‹ Le poète François MainardChapitre 88 sur 375 · Cf. Schirmacher, o. c, p · texte numérisé non relu

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publication des œuvres de Théophile, le P. Garasse épluchait soigneusement tous les passages qui pouvaient prêter matière à des interprétations défavorables, quand la réimpression du Parnasse satyrique de 1622, avec l'addition sur la couverture des mots : du sieur Théophile, lui apporta les éléments des plus graves accusations. Il en remplit sa Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps. Le 19 août 1023, c'est-à-dire le lendemain même de l'apparition de ce gros volume, le Parlement qui avait laissé impunis les auteurs des anthologies pornographiques parues depuis plus de dix ans en France, prononça son arrêt dans le procès engagé à la requête du procureur général contre Théophile et contre ses collaborateurs du Parnasse satyrique. Théophile fut condamné à être brûlé vif, Berthelot à être pendu et Golletet au bannissement pour neuf ans. Théophile qui, comme ses deux amis, avait pris la fuite avant l'instruction même de son procès, fut arrêté en septembre au Catelet, ramené à Paris et enfermé à la Conciergerie. On recommença l'instruction de son afîaire, le premier jugement ayant été rendu par contumace.

Il est à présumer que ces incidents troublèrent profondément la tranquillité de Mainard. Bien que la réimpression de 1623 du Parnasse satyrique ne mit son nom sous aucune des pièces qui étaient sorties de sa plume, il aurait été facile aux malveillants de les identifier, à l'aide de la première édition de ce recueil, à l'aide aussi du Cabinet satyrique de 1618 et des Délices satyriques de 1620, où la plupart des morceaux de Mainard sont signés. Certes, aucune de ses pièces n'aurait supporté l'accusation de « lèse-majesté » dont on avait gratifié certaines des productions de la Muse débordée de Théophile. Il n'en est pas moins vrai que ses stances et ses épigrammes du Parnasse satyrique étaient vivement repréhensibles au point de vue de « l'honnesteté publique », offensée, aux dires des juges, par les vers cyniques de son confrère.

Comment le président ne fut-il pas impliqué dans ce procès ? Pourquoi le sévère procureur Mathieu Mole ferma-t-il les yeux sur les priapées de notre auteur? Pour quelle raison son nom ne fut-il même pas prononcé dans le cours des débats ? —

MAINARD PRÉSIDENT AU PRESIDIAL d'aURILLAC 171

Demandes auxquelles il est impossible de répondre si Ton recourt aux conjectures hasardeuses de M. Ch. Garrisson1. D'après ce critique les rigueurs excessives témoignées par la justice à Théophile auraient en pour mobile une prétendue déclaration d'amour faite par le poète à Anne d'Autriche dans

l'épistre d'Actéon à Diane, imprimée pour la première fois

en 1646 2. Questions qu'il est facile de résoudre, si l'on adopte l'opinion consacrée par la tradition sur les représailles que les jésuites voulaient exercer à l'endroit de Théophile. La Compagnie avait intérêt à impliquer dans ce procès le moins de personnes possible, afin de ne pas se créer d'inimitiés inutiles". L'information qu'on avait engagée contre Nicolas Frenicle, conseiller en la Cour des Monnoyes, imprudemment dénoncé par Garasse, avait été vite close par un non-lieu. Mainard était non seulement un magistral comme Frenicle, mais encore un ami des jésuites et notamment un ami de Garasse. Ce sycophante, qui tonne à chaque page de sa Doctrine curieuse contre Théophile et, afin de se montrer impartial, distribue force coups de boutoir à Berthelot et à Colletet, ne souffle mot sur le président Mainard. C'est, même peut-être à son intention, autant qu'à celle d'autres poètes dont on aurait eu tort de s'embarrasser, qu'il avait , distingué les « libertins » des aathées ». Mainard était un libertin, un homme vivant a licencieusement », qu'il était aisé d'amener à résipiscence. Il fallait allumer le fagot pour Théophile, impie endurci et athée consommé.

1. Cf. Ch. Garrisson, Le porte Théophile de Viau dans la lie vue d'hist. littéraire de la France de 1897.

2. Gombauld qui, dans son poème d'Endymion, avait déclaré à mots Aroilés sa flamme à Marie de Médicis, loin d'être puni, avait été récompensé.

3. Mainard avait composé, vers la fin du règne de Henri IV, une épigramme contre les jésuites (cf. p. 87 de cet ouvrage), mais il ne l'avait pas publiée. Le poète comptait beaucoup d'amis parmi les Jésuites, et dans des strophes manuscrites de l'ode qu'il a adressée à son fils, il vante :

L'admirable société

Oui porte le nom de Jésus.

M. Lachèvre a reproduit (Bibliogr. des rec. collectifs, t. II, p. 371), d'après le T. XXXI des Rec. Conrart, ces vers, qu'en raison de leur faiblesse, le poète fit disparaître de la version définitive de la pièce mentionnée (éd. Garriss., t. III,

\1Î LE POÈTE FR. MAINAIth

Cependant, sous les verrous de la Conciergerie, le malheureux Théophile implorait la grâce du roi et le secours de ses anciens amis. Peu d'entre eux lui étaient demeurés fidèles. La plupart des grands qu'il avait amusés de ses audaces et de son cynisme feignaient de ne pas entendre ses plaintes. Le conseiller Des Barreaux, son cher Tirsis, s'était caché dès qu'il avait senti l'approche de l'orage, et la touchante prière qu'il envoya « aux poètes de ce temps » resta sans écho. De son cachot humide et sombre, il les priait de « caresser » sa Muse « faible et sans haleine » ou du moins d'en avoir pitié :

Ne mordez point sur mon ouvrage, Car icy vostre inimitié Démentiroit vostre courage1.

Malherbe, nommé en tête des confrères dont Théophile sollicitait les bons offices, avait trop le souci de sa sécurité personnelle pour venir en aide à cet infortuné. Poussé par son amour de l'indépendance, celui-ci n'avait-il pas déclaré qu'il aimait la renommée du maître, a mais non pas sa leçon » ? Bien que le réformateur ne le tînt coupable « que de n'avoir rien fait qui vaille au mestier dont il se mesloit », il n'intercéda pas en sa faveur. C'était en de telles occurrences que le vieux libertin retenait ses réflexions gouailleuses, « parloit de Dieu et des choses saintes avec grand respect » et enseignait sans sourciller, aux mêmes élèves dont il avait la veille corrigé les épigrammes ordurières, « que le principal dessein de toutes les inventions poétiques étoit d'instruire à la vertu agréablement, en faisant voir, contre l'opinion des athées, que la justice divine agissoit dès ce monde* ».

C'était l'avis même de Garasse ; aussi le violent polémiste ne pouvait-il manquer de s'entendre avec le chef de la nouvelle école poétique. Sentant l'intérêt que chacun pouvait tirer d'une bonne entente, ils échangent bientôt force aménités. Malherbe lui envoie deux épigrammes J « pour mettre au devant

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