‹ Le poète François MainardChapitre 55 sur 375 · Bertaut, première st., p · texte numérisé non relu

Bertaut, première st., p

Cette gymnastique nous fatigue et finit par lasser aussi l'auteur, car il conclut brusquement :

Mais ne disons rien plus, car mes foibles paroles N'expriment que flambeaux, que Dieux et que Soleils \

Quant à l'antithèse si chérie par Bertaut, Fr. Ménard, on a pu s'en convaincre par les extraits que nous avons donnés de ses poésies, en fait un véritable abus. Ce jeune poète a manifestement étudié toutes les ressources du talent et acquis tous les artifices de métier de son modèle.

Si parfois il masque les larcins qu'il fait à l'abbé d'Aunay sous des agréments de toute sorte, il lui arrive aussi, poussé par l'admiration que lui inspire son maître, d'en démarquer des morceaux tout entiers. Ainsi la stance initiale de l'une de ses pièces:

Pour n'estre pas sensible à l'amoureuse flamme, Et n'immoler sa vie à vos douces beautez, Il faut estre sans yeux ou bien avoir une âme Plus dure qu'un rocher n'est aux flots irritez2.

est une transcription de la sixième stance d'une pièce de Bertaut 3 :

L'homme est bien malheureux, de qui l'âme indiscrette Peut ailleurs qu'en vos mains sa franchise enfermer, C'est ou n'avoir point d'yeux pour vous voir si parfaite Ou n'avoir point de cœur pour vous oser aimer.

Après deux quatrains d'amplifications, Fr. Ménard constitue» une stance, en développant une image que Bertaut avait enchâs-j sée dans les vers 5-8 de sa pièce :

Comme l'on voit qu'au ciel le feu tend et s'élance, Au ciel de vos beautez je tens pareillement : Mais luy c'est par nature, et moy par cognoissance ; Luy par nécessité, moy volontairement.

1. Ed. Garriss., t. I, p. 96, stances. — V. le même procédé dans la piè précédente.

Page 1