CHAPITRE III
FR. MAINARD, PRÉSIDENT AU PRÉSIDIAL d'aURILLAC. UN HOMONYME : LE POÈTE N1MOIS FR. MÉNARD.
I. — Mariage de Fr. Mainard. Acquisition de l'office de président au présidial d'Aurillac. Sa réception. Les attributions du président Mainard.
IL — Une confusion rendue désormais impossible. Fr. Mainard, reçu président à Aurillacen août 1612, n'est pas le même personnage que Fr. Ménard, avocat au Parlement de Toulouse, au Présidial de Nîmes et à la Chambre mi-partie de Castres, auteur d'un volume de vers, paru en 1613 à Paris. Les arguments apportés par MM. Durand- Lapie et Lachèvre pour établir cette distinction ne sont pas valables.
III. — Historique de la question des deux Mainard. Notes sur la vie et les œuvres du niinois Fr. Ménard (1589-1631).
Appendice. — Réfutation des arguments apportés par MM. Durand- Lapie et Lachèvre pour établir la distinction des deux poètes homonymes : Fr. Mainard et Fr. Ménard.
Maître Guy de Chaumeils, seigneur de Vernhols, conseiller du roi, président au bailliage du Haut-Auvergne, siège présidial d'Aurillac, songeait vers la fin de 1610 à résigner son office. Pourvu de cette charge en septembre 1592, il y avait été reçu le 7 septembre de l'année suivante et l'avait exercée un peu moins de vingt ans au moment où il la céda (2 février 1611) à sa fille Bourguine, par acte passé devant les notaires royaux Raygouz et Baratte d'Aurillac1. Comme il mourut très peu de
1. Cf. l'acte d'achat par Mainard de l'office de président au siège d'Aurillac. — Toulouse. Arch. Not. du Palais de Justice. Reg. 1610-1611, f 735 et s. A. Bessier, notaire. V. Pièces justificatives.
temps après cette date1, il est à présumer que ce fut moins la vieillesse que la maladie et la crainte d'une fin prochaine qui le poussèrent à se démettre de sa place au profit de sa fille, au lieu de prendre son temps pour la vendre à bon prix à un jeune avocat, désireux d'entrer dans la magistrature, ou à un officier appartenant à une judicature inférieure qui aurait cherché à monter en grade. Sa fille Bourguine, qui semble avoir été Tunique enfant qu'il eut de sa femme Jeanne de Condainine, avait épousé, on se le rappelle, en février IGOO* Jean de Mainard, conseiller au Parlement de Toulouse et frère du poète. Après la mort inopinée de son mari (fin avril 1607) dont elle avait vendu bientôt après l'office de conseiller, elle avait continué d'habiter le quartier Saint-Etienne de Toulouse, où elle possédait cette maison de la rue des Lois, dont Géraud avait doté son fils aîné.
Ce fut par Bourguine ou plus vraisemblablement par Anne de Jols, la veuve de Géraud, que le poète fut averti des intentions du président d'Aurillac de se défaire de son emploi. Une fois de retour à Toulouse, Fr. Mainard s'aperçut bien vite qu'il lui était impossible d'impétrer avec ses seules ressources pécuniaires cette charge de justice. Jean de Mainard avait été avantagé dans la répartition de la fortune patrimoniale au détriment de ses frères et sœurs. Sa mère, retirée à Saint-Céré dans la petite maison de famille du faubourg des Cabanes où le vieux conseiller s'était éteint à la fin de Tannée 1G07, ne pouvait guère, en cette conjoncture, lui apporter un concours précieux. La trentaine était arrivée et la vie se montrait au poète sous des couleurs moins riantes que six ans auparavant, au moment où il avait débarqué à Paris, le cœur gonflé d'espoirs et la tête bouillante de projets enchanteurs. Il résolut de se soumettre aux nécessités que comporte la vie et, pour se tirer d'embarras, se mit en quête d'un parti. Il le trouva dans la personne de
1. Dans l'acte d'achat de l'office de président à Aurillac, qui est du 17 décembre 1611, il est fait mention de feu Guy de Chaumeils.
2. V. les pactes de mariage de Bourguine de Chaumeils et de Jean de Mainard du 12 février 1600 ainsi que les autres actes cités ci-dessus, dans le chap. I, § 2 de cet ouvrage.
demoiselle Gaillarde de Boyer', une voisine de la paroisse Saint-Etienne de Toulouse où le poète était né.
On mena rondement l'affaire. Mainard se fit dispenser par les vicaires généraux de la publication des bans et « le dixiesme jour du moy de febvrier mil six cens unze » il « ouyt » avec la mariée « la messe nuptiale dans Tesglise Sainct Jorges de Tholoze- ». Sa femme lui apportait buit mille livres de dot3, somme modeste, même à une époque où l'argent avait une valeur trois fois plus grande que celle qu'il possède actuellement4. Mais il avait été convenu d'insérer dans les « pactes » que le mari pourrait employer les « deniers » constitués comme dot à l'achat d'un office. Aussi, bientôt après avoir installé Gaillarde à Saint-Céré, Mainard commença à faire les démarches nécessaires pour acquérir l'office de président au siège sus-mentionné. Les négociations furent longues et n'aboutirent à un résultat définitif que dix mois après le mariage de Mainard, en décembre 1611. Déjà en novembre, on avait convenu des clauses principales du contrat de vente. Le 16 de ce mois, à « Sainte-Espérie en Quercy, dans la maison de feu monsieur Maynard », Me Lavernhe, notaire royal de cette ville et ancien ami de Géraud •, dressa deux procurations. L'une6 par laquelle Gaillarde de Boyer autorise son mari, « Ms. maistre François de Maynard, docteur es droicts, advocat en la Cour soubveraine de Parlement de Tholoze », à régler avec certaines créances
1. Elle était peut-être de la famille du conseiller Guillaume Boyer qui avait résigné sa charge de conseiller au Parlement de Toulouse en faveur de Géraud de Mainard. V. Pièces justificatives. Lettres de provision octroyées par Charles IX à Géraud.
2. Arch. mnnicip. Toulouse. Registre des mariages de l'église Saint-Etienne de Toulouse 1606-161(3. — V. Pièces justificatives. — L'église Saint-Georges était une chapelle — aujourd'hui démolie — qui dépendait de la cathédrale Saintgtienne. Le nom s'en est conservé dans celui de la place Saint-Georges.