Cf. VOde à Flotte, t. III, p
Bien qu'on m'ait vu caressé De cet auguste Monarque....
Dans une poésie très plate et qu'il a eu raison de laisser dans ses papiers (ms. 843 de Toulouse f° 61), Mainard dit à un ami inconnu qu'il appelle Aminte : Moy dont le soleil des Roys Entre les voix les plus rares Autrefois ayma la voix.
MAINARD A LA COUR 87
l'A vent de 1009 et le Carême de 1610, contre les alliances du souverain avec les protestants d'Allemagne. Les ultramontains faisaient en cette circonstance le jeu des Espagnols. Aussi notre poète, bon catholique, mais sujet fidèle et gallican comme son père, le conseiller Géraud, invective vivement les disciples de Loyola, en regrettant que la bonté du roi leur ait permis (en 1603) de retourner en France, où ils méditent de nouveaux méfaits. Si nous nous remettons sous la tyrannie des jésuites, profère-t-il :
Nous verrons infailliblement
Adjouster à nos litanies
Jean Chastel et Jacques Clément ! 1
L'avenir donna bientôt raison aux pressentiments de Mainard. François Ravaillac vint augmenter le nombre des régicides et son misérable forfait devait trouver des apologistes parmi les fanatiques furieux du clan des ultramontains.
L'ode2 que Mainard composa à l'occasion de cet horrible •attentat, malgré la lenteur de certains développements et le prosaïsme de certains passages, témoigne d'un progrès réel dans l'évolution de son talent. Ses regrets de voir la France privée d'un si bon roi et son indignation contre le misérable meurtrier, sincèrement ressentis, ont fait trouver au poète des images saisissantes, des tournures d'une précision heureuse qui tranchent sur la manière incolore des pièces contemporaines de Mainard.
(st. III) Mon Prince, le plus grand des Princes,
Que jamais dessus nos provinces
1. M. Lachèvre (Bibliogr. t. III, p. 443), a reproduit, d'après le ms. F. fr. 19145 de la Bibl. Nat., le dizain dont nous extrayons ces vers. On le trouve aussi à la f. 53 du ms. 843 de Toulouse avec une variante importante pour le vers final : « Ravaillac et Jacques Clément », ce qui indique que cette épigramme a été remaniée après la mort d'Henri.
2. Ed. Garriss., t. II, p. 259. Publiée pour la première fois dans le Recueil des plus beaux vers de 1626. — Ed. Tricotel dans ses Variétés bibliogr. (Poésies sur la mort de Henri IV), p. 172, la signale comme figurant dans le Recueil de poésies diverses sur le trépas de Henry le Grand... et sur le sacre et couronnement de Louis XIII, par G. du Peyrat, Paris, Robert Estienne, 1611, in-4°. C'est une erreur. Cependant il est vraisemblable que Mainard fit, vers 1611, imprimer cette ode îur une feuille volante.
Le soleil ait veu commander, N'occupe que sept pieds de terre, Luy qui par amour ou par guerre La devoit toute posséder.
(st. V) Exécrable auteur de nos larmes,
Avec quel front et quelle audace, Soutins-tu les rais de sa face, Sur qui les cieux avaient permis Que tant de majesté fut peinte, Quelle seule glaroit de crainte Les âmes de ses ennemis ?
(st. VII) Honte éternelle de nature
Dont le nom donne de l'efïroy, Tu mis sous mesme sépulture JSostre bonheur et nostre Roy ! 1
L'anxiété avait saisila Cour à la suite de l'assassinat de Henri. Mainard se rendit compte que de quelque temps ses poésies ne trouveraient au Louvre ni bon accueil, ni récompenses. Il n'avait réussi malgré son long séjour à la Cour, qu'à faire un peu de bruit autour de son nom, s'attacher quelques protecteurs et quelques amis dévoués. Mais il se trouvait aussi peu fortuné que le jour de son arrivée à Paris. La nécessité de se créer une situation se faisait fortement sentir. Il dit à regret adieu à la Cour2 et prit le chemin de sa province natale.
1. Il y a dans les deux derniers vers un souvenir de Catulle :
Tecum una est nosfra sepulta domus (lxviii, vers 22).
2. J'ay fréquenté la Cour où ton conseil m'appelle Et soubs le grand Henry je la trouvas si belle Que ce fut à regret que je luy dis adieu.
dira-t-il à Faret, dans un sonnet, fait vers la fin de sa vie, éd. Garriss., III, 21.