Ibid., p
Quelle fut la fin de cette passion? Cléande' se laissa-t-ellc toucher par la constance de son amoureux? Resta-t-elle jusqu'au bout insensible à ses tendresses ? Il semble bien que la Pastorale nous donne la clef de ce petit roman. Le berger Silvandre, sous les traits duquel le poète a l'air de s'être représenté, est épris de la bergère Cléande. Après maintes coquetteries, cette nymphe déclare à son adorateur qu'elle partage sa flamme. Par malheur un Satyre qui précédemment avait été éconduit par la belle, surprend les embrassades des deux jeunes gens et chasse bien loin le pauvre Silvandre2. « Enfin je l'ay chassé cest object de ma peine », s'écrie méchamment le Satyre :
Car le Rosne ondoyant aux sablonneux rivages
A veu dessus son front les craintives images
D'une prochaine mort pallir son front de deuil,
Et l'Izère escumeux dont le superbe orgueil
Accompagne le cours du Rosne enflé d'audace,
A veu le pasle efïroy imprimé sur sa face.
Sône, de qui les flots se roulent doucement,
A, touché de pitié, coulé plus lentement;
Allier et Loire aussi sont tesmoins de sa fuite,
Et la Seine profonde a borné ma poursuite.
Là Silvandre peureux recreu d'un si long cours,
Esteindra par l'oubly le feu de ses amours ;
Sans doute, et moy vainqueur de ma belle inhumaine,
J'estoufferay enfin ma langoureuse peine.
Qu'on jette les yeux sur une carte et l'on s'apercevra que le chemin que prend le malheureux berger, pourchassé par le Satyre, est l'itinéraire que l'étudiant en droit Fr. Ménard dut suivre pour se rendre de Nîmes à Paris \ La ressemblance ne s'arrête pas là. De même que l'on s'était mépris en mettant
1. Les noms de Gyprine (de Ci/pris avec le suffixe in. ine cher à la Pléiade, p. 92, st. 3), de Garite (p. 108), d'Angélique (adj. subtantivisé p. 114) et autres désignent évidemment la même personne. Cf. par exemple les stances dans lesquelles le poète appelle sa beauté Uricée (p. 89, st. 4) et la nomme Gléande à la fin de la même pièce.