‹ Le poète François MainardChapitre 75 sur 375 · Cf. 1. clxviii à Flotte · texte numérisé non relu

Cf. 1. clxviii à Flotte

3. Ms. 843 de la Bibl. de Toulouse f" 73 et lettre clxvi à Prcssac. Cette strophe devait figurer dans la chanson bachique : Je ne puis souffrir les esprits, éd. Garriss., t. III, p. 177, publiée pour la première fois dans le Recueil des plus beaux vers de id'JO. — A en juger par la note initiale de la Desbduche hipocratique de Saint- Amant, ce couplet « est pris d'une vieille chanson » (Œuvres, Livet, t. JI, p. 88).

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prochain1. Excité par l'amphytrion ou les convives de marque, le poète piquait de traits cruels le « petit bossu », commensal ordinaire de ces réunions '., bernait les gascons de la suite du comte', se moquait des petits gentilshommes des alentours. Sa satire contre un matamore, comique par l'excès de ses fanfaronnades :

A voir l'orgueil de vos moustaches

Et l'ombrage de ces panaches,

Qui volent sur vostre chapeau,

Il semble que par tout le monde

Les braves de la table Ronde

Ont marché sous vostre drapeau 4,

est dirigée contre un hobereau de la contrée, M. Coquerie ou Coqnene. Son ode sur un campagnard se targuant de sa noblesse, mais qui en réalité :

n'a jamais eu de rang

Si ce n'est parmi les cliquettes1,

vise un certain gentillâtre Lagarde, de Boussac, localité voisine de Castelnau et de Saint-Céré. Mainard allait môme jusqu'à le menacer d'une bastonnade :

Si ta Muse en changeant de ton Ne ménage autrement ses veilles, Garde que maistre Jean Bâton Ne t'incommode les oreilles 6.

1. On se souvient du tour, qu'au dire de TaUemant, il joua à Mainard lors du duel du poète avec Régnier.

2. Cf. Tombeau de deux bossus (éd. Garriss., t. II p. 172); Le grand ventre de la nature (ibid. p. 223); Jean vous croyez avoir donné, éd. Garriss., t. III, p. 79. — Sur « le petit bossu que les vers de Mainard ont tant chamaillé », cf. 1. clxxi. L'épigramrae Soi qu'un luxe sans mesure, éd. Garriss., t. II, p. 276, imprimée dans les Pièces nouvelles de 1638, vise un gentilhomme de la suite du comte de Clermont (cf. 1. ceux).

3. Cf. l'épigr. Charles est dans une infortune..., éd. Garriss., t. III, p. 135.

4. Ce morceau a pour titre Le Soldai, ode, éd. Garriss., t. II, p. 22i.

5. Chez Mainard ce mot a évidemment la signification de grelots agités par les fous : « Tu ferois au son des cliquettes — Danser les petites maisons », dit le poète ailleurs (éd. Garriss., t. II, p. 278).

6. V. cette ode dans l'éd. Garriss., t. II, p. 205. — Les identifications: de ci-dessus nous ont été fournies par un exemplaire, annoté par Mainard et apparie- j nant à la Bibl. de Toulouse, du Recueil des plus beaux vers de 1030. Cette anthologie ! reproduit ces deux pièces d'après le Recueil de 1626 qui les avait tout d'abord insérées.

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Le poète entendait bien lancer des brocards aux autres, mais ne souffrait pas qu'on le plaisantât. Pourtant on ne s'en faisait pas faute. On se moquait de son extraction peu illustre aux yeux des hommes d'épée ', de sa pauvreté, de ses vers qui ne lui apportaient aucun profit. Même certains gascons, bretteurs consommés, « gladiateurs 2 » chatouilleux sur le point d'honn eur, entraient dans une colère de mauvais augure pour le satirique quand on leur rapportait des couplets qu'il était facile de leur appliquer. Ces « tireurs d'esclaircissements », découvraient des intentions malicieuses dans les vers les plus innocents de Mainard. Harcelé par leurs provocations, celui-ci répondait avec hauteur à ces « petits gentilshommes à lièvre3)). Il ne songeait guère aies peindre ; ce serait bien mal employer son temps que de composer des ouvrages pour des « brutaux de province », au lieu de s'attacher aux courtisans. Pour bafouer leurs rodomontades, il trouvait des traits plaisants qui rappellent certaine répartie du Menteur de Corneille :

Vostre dépit esclaire et tonne, Et jure que s'il s'abandonne Il destruira le genre humain.

Miracle de l'âge où nous sommes :

Vous tuez aujourd'huy des hommes Qui vous souffleteront demain'*.

Mais quand le comte de Clermont était absent, que Mainard se retrouvait tout seul dans la société des gens simples et ignorants de son entourage, qu'il reprenait ses occupations monotones de juge subalterne et refaisait le trajet de Saint- Céré à Aurillac et d'Aurillac à Saint-Céré, il se sentait envahi par un ennui profond. Les champs riants, les versants abrupts de ses « ségalas » ne le divertissaient guère. Le murmure des

1. « Laisse ma naissance et mon sang », dit-il au personnage mentionné dans la note précédente.

2. Mainard appelle souvent sa contrée « le pays des gladiateurs ».

3. Cf. son Manifeste contre eux, éd. Garriss., t. III, p. 210. — L'explication donnée par cet éditeur de l'expression gentilhomme à Heure est fantaisiste au plus haut degré. Le dictionnaire général de la langue française de Darmesteter, Hatzfeld et Thomas (art. lièvre) explique de la manière suivante cette expression « gentilhomme qui ayant peu de revenu, était forcé de vivre du produit de sa chasse ».

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