Ed. Garriss., t. I, p
3. A la fin d'août 1613, année de la publication du volume où Fr. Ménard prend le titre d'avocat au présidial de Nîmes, la reine régente ordonna, à la suite d'une émeute, la translation de ce tribunal dans la ville voisine de Béziers. Mais bientôt le même présidial fut transféré à son siège primitif.
4. Henri avait accordé, en 1593, aux religionnaires du Languedoc une Chambre qui devait connaître uniquement des procès des réformés. Le connétable de Montmorency que le roi avait chargé du soin de fixer le siège de cette instance judiciaire choisit Castres, sur les prières de Jean de Fossé, évêque de cette localité. La Chambre mi-partie de Castres que l'édit de Nantes reconnut (13 avril 1598), était composée de magistrats catholiques et religionnaires, tirés du Parlement de Toulouse.
ternes qui ressortissaieni à la Cour souveraine du Languedoc. Le soin qu'il prend au début de l'année 1613 de faire hommage de ses premiers vers au maréchal d'Ancre, le fameux aventurier Concini, le favori de la florentine Marie de Médicis, montre que cet élégïaque langoureux, ce chrétien qui proclamait bien haut le devoir de se détacher des joies terrestres, était à l'occasion un esprit avisé, expert à discerner de quel côté souffle le vent et habile à encenser les Dieux du jour. Le tout puissant compatriote du cavalier Marin dut goûter les « chutes » de sonnets provoquant une surprise admirative et les « concetti » de toute sorte du volume de 1613. Et malgré son déplaisir à délier les cordons de sa bourse, il dut récompenser ce bel esprit de province, également soucieux de soigner son style et de ménager sa fortune auprès des grands.
Il est probable que Fr. Ménard continua, en compagnie de ses amis, Pierre Laudun d'Aigaliers, lieutenant de la voisine justice épiscopale d'Uzès, et François de Bailly, avocat à Castres, à taquiner la Muse et à fonder sur ses vers (à moins que ce ne fut sur les habiletés de sa conduite) l'espoir de se tirer de la situation sans gloire où il végétait.
« Nous ne connaissons pns précisément le jour ni Tannée de la mort de Fr. Ménard », dit l'historien de la ville de Nîmes'. Plus heureux que lui, nous avons réussi à découvrir l'acte de décès 'l de ce poète qui s'éteignit à Nîmes, en mai 1631, dans sa quarante-deuxième année, exerçant jusqu'à son dernier jour la profession d'avocat.
On a eu tort, à notre avis, de présenter l'auteur des œuvres de 1613 comme un disciple de la Pléiade. Certes, ce poète s'est souvenu maintes fois d'avoir lu Ronsard. Il parle « de la rose
1. « Je puis néanmoins, dit encore L. Ménard, à la faveur de mes papiers domestiques, en fixer à peu près l'époque. Je vois d'un côté qu'ayant perdu sa mère au mois de février de l'an 1631, il fit un traité le premier de mars suivant avec Pierre Ménard, son frère aîné, au sujet de sa légitime maternelle. D'une autre part, je trouve une transaction du 30 d'aoust de l'an 1085, qui fut passée entre ses frères, pour raison de la succession de son père, où sa sœur, appelée Marie, femme de François Rouverie de Cabière, avocat, se dit son héritière. Ainsi nous pouvons dire avec quelque certitude qu'il mourut vers le milieu de la môme année 1635 à la fleur de son âge ».
desclose au lever du soleil » et qui « se ternit sur le soir1 ». Pour engager sa dame à céder à ses prières d'amour, il lui présente le tableau de la vieillesse prochaine et lui peint les regrets qui l'envahiront à la pensée que son soupirant est mort de désespoir2. 11 puise dans les Amours de Casmndre quelques unes des fades élégances de la première manière de Ronsard. Pour lui aussi, l'œil de sa belle fait couler dans son cœur « un doux venin » ; « une amoureuse rage » le fait «'rafoler » dans l'avril de la vie, etc. A la manière de du Bellay, il fait répondre l'écho aux plaintes des amoureux ' et il emprunte au chantre d'Olive, en même temps qu'à Desportes, l'idée de grouper en un seul livre les sonnets amoureux composés en l'honneur d'une même maîtresse. Enfin, à l'exemple d'Olivier de Magny, il compare ses soupirs, ses larmes et son cœur aux éléments de la nature '. Mais, à la vérité, son inspiration se ressent peu de l'influence de Ronsard et de celle de ses premiers disciples ou amis. Il retient plutôt leur langue' et leur versification — surannées en 1613 — que le fond de leur poésie.
Fr. Ménard se rapproche davantage de Desportes à qui il dérobe non seulement certaines images et certaines particularités d'expression \ mais parfois l'idée même de toute une pièce. Ainsi son ode :
Je hay ces pompeuses citez
Et cest insolant populaire
J'ayme ces beaux champs escartez7...