Ed. Garriss., t. I, p
a pour point de départ la chanson bien connue des Bergeries ' :
0 bien heureux qui peut passer sa vie Entre les siens, franc de haine et d'envie, Parmy les champs, les forests et les bois Loin du tumulte et du bruit populaire.
Même ce motif a été tellement à son goût que Ménard ne se fait pas faute de le reprendre dans le cours de la môme ode :
Heureux celuy qui peut passer Sa vie en un lieu solitaire, L'envie ne peut le blesser Ny le trait du sot populaire 2
Mais le vrai maître de Fr. Ménard est Jean Bertaut, le pontife de la poésie française depuis la mort de Desportes jusqu'au moment où Malherbe — on sait combien l'adhésion à sa doctrine tarda en province — fut unanimement reconnu comme restaurateur de la poésie française.
C'est à Bertaut qu'il a emprunté tout le fond de sa poésie amoureuse'. Il module comme lui ses sonnets, ses stances et ses élégies sur la même note plaintive, sur le même ton mélancolique. De l'amour, il ne connaît que les souffrances. Aucune sensualité, nul accent de volupté, tendre et chaude, comme dans les Amours de Marie de Ronsard. Encore moins ce ton d'agréable moquerie, cet air d'enjouement persifleur qui rendent si charmantes certaines pièces de l'abbé de Tiron *. Le poète est respectueux et timide ; la femme qu'il adore est une « douce rebelle », une « cruelle victorieuse » ; il subira son triste sort et se plaindra sans élever la voix. Qu'on ne lui demande pas de briser ses chaînes; il les chérit et ne saurait vivre sans amour.
Comme chez Bertaut, l'attitude de l'amant devant sa dame