‹ Le poète François MainardChapitre 7 sur 375 · Cf. Nutables Questions, liv. VII, chap · texte numérisé non relu

Cf. Nutables Questions, liv. VII, chap

les fois que les affaires de son service l'appellent aux Cours souveraines de Toulouse et de Bordeaux '.

Ayant acquis de messire Guillaume Iioyer un office de conseiller lai au Parlement de Toulouse, il se lit octroyer par Charles IX des lettres de provision (22 janvier 1573) pour entrer dans l'exercice de sa nouvelle fonction et prêta le 5 décembre 1573 le serment d'usage-. Il siégea longtemps sur les fleurs de lis de la seconde Chambre des Enquêtes1, passa en 1592 à la Tournelle', et finit par prendre rang en 1594 parmi les conseillers de la (îrand'Chambre -, où il n'avait jusqu'alors pénétré qu'incidemment à la suite des récusations de certains magistrats qui la composaient".

Géraud vint s'installer avec sa femme, demoiselle Anne de Jols 7, et Jean, son premier enfant', dans un immeuble qu'il acquit rue des Nobles, l'actuelle rue J. Fermât, tout près de

1. Notables Questions, liv. VII, chap. i-5 ; liv. II, chap. 70 et liv. III, chap. 50. Ce qui ne veut pas dire qu'il se fit remplacer comme juge sénéchal par son lieutenant afin de suivre, pendant trois années consécutives, les audiences du Parlement de Bordeaux, comme l'avancent Garrisson (Notice p. 11) et Benech (o. c. p. 313). Le même désir de s'instruire avail déjà poussé Géraud à assister, en juillet 1562, aux débats de la Cour souveraine de Toulouse (Not. Qucst., liv. II, chap. 50).

2. On sait qu'il y avait dans les Cours souveraines deux sortes de conseillers : lais ou laïques et clercs. — Cf. Not. Quest., 1. VIII, chap. 30 et les lettres de provision de Charles IX à Géraud; nous reproduisons cet acte aux Pièces justificatives (Bihl. Nat Pièces orig. 1936, f° 22).

3. Cf. Notables Questions, liv. VII, chap. 03 (janv. 1574) ; liv. II, chap. 42 (an. 1577); liv. II, chap. 31, (an. 1584) ; liv. II, chap. 49 (an. 1587) ; liv. III, chap. 10 (an. 1589), etc.

4. Ibid. liv. II, chap. 33 et 02 (an. 1592) ; liv. IV, chap. 77 (an. 1593).

5. Ibiil. liv. V, chap. 89 (janv. 1591); liv. II, chap. 59; liv. III, chap. 10; liv. IV, chap. 14; liv. V, Chap. 00 (an. 1594); liv. IV, chap. 17 (an. 1595).

G. Cf. liv. V, cliap, 80, etc. Plusieurs membres d'une même famille siégeaient souvent dans la même section d'un Parlement, ce qui donnait lieu à de nombreuses récusations. Géraud était lui aussi 1res lié avec « Monsieur le Comte, nostre proche et bien aymé parent et digne de sa charge », conseiller à la première chambre des Enquêtes (liv. V, chap. 24).

7. Arch. judic. de la Haute-Garonne. Reg. des insinuations, n° 14, f° 307. Pactes de mariage entre Bourguine de Chaumeilz et Jean de Mainard, février 1600. L'acte n'a été insinué (pie le 27 mai 1009. La mère du marié est nommée à plusieurs reprises Anne de Jols et non Anne d'UnssoI, comme l'appelle à tort Qarrisson {notice, p. il), qui n'indique pas sa source. Le même biographe donne 1508 comme date du mariage de Géraud de Mainard ; cette fois encore il ne ci le pas sa référence.

8. Jean fut son aîné puisque Géraud se démit en sa faveur au début de 1597. Jean avait certainement alleinl à cette date sa majorité ; Géraud s'était donc marié avant d'être nommé conseiller.

la cathédrale Saint-Etienne. Sa petite famille devait par la suite s'accroître de Géraud (né le 2(i septembre 1579 et mort avant 1600'), de François, le poète, et de Marie qui vivait encore en février 1000 \ Sa maisonnette du haut du faubourg des Cabanes, à Saint-Céré, n'était pas abandonnée, quoique le séjour dans cette petite ville perdue parmi les rochers du Quercy, ne fût pas à l'abri de tout danger, à une époque où huguenots et papistes s'acharnaient à s'entr'égorger et à saccager mutuellement leurs villes, leurs églises, leurs temples et leurs propriétés.

Déjà en 1562, à l'époque où, surexcités par le massacre de Vassy, les religionnaires s'étaient livrés par toute la Fiance à de violentes représailles, ils avaient occupé Saint-Céré, et n'avaient consenti qu'au prix d'une forte rançon à ne pas faire subir à l'église de cette paroisse le pillage qu'ils avaient exercé dans les environs, et notamment à Rocamadouf, dont ils avaient brûlé et profané les chasses'. Onze ans plus tard, mécontents de l'édit de pacification de La Kochelle, ils continuèrent les hostilités que la Saint-Harthélemv avaient rouvertes. Dans le Quercy, ils s'emparèrent, en mars 1574, de Saint-Céré, où ils tuèrent et dévastèrent à plaisir '. Les principaux catholiques s'enfuirent au château bâti sur la butte qui domine la ville , et, appelant à leur secours le capitaine Esme de (iimel, seigneur de la Pojade, ainsi que le seigneur de Montai \ réussirent, le G juin, à chasser les intrus. Inquiet de la lenteur apportée par ceux de son parti à expulser les huguenots, Géraud accourut à la lin de mai de Toulouse « pour retirer

