‹ Le poète François MainardChapitre 84 sur 375 · Ed. Garriss., t. III, p · texte numérisé non relu

Ed. Garriss., t. III, p

5. V. Y Illustre beuveur à ses amis, dans les Divertissements de Colletet.

6. Cf. éd. Garriss., t. III, pp. 179-181. La version du Recueil de 1626 de Du Bray donne, comme couplet final, le suivant :

Voilà ce que le verre en main Chantoit à l'hôtel de Venise Un drôle qui du lendemain Ne fil jamais prise ny mise.

L'hôtel de Venise se trouvait près de la rue Saint-Denis (cf. les instructions de Peiresc au sieur de Vallavez, son frère, « allant en Cour », dans Tamizey de

Il met souvent dans mon cerveau Plus d'un sceptre et d'un diadème.

Je veux mourir au cabaret, Entre le blanc et le clairet.

Je donnerois pour un fétu

Tous ceux qui laissent de bien boire,

De peur d'oster à leur vertu

Ce qu'elle s'est acquis de gloire,

Je veux mourir

- Ainsi chantoit, le verre en main, Flote, dont la voix est si belle, Et qui des soings du lendemain Ne remplit jamais sa cervelle, Prest à mourir

Ravi de l'éternelle bonne humeur de cet heureux drille, Colletet confessait borner tous ses plaisirs à ouïr les chansons de Flotte et déclarait à toute la bande des « confrères de la bouteille » que :

Pour vivre innocemment et faire chère entière Ou buvez avec Flote ou qu'il boive avec nous. 1

Quant à lui, Colletet, il préférait au discret hôtel de Venise les tavernes tapageuses de la Croix de Fer* ou du Cormier \ C'est dans ce lieu de rendez-vous des « goinfres » et des « francs

Larroque, Lettres de Peiresc, t. VI p. 608). Il ne faut pas songer à en faire la demeure de Flotte qni habitait rue de Braque, près de l'Hôtel de Guise, au faubourg Saint-Martin (cf. 1. CCLIV).

1. Cf. Fépigr. « Loin de ces lâches plaisirs » dans les â&'wves de Colletet. V. aussi dans l'Illustre beuveur (éd. de 1640, p. 14) le Médisant berné dans lequel il prend à partie un poète stupide, « esprit tortu dans un corps de travers », qu'on nomme F « Antiflotte ». Dans les Divertissemens de 1631, p. 212, le même sonnet y a pour titre F « orgueilleux baffoué », et le nom d' « Arcambrote » remplace celui d' € Antiflote ».

2. Que Colletet célèbre dans un sonnet des Divertissemens, p. 211. — V. quelques détails sur ce cabaret dans la notice de M. Ad. Van Bever aux Œuvres poétiques de Vion Dalibray, Paris, 1006, p. xvn.

3. V. la Remontrance de Colletet hxmpoèle beuveur dJeau(dan\$ Y Illustre beuveur de 1640, p. 2) :

Picque un peu ton esprit d'un traict du vin nouveau Que le Cormié recelle en ses caves secrètes.

V. sur l'emplacement de ce cabaret, Livet, éd. de Saint-Amant, t. I, p. 143. Maillard fait allusion à cette taverne dans l'épigramme : Paul veux-tu vieillir chez Cormier, éd. Garriss., t. III, p. 103.

MAINARD PRÉSIDENT AU PRÉSIDIAL d'AURILLAG 163

chevaliers de la coupe » que Mainard fit probablement la connaissance de Théophile' et de Nicolas Faret*, dont le nom, qui rimait richement avec cabaret, offrait d'inépuisables ressources aux plaisanteries de ses amis. Pourtant Farci conserva dans sa vie de débauché le goût des entretiens délicats et une bonté dame qui faisait dire à Balzac que son ami était du règne « de Louys douziesme »-3.

