Cf. Bertaut, p. 338, v
entre la bergerie en cinq actes de Fr. Ménard et le poème de Fr. Mainard, car, comme toutes les pastorales présentent des caractères découpés sur le môme patron et des situations semblables, les rapprochements que nous signalerions ne seraient pas parfaitement probants. Nous ne nous attachons pas non plus à la conception de l'amour, à l'idée qu'on se fait des devoirs et des droits réciproques des amants, aux traits sous lesquels on représente le soupirant et sa légère ou cruelle maîtresse, car, comme les poètes du début du xvne siècle professent presque tous les mêmes opinions sur ces matières, nous courrions le risque de voir contester sur ce point encore la valeur de nos exemples. Mais il est curieux de noter dans des textes, qui, d'après MM. Durand-Lapie et Lachôvre, présentent de très profondes différences, la mise en œuvre des mêmes motifs, ou des mêmes thèmes poétiques.
Ainsi, on voit l'amant dont la passion n'est point partagée par la belle pour laquelle il soupire, non seulement prendre le ciel à témoin de son infortune et raconter sa peine à l'Echo qui la répète à toute la nature, mais encore s'adresser tout particulièrement aux rochers pour leur conter sa peine :
Je raconte aux roches cornues Mes infortunes advenues.
(Ménard, éd. Garriss., I, 93).
J'apprends d'une aoîx triste aux rochers solitaires Que mes volontés sont à l'Amour tributaires.
(Ménard, I, 230).
Rochers par qui ce bois est si fort solitaire
Je veux vous raconter ma peine et mon amour...
(Fr. Mainard, II, 166, sonnet).
0 beauté qui me captivez A ces rochers haut eslevez
Je ne fais que parler de vous i.
(Fr. Mainard, II, 168, stances pour une absence).
Le feu dont brûle le poète est l'unique principe de sa vie, et s'il n'aimait plus, il cesserait de vivre. On connaît les vers magnifiques que Fr. Mainard adresse à la fin de sa vie à la « belle vieille » :
Pour moy je cède aux ans ; et ma teste chenue M'apprend qu'il faut quitter les hommes et le jour ; Mon sang se refroidit. Ma force diminue ; Et je serois sans feu si j'estois sans amour 2.
On trouve la même idée exprimée, il est vrai, sans force ni concision dans un sonnet du volume de 1613 :
Et ce feu m'est plus cher que la clarté du jour ; Car s'il ne me brusloit, je serois sans amour Et sans amour, hélas ! je n'aurois point de vie ;
(Ménard, I, 15).
1. Cf. aussi Racan, Chanson (éd. c, I, 228). Les élégiaques latins avaient déjà développé le même motif poétique : par ex. Properce, liv. I, élégie XVIII.