Ed. Garriss., t. I, p. 15, sonnet III
Bertaut prie l'Amour d'accomplir l'un des deux vœux suivants :
Bien te prié-je, Amour, par ta force invincible Et par ceste Beauté que révèrent les Cieux, Fay luy sentir mon mal ou m'y rends moins sensible Et loge dans son cœur aussi bien qu'en ses yeux \
Ménard pose ce dilemme à sa maîtresse :
Inhumaine beauté, lumière de mon jour,
11 faut, ou que tu sois plus douce et moins cruelle
Ou bien à l'advenir que j'ai moins d'amour2.
Le jeune Nîmois s'empare de certains procédés d'exécution, de certaines « recettes » de son modèle et en tire avec habileté tout le parti possible. Ainsi il a remarqué chez son maître la correction suivante :
0 beaux yeux dont la flame est le jour de mes jours, Vous n'estes point des yeux, ny de mortelle essence, Mais vous estes des Cieux influans des amours... 3
Cette figure prête matière à d'infinies amplifications; chaque terme de comparaison peut être remplacé par un autre qui éveille des idées plus nobles. Aussi la pièce de Ménard qui a pour point de départies vers cités de Bertaut présente, diraiton, comme une suite de tremplins sur lesquels l'esprit du poète rebondit successivement jusqu'à ce que, tout essoufflé, il s'arrête pour reprendre haleine et... répéter dans une nouvelle pièce son tour de force :
Vous n'estes pas des yeux, vous avez trop de flamme Et les yeux des mortels n'avivent point les morts.
Vous n'estes pas des Soleils
Vous n'estes point flambeaux...
Vous n'estes point aussi une aurore naissante, etc.