C'est vraisemblablement là encore que Mainard aperçut l'auteur de la Vigne et du Melon, le poète Antoine Girard qui devait plus tard prendre le nom de Saint-Amant4. Au début de 1618, Saint-Amant était revenu à la suite du duc de Retz à Paris où, deux ans auparavant, il avait déjà fait une courte apparition, Fils d'un riche marchand de Rouen, il cherchait à se grandir dans l'estime des seigneurs épicuriens dont il était le convive et à étonner ses confrères roturiers par l'annonce des pourparlers qu'avait engagés son père à l'effet d'acheter et de gérer, en compagnie d'industriels réputés du Midi, la verrerie de la grande ville normande. On sait que cette sorte d'exploitation donnait droit aux patrons de se dire gentilshommes verriers et le jeune Girard, qui ne se tenait plus d'orgueil au sujet de la prochaine, mais contestable noblesse de son père, se vit un jour rappelé avec ironie par Mainard à la réalité des choses :

Vostre noblesse est mince Et ce n'est pas d'un prince, Daphnis, que vous sortez :

Gentilhomme de verre, Si vous tombez à terre Adieu vos qualitez \

1. M1" Ku'lhc Schirmacher '(Th. de Viau, Leipzig, 1807,in-8°, p. 29) place elle aussi vers 1018 le commencement des relations de Mainard avec Théophile.

2. Mainard devait lui adresser plus tard le sonnet : Je donne à mon désert les restes de ma vie, éd. Garriss., t. III, p. 21.

3. Cf. la 1. IX du 1. IV (12 décembre 1625, éd. in-f ) de Balzac à Faret et la 1. XXXIII du 1. VIII du même à Vaugelas (lo mai 1629).

4. Cf. Durand-Lapie, Saint-Amant, Paris, 1898, et Pierre Brun : Un goinfre : Marc-Antoine Girard de Saint-Amant dans la Revue dlHist. litt., 1897.

5. Cf. éd. Garriss., t. II, p. 220. — Dans sa notice en tète de son édition de >aint-Amant, p. vu, Livet a contesté que le personnage visé par cette épigramme soi! Saint-Amant, attendu que cette pièce figure pour la première fois dans le Cabinet salyrique de 1618, qu'à cette date le poète bachique « était à peine âgé de \ïngl-cinq ans et encore inconnu » (ce qui n'est pas exact), et que ce fut lui-même,

Saint-Amant ne lui en garda pas rancune et avec son ami, le spirituel bossu Denis Sanguin de Snint-Pavin, mêla dans ses chansons bachiques et ses épigrammes, des souvenirs puisés aux pièces de son confrère aîné.

A côté de ces joyeux compagnons faisait une piètre figure le misérable poète Marc de Maillet que Saint-Amant introduit1 parmi la clientèle interlope des cabarets. Ce pauvre hère cherchait à ce moment un protecteur dans la personne du duc de Luynes à qui il fit, en 1620, hommage d'un volume d'épigrammes \ tout comme neuf ans auparavant il avait dédié ses premières poésies à la reine Marguerite. Ses dédicaces ne l'enrichissaient pas, et il promenait à travers les bouges de la Cité, des Halles et du Marais ses loques sordides et son orgueil immense qui l'empêchait de tolérer qu'on louât en sa présence un autre écrivain que lui, ni qu'on censurât, même légèrement, ses ouvrages. Personnage ridicule par ses grimaces et ses contorsions simiesques, au surplus méchant poète, « rimeur de balle », et réduit à céder ses rapsodies aux chanteuses du Pont- Neuf qui l'invectivaient bientôt après pour avoir été trompées sur la qualité de la marchandise \ Théophile dans son Elégie à une Dame; Saint-Amant dans son Poète crotte, dans sa Gazette du Pont-Neuf, dans ses Cabarets, dans son Melon ; d'Audiguier dans ses EpUres françoises; Furetière dans sa troisième Satire ;

vers 1638 seulement, et non son père, qui dirigea la verrerie de Rouen (ce qui est j totalement faux). M. Durand-Lapie, à qui M. Lachèvre est venu en aide pour cej point spécial de son livre sur Saint Amant (pp. 00-97), fonde sa contestation sur l'insertion de cette pièce dans le Cabinet Satyrique de 1018, alors que l'actel d'association d'Antoine Girard, père du poète, avec Jean et Pierre d'Azémar est du: 17 janvier 1019. Mais il est évident que, pour conclure à cette date cet te importante affaire, on dut la débattre quelques mois auparavant, c'est-à-dire vers 1018. L'identification de Dap/inis de l'épigramme citée plus haut avec Saint-Amant est indiquée entre autres par le P. Mcéron, Mémoires pour sertir à l'histoire de hommes illustres, Paris, 1730, t. I, p. 300 et par Ménage dans YAuti-BailleC Amsterdam, 1725, in-4°, p. 118.

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