Cf. éd. Livet, t. I, p
2. V. pour les réimpressions de ce volume, Lachèvre, Bibliographie des recueil collectifs, t. II, p. 350 et pour les pièces insérées dans les anthologies, ibid., et t, II p. 434.
3. Cf. le portrait de Maillet tracé par Fr. Colletet (à la suite de la biograpl de ce rimailleur écrite par Guillaume Colletet) et reproduit par Livet, éd. de Saii Amant, t. I, pp. 139 et 211. Cf. aussi Tallemant, éd. c, t. VII, p. 501 et le comme taire de P. Paris et Monmerqué, pp. 538 et 539. V. enfin Lachèvre, Bibliographie recueils collectifs, t. IV, p. 148.
MAFNARD PRESIDENT AU PRESIDIAL D AURILLAC 16o
le comte de Carmain dans ses Jeux de l'Inconnu ; le chevalier de Cailly et jusqu'au miséreux rimailleur Gomès1 administrèrent à ce faquin force chiquenaudes.
Sa mort (1628) ne fit pas cesser l'acharnement de ses confrères qui ne quittèrent leur victime qu'au moment où les exploits gastronomiques du parasite Pierre de Montmaur, le fameux professeur de grec du Collège de France, leur offrirent une ample pâture à des railleries d'autre sorte. L' « épigrammatiste de France2 » ne pouvait laisser échapper un sujet si propre à faire valoir son talent et s'attaqua lui aussi au plastron de tous les écrivains de l'époque. Il immola à la risée publique ses odes plus froides que les glaces de la Norvège 3 et ses vers obscurs, « frères des nuits éternelles1»; fustigea sa vanité démesurée et stupide qui le poussait à étendre les mains sur « tous les lauriers de l'univers5 » ; cingla en vers cruels ses vêtements en lambeaux, ses bottes éculées fi, les croûtes qui lui servaient de pain et même, soulevé par une verve d'un réalisme brutal, lui reprocha l'haleine empestée qu'il exhalait7.
Les épigrammes étaient les jeux innocents de la bande hétéroclite de bohèmes, de gentilshommes et de magistrats qui fréquentaient les cabarets en vogue de Paris. Il va sans dire
1. Recueils Conrart, t. XVIII, p. 321 (Bibl. de l'Arsenal, ms. 4123). Sur la dispute de Ménage et de Gomès cf. Balzac, Lettres inéd., 2 décembre 1647. L'épistolier se moque de Maillet comme de Gomès dans sa 1. xxvi du liv. XIX, éd. in-f°.
2. Mainard se décerne lui-même cette appellation, cf. 1. XXIV.
3. Ed. Garriss., t. III, p. 220. Le v. 3 de cette pièce : « Robin je me suis morfondu », est remplacé dans le ms. 843 de Toulouse, f° 168, par « Malhet je me suis... ».
4. Dans l'éd. Garriss., t, III, p. 78, la pièce s'adresse à Colin. Le ms. 843 de la Bibl. de Toulouse, f° 204, offre au v. 2 le nom de Maillet.
■S. Cf. Lacbèvre et Durand-Lapie, Deux homonymes, p. 94. L'épigr. : Maillet qui jamais ne débite, d'après le Recueil de Du Bray de 1630.
6. Cf. éd. Garriss., t. III, pp. 102 et 127. L'ami de Mainard, le ct0 de Cramai}, a lui aussi malmené ce malheureux personnage à propos... de bottes. Cf. les Jeux de l'Inconnu, p. 16o : « les bottes du sieur Maillet feront un excellent ménage avec les patins de Mademoiselle de Gournay ; à la charge que le dit sieur Maillet fournira un douaire de dix mille vers et la dame le seul chapitre des diminutifs ».
7. Ms. 843 de la Bibl. de Toulouse, f 200 v Nous reproduisons cette pièce dans notre Appendice bibliographique.
qu'on y prisait tout particulièrement les pièces puisées à la vieille veine gauloise ; qu'on y acclamait les hymnes à la débauche ; les « jouissances » ; les récits en vers malins ou grossiers des bonnes fortunes ou des mésaventures des voyageurs au pays de Gythère ; les stances ou les sonnets dans le genre des « folâtries » de Ronsard ; tous ces morceaux capables, selon l'expression de Gombervillc, l'ami de Mainard, « de tenter l'esprit et d'émouvoir quelque peu de désordre en la partie inférieure de l'homme' ».
Dans une ode célèbre ce n'est pas seulement par « son thirse », par sa « trogne rougie » et par « ses cloches qui sont des pots » que Saint-Amant2 invoque Bacchus, mais encore :
Par ton boucq paillard comme nous.
Par ta grosse garce Ariane, Par le vieillard monté sur l'asne, Par les satyres tes cousins. . .
En suivant sa pente naturelle la conversation de ces gens éclairés, mais qui se livraient sans réserve aux repas pantagruéliques, à la boisson et aux concupiscences de la chair, glissait à l'athéisme ou du moins à des doctrines aux tendances anti-chrétiennes3. L'esprit de mortification qui découle de l'Evangile était trop étranger à ces gentilshommes, à ces bourgeois et aux piqueurs d'escabelle qui formaient leur escorte pour qu'ils ne nourrissent pas de sentiments hostiles à l'Eglise. L'irréligion, legs de l'enthousiasme suscité par la révélation de la culture païenne à l'époque de la Renaissance, s'était fortifiée par le spectacle des guerres religieuses, engagées de plus en plus pour des motifs odieux, étrangers à la foi. La vie scandaleuse des Valois et les honteux écarts de conduite du premier Bourbon, la corruption raffinée des Italiens accourus depuis le xvie siècle au Louvf e, dont, sous la Régence, ils avaient fait, pour ainsi dire, leur domaine, avaient entraîné une effroyable dissolution de mœurs qui trouva bientôt de nouvelles
1. Préface de l'éd. de 1646 des Œuvres de Mainard (éd. Garriss., t. III, p. xi).