Ed. Garriss., t. III, p
mais aussi sur le portrait de l'auteur gravé par Daré et même dans les vers latins de Charles de Mainard, le fils du poète :
Quse raptim, récitante, la solebas Chartis scribere cereis, Menardo.
11° L'abbé-médecin P. Bourdelot qui devait, en 1646, orner de stances latines les premières pages des œuvres de Mainard, donne à Peiresc, dans une lettre datée de Rome, le 31 janvier 1636, des nouvelles de « M. Ménard » (v. Revue d'Hist. litt., 1897, lettres de Jean et Pierre Bourdelot, publiées par Tamizey de Larroque) etc.
Terminons par une observation faite par M. Lachèvre même, mieux avisé dans sa Bibliographie1 que dans sa brochure sur les Deux homonymes : « L'orthographe des noms propres était très variable au xvne siècle ; on imprimait indifféremment Ménard pour Mainard, Sarasin pour Sarazin, Méret pour Mairet, etc. » 2.
Si l'on passe à l'examen des preuves intrinsèques apportées par MM. Durand-Lapie et Lachèvre à l'appui de leur thèse sur la distinction des deux homonymes, on constate que leur faiblesse est encore plus grande que celle des preuves de la première catégorie. Ces critiques nous déclarent qu'après avoir procédé à une étude littéraire du volume de 1613 et des poésies qui sont sans conteste du président d'Aurillae, ils sont arrivés à reconnaître qu'un « abîme » sépare les productions de Fr. Ménard de celles de Fr. Mainard. Malheureusement leur enquête poursuivie sans méthode n'a pas été poussée assez avant. Les arguments qu'ils apportent à la suite de leur comparaison de textes se classent en a) inductions fondées sur l'absence ou la présence dans le recueil de 1613 de certains genres de poésies qui sont représentés ou qui, au contraire, ne le sont pas dans les œuvres appartenant indubitablement à Fr. Mainard ; b) preuves fondées sur certaines particularités de style et de versification propres au volume publié chez Jacquin et qui ne se rencontreraient pas, d'après ces critiques, chez Fr. Mainard.
Le volume de 1613, observent les auteurs de la brochure sur les Deux homonymes, ne contient aucune épigramme, chose surprenante chez un écrivain qui en fit tant (p. 47). —Mais dans le Parnasse de 1607 on n'en rencontre pas davantage, à moins que l'on ne veuille dénommer ainsi, comme
1. Cf. Bibliogr. des rec. collectifs, t. II, p. 353, note art. Mairet.
2: Nous nous en voudrions de passer sous silence une bévue assez plaisante de Garrisson qui cite (I, 359, note) comme preuves de l'orthographe Ménard les articles 4 et 8 de ci-dessus et l'ode au sieur Ménard de Dameron. Or, dans les Plaisans loisirs de Jean d'Ameron de Saincte-Maxence, sieur du Lolier, contenant le combat des saisons, enlremeslé de diversités amoureuses et plusieurs belles rencontres (Paris, Toussarnct du Bray, 1620, in- 12, Bibl. Arsenal, B. L. 12035) il est question en vérité d'un Ménard qui, à plusieurs reprises, tait apprécier au poète le bouquet d'un certain vin blanc. Mais l'ami de Dameron qui est « concierge de l'abbaye » d'un « grand prélat » n'a de commun avec le président d'Aurillae que le nom et la qualité de fin dégustateur de clairet.
le font MM. Durand-Lapie et Lachèvre, l'épilaphe du sculpteur Pilon. Si l'on tient compte du nombre restreint d'épigrammes des Délices de 1615 en comparaison avec la quantité très considérable d'épigrammes des anthologies ultérieures, on s'aperçoit que le talent satirique de Fr. Mainard n'a commencé à se développer que vers 1625. Faisons remarquer, en passant, qu'un poète peut changer plusieurs fois de manière et que très souvent ses pièces de début ne ressemblent nullement à celles de la fin de sa carrière.
On pourrait opposer un argument semblable à la prétention de ces critiques (p. 4?) de découvrir dans le volume de 1613 des sonnets « licencieux », c'est-à-dire dont les quatrains n'ont pas les mêmes rimes. Mais comme en 1607 Mainard ne publie aucun sonnet et que les sonnets des Délices sont tous réguliers, on conclut naturellement que ce poète n'a commencé à enfreindre l'une des règles du sonnet qu'après 1615. Or le volume qu'examinent MM. Durand-Lapie et Lachèvre est de 1643.
« Ce volume contient des vers chrétiens et Fr. Mainard, objectent les mêmes critiques, a fait imprimer des priapées dans le Cabinet sâtyrique de 16 18 et dans d'autres publications de ce genre. Un auteur qui compose des poésies sacrées ne peut rimer des pièces ordurières ». Ce raisonnement étonne de la part de ceux qui l'ont émis, car il est impossible qu'ils ignorent que le sacré alterne avec le profane — nous entendons le profane le plus obscène— dans l'œuvre de la plupart des poètes des xvie et xvne siècles. — Racan travaillait dans la même joui née au cantique de Judith et au perfectionnement de certaines anecdotes ignobles qu'il avait ébauchées dans sa jeunesse, à l'époque où il composait des hymnes, « un sonnet sur le bois de la vraie croix » et un cantique de Noél !. Motin et Berthelot, qui ont rempli de leur verve immonde les recueils scatologiques et priapiques du xvne siècle, ont publié en 1607, le premier, une paraphrase du Psaume XC et une méditation chrétienne, le second, un cantique sur le martyre des innocens2. Et Mathurin Régnier, dont la poésie se ressent trop des mauvais lieux qu'il fréquentait, a composé, non pas à l'âge ou le pécheur le plus endurci se fait ermite, mais bien à trente ans, de longues stances où il implore la clémence de Dieu, un hymne sur la nativité de Notre Seigneur, trois sonnets moraux et le commencement d'un poème sacré3. Marot, Ronsard, Théophile, etc. ont eu la même conduite. — Les priapées du président d'Aurillac, n'empêchèrent pas le Père Garasse de proclamer Mainard « aussi bon catholique que sage poète » 4 et si ce dernier rima des « gaillardises » parfois écœurantes, il écrivit aussi, d'assez bonne heure, des pièces traversées du plus pur sentiment religieux. MM. Durand-Lapie et Lachèvre ont euxmêmes reproduit à la fin de leur brochure deux sonnets et un madrigal pleins