Ibid., t. I, pp
des réflexions d'une banalité excessive, sont souvent bien frappés et font penser aux meilleurs endroits des versificateurs moralistes du xvie siècle, Pibrac et Mathieu :
Soit que l'astre ascendant de ton avare envie Amoncelé pour toy, trezors dessus trezors, Tu ne scaurois pourtant éterniser ta vie, L'or ny les vanitez ne suivent pas les morts...
On vid, mais pour mourir : c'est une destinée, On meurt mais pour revivre en un astre plus beau ; Homme que te sert donc d'alonger ta journée, S'il te faut tost ou tard entrer dans le tombeau 1 ?
Les tableaux descriptifs sont tout à fait remarquables chez le jeune avocat nîmois. Qu'on lise sa xixe élégie, en faisant la part du temps et en ne tenant pas rigueur au poète de son phébus galant. Il faut reconnaître que ce morceau respire un frais et sincère sentiment du renouveau, que la couleur en est jolie et que les touches en sont habilement posées. Bientôt le cadre de la description s'élargit. Des souvenirs mythologiques se pressent et le poète évoque la vision des amours païennes qui se déroulent au milieu de paysages enchanteurs de la Grèce :
J'iray, nouveau berger, par les vertes campagnes, Ou dans les prés herbeux, ou bien sur les montagnes Conduire mes troupeaux; j'iray d'un libre pas Scillonner les guerets
Souvent Phœbus jadis mena paistre les bœufs,
Et en vain l'or espars de ses flottans cheveux
Ondoyoit sur son col, et vainement sa lire
Par ses mignards fredons rechantoit son martire,
Diane maintes fois imprima sur son front
Ses marques de la honte, alors que vagabond,
Phœbus alloit touchant les bœufs par les montagnes2.
Ce passage fait honneur à l'avocat nîmois. Il est évident que, s'il avait continué à écrire ainsi, il nous aurait donné des vers