Ed. Garriss., t. I, p
Si je vivois hélas ! ce n'estoit que de larmes.
Car loing de toy, ma vie, une triste langueur
Me pressoit tellement que des plus belles Dames,
Les yeux plus beaux1 m'estoient de mortuaires flammes ;
Toutm'estoit ennuyeux, fors ton doux souvenir,
Qui seul m'a fait enfin devers toy revenir.
En faisant suivre de vers spirituels l'histoire enjolivée de ses profanes amours, Fr. Ménard a voulu marquer aux lecteurs le changement qui s'était produit en lui. Il dégage sa liberté « des fers » dans lesquels l'Amour la tenait enchaînée, dit adieu aux plaisirs des sens et exhorte son âme à s'élever vers Dieu. Hélas, que ces élans sont difficiles pour un jeune homme de vingt-quatre ans! Qu'il est pénible le combat entre les « sales désirs » qui l'assaillent et les « pudiques pensers » qui le convient à tourner ses regards vers le Ciel ! C'est surtout à cet âge que l'esprit est prompt et que la chair est faible :
Si tost que je revois ma Circé charmeresse Par les appas trompeurs d'un millier de plaisirs Chatouiller doucement mes amoureux désirs, Je jette loin mon froc, mon Dieu, et je vous laisse \
Les soucis de la vie devaient plus encore que les aiguillons de l'amour distraire le poète de ses chrétiennes méditations. Ses études finies, Fr. Ménard se fit recevoir vers 1611 avocat au Parlement de Toulouse, au Présidial de Nîmes1 et h la chambre mi-partie de Castres ', tribunaux judiciaires subal-