1. Arcta. municip. Toulouse. Ue;r. dr baptêmes de la paroisse Saint-Etienne, 26 sept. 1579 : Gérauld, fils de M* Gérauld Maynard. eons : pa(rrain) Jehan de Maynard, ma(rrâine) Anne de Maynard. — Citons à ce propos nn antre Géraud Maynard, baptisé le 2 jui II. 1581 et dont le conseiller au Parlement l'ut peutêtre le parrain. (Même reg., même paroisse) : « Géraud, fils i\t> Hugues Maynard, pa(rrain) Géraud Maynard, ma(i'raine) Jeanne il»' Maynard. »

2. François et Ma rit- sont mentionnés dans 1rs pactes de mariage de leur frère Jean; eet aele, nous l'avons dit plus haut, est de février 1600.

3. Lacoste, Hist. du Quercy, publ. par Combarieu et Cangardel, Cahors, 1886, t. IV, pp. 157-158 et Xotables Questions, liv. III, rhap. 73.

\. Lacoste, o. c. , IV, pp. 2\{)-22() et Xotubles Questions, liv. VUI, chap. \2. ."». Le château de Saint-Céré.

6. M. de Montai reçut, comme indemnité des frais qu'il fit en celte occasion. la somme de 10.000 livres tournois. — Arch. du Lot, F. 279.

nostre famille de la dicte ville où elle estôit engagée avec plusieurs autres notables,... et estant dedans y trouvasmes tout fort mal mesnagé, et à l'accoustumée des lieux prins et reprins d'un costé et d'autre ». La ville était en ruines, l'église dépouillée de ses richesses, les maisons « désolées et pillées du tout )>. Pourtant noble Esme de Gimel ne se conduisit pas mieux que les hérétiques. Intimidant à l'aide de ses gens ses coreligionnaires, il leur extorqua force « meubles et vaiselle d'argent » et leur enjoignit de lui payer une somme élevée pour prix de ses bons et loyaux services. Force fut aux notables réunis dans la maison de Géraud de voter à leur sauveur, avec la seule restriction de les lui payer aussitôt que la ville se serait un peu relevée du piteux état où elle se trouvait, les mille écus qu'il réclamait d'une manière si péremptoire. En 1582, Gimel n'étant pas encore rentré dans les sommes qu'on lui avait promises, assigne par devant la Cour de Toulouse plusieurs des signataires de l'obligation qui lui avait été faite, et entre autres Géraud. A l'insu du conseiller, le notaire avait inscrit son nom dans l'acte en question. Ce ne fut qu'en août 1583 que la Cour trancha définitivement ce différend, en réduisant à des proportions plus justes — six cents écus — les prétentions excessives de ce gentilhomme trop avide.

11 est aisé de comprendre les sentiments de Géraud à l'égard des protestants qui devaient passer à ses yeux, non seulement pour les ennemis de l'Etat, mais encore pour les pillards de ses propres biens et pour les auteurs responsables des lourdes dettes que les habitants de Saint-Céré avaient contractées envers des libérateurs trop intéressés. Lors de sa participation en juillet 1.585 ' à la Chambre mi-partie de l'Jsle en Albigeois, son aine encline à la sagesse chercha sans doute à surmonter dans le jugement des causes entre réformés et catholiques ses rancunes récentes et trop bien justifiées. Mais dans les moments où, devant ses enfants, il évoquait les événements pénibles du passé, le souvenir des circonstances où les siens avaient couru

1. Xutables Questions, liv. II, chap. 58, 08, 72 ; liv. III, chap. 95, etc.

les plus graves périls et où leurs intérêts avaient été lésés, devait, à coup sûr, raviver ses griefs contre les fauteurs de tant de crimes et de rapines. C'est dans ces récits douloureux (pie son lils François puisa cette haine implacable des « parpaillots )), que les séditions ultérieures des Monlalbanais et des Rochelois devaient alimenter et porter jusqu'à l'exaspération. Ses invectives reflètent non seulement la colère dévote des fidèles de l'Église, mais sont encore l'écho d'âpres el personnels ressentiments :

Huguenots, l'escumc des hommes, Le fléau de l'Empire où nous sommes

Et les vrais eiincnivs des lois

Vostrc sacrilège insolence .1 fait rcaner la violence Dans les palais des Immortels ; Vous are: fondu leurs nliques •Et de la pierre des autels l'nrlifiè VOS Kcpubliques.

Vous are: pillé nos familles.

Forcé la vertu de nos filles, El poignardé les innocens.

L'objet d'une rage si noire Peut-il sans nous troubler le sens.

Fut retenir nostre mémoire ' ?

Vivant à Toulouse au moment où les factions déchiraient le (( pauvre royaume », où le Languedoc comme le reste de la France semblait ne plus être « qu'un monceau de toutes choses brouillées ou confuses-' », Gératid fut de prime abord un royaliste convaincu et un gallican décidé à ne pas laisser le Saint-Siège « enjamber » sur le temporel-. Les massacrés qui

1. /'laiiiic </<> cieon. stances repr. par Durand-Lapie et Frédéric Lacbèvre, Deux homonymes. AV. Maynard et Fr. Mémtr'd, Paris 1890, p. 84 ei Lacnèvre, Bibliogr. des rec, coll. de poésies publ. de 1597-1700. Paris, i960, l. J, art. Fr. Mainard.

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