Ed. Garriss., t. III, p
152 LÉ POÈTE FR. MAINAlîl)
vieilles forêts de chênes ne pouvait dissiper sa mélancolie. Son cœur restait insensible au charme qui se dégage de la nature tantôt aimable, tantôt sévère de ce coin de France. Le poète se sentait étouffé « sous les rochers de sa province ».
La poste était lente et parfois deux semaines s'écoulaient sans que le courrier apportât de Payrac des nouvelles de Toulouse ou de Paris '. Flotte le tenait fidèlement au courant de ce qui se passait dans la capitale et ses lettres lui procuraient un plaisir mélangé de beaucoup d'amertume. A les lire, il se sentait davantage éloigné du monde, séparé par une immense distance du théâtre de la politesse et des belles lettres, des protecteurs éclairés et généreux. « En compagnie je suis gay et dis toujours le mot pour rire, mais lorsque je suis seul, mon humeur tombe entre les mains de la mélancolie », écrivait-il sur son cahier *. C'est en vain qu'il tâchait de réagir et dans une ode \ imitée d'Horace, d'assurer Racan, retiré en Touraine, que leur amitié comme leurs ouvrages gagneraient une gloire immortelle. Le découragement était plus fort. Connaissant son homme, le châtelain de la Hoche-Racan l'engageait à noyer ses tristesses dans son verre i :
Beuvons Ménard à pleine tasse L'âge insensiblement se passe Et nous mène à nos derniers jours.
L'on a beau faire des prières, Les ans non plus que les rivières Jamais ne rebroussent leur cours.
Racan prêchait un converti. Toutefois ses conseils épicuriens ne parvenaient guère à dissiper le morne abattement