tarda pas en efï'et à prendre la défense de son oncle et des principes poétiques qui étaient chers à ce dernier. Dans sa satire IX, il s'insurgea contre la servitude à laquelle on voulait réduire la poésie, fruit du génie et de la liberté et non du travail et de l'étude. Ces insolents censeurs des anciens poètes étaient, d'après lui, des impuissants et des envieux. Nul aiguillon divin ne les fait s'élever au-dessus des réalités vulgaires. Leur froide imagination n'est en état d'enfanter aucune idée noble, aucune fiction hardie. Aussi, sentant la platitude de la prose qu'ils ont péniblement rimée, ils se rabattent sur le regrattage des « mots douteux » et sur la chasse aux hiatus et aux rimes faibles. Comme si l'on dût prêter tant d'attention à un mot « estrange ou de travers », et comme si la verve ne « s'esgaye pas quelquefois en la licence » ! En cherchant trop à mettre en ordre ses idées, le poète ralentit le mouvement qui l'anime, risque même de couper son inspiration. C'est montrer que l'on doute des mérites du fond que de trop a attifer » et « enjoliver » la forme. Les « divins esprits » n'ont pas eu recours à ces artifices pour se faire admirer ; leur grâce est naturelle et leurs belles pensées n'ont pas besoin de vains ornements pour se faire valoir.
Nous ne savons point quelle fut l'attitude de Malherbe à l'égard de ce manifeste qui niait la valeur de toute son œuvre. Mais il est probable qu'en raison de l'imperturbable confiance qu'il avait en lui-même, il n'examina pas la valeur de l'attaque de Régnier et ne fit que rire de l'indignation et de la fureur du neveu de Desportes. Sa verve paresseuse le rendait lent à la riposte. Au cas même où il aurait pensé que son détracteur méritait une réponse, il se rendait compte qu'avant de l'achever le succès serait de son côté. La victoire semblait déjà se prononcer en sa faveur et il n'aimait à perdre inutilement ni son temps ni sa peine. Il se contenta de couvrir de sarcasmes la colère de Régnier, et ses disciples ne se firent pas faute de lancer des brocards contre le bouillant détracteur de leur maître. Mainard, dont l'esprit satirique s'exerçait déjà aux dépens du tiers et du quart, tourna contre Régnier cette épigramme1 :