IbicL, chap
avait précédemment cédé en sa faveur, une ancienne maison sise à Toulouse, rue des Nobles, avec tous les meubles qui avaient été laissés par lui et sa femme, demoiselle Anne de Jols, en l'année « mil cinq cent nonante cinq qu'ils se retirèrent en ce pays ». Il lui donnait encore « la moytié de tous ses autres biens présens et à venir... avec toutefois la charge pour cote et au prorata et proportion de tous les dicts biens et choses donnés tant de légitime de François et de Marie de Maynard, ses autres fils et filles, que de toutes autres choses ' ». C'est dans la tranquillité pleine de douceur de sa petite ville 2 qu'il mit la dernière main à ses Notables questions du Parlement de Toulouse, dont il avait commencé la rédaction l'année d'après sa retraite1. Jean, conseiller à la seconde chambre des enquêtes, comme son père l'avait été à ses débuts, le tenait au courant '' des arrêts de la Cour, ce qui permettait à l'arretiste de reviser et de compléter ses explications sur la jurisprudence du Parlement auquel il avait été agrégé.
Il lit paraître à Paris, en 1603, les cinq premiers livres de ses Notables et singulières questions du, droit eserit decises... par
1. Pactes de inaciage de Jean de Maillard. (Pièce déjà citée).
1. Dans les derniers livres de son ouvrage, Gérâud mentionne Saint-Cé é en ces termes : « Ville... où à présent nous sommes relire/ (liv. VI, chap. 45); Sainl-Céré en Quercy et où nous escrivons eecy, qu'on dict à présent par mot adoucy, que ne lui diray pas corrompu, le pays de Quercy » (liv. VI, chap. 70). — Dans l'épitre dédicatoire à ses collègues du Parlement de Toulouse, en tète de la première édition de ses Notables Questions, 1003, Géraud parle des « vingt-cinq • m vingt-six ans qu'il avait en l'honneur d'estre parmy eux », ce qui montre qu'il resta à Toulouse jusqu'au milieu de l'année 1599.
3. Not. Quest. liv. II, chap. 32 « qui sont les raisons que nous avons peu apprendre pendant vingt-quatre ans qu'avons eu cet honneur d'assister en (•«die compagnie pour l'exercice de nostre charge, où nous avons à présent un fils, lequel a succédé par nostre résignation, l'entrée encore avec la voix, tant en audience qu'au Conseil, nous y estant réservée »... Il écrivait donc ces lignes en 1597.
4. Cf. Not. (Juest. liv. VU, chap. 97, arrêt de déc. 1002 et liv. VIII, chap, 1, arrêt de 1604 « que nous confesserons librement tenir en partie du Conseiller à Tholose nostre fils qui nous l'auroit envoyé; nous aurions hieu voulu icy mestre en teste, comme le principal conducteur el porte-enseigne de ce livre pour suppléer, corriger et amender ce qu'en quelque part de nos livres précédents sur la nouvelle y examinée nous y aurions touché ». — Le beau-père de son fils lui fournissait des renseignements sur les affaires du ressorl de la Cour Présidiale de la Haute-Auvergne. « Nous tenons principalement ce que dessus de Monsieur Ghaumel, Président au Présidial du bas (sic au lieu de haut) pays d'Auvergne, au siège d'Aurillac, et après luy de plusieurs officiers du ressorl qui nous en ont asseuré et attesté le mesme ». Liv. VII, chap. 00.
16 LE POÈTE" lit. MAINAIih
arrests... du Parlement de Tholose... conférées aux... arrests intervenus sur les mesmes subjets... des autres Parlements... de ce royaume. En reconnaissance du concours que lui avaient prêté et de l'amitié que lui avaient témoignée ses anciens collègues, il leur dédiait « ces fruits qu'il avait autrefois recueillis dedans leurs champs », les priant en même temps de protéger son « labeur ». L'ouvrage fut bien accueilli par le public, et les réimpressions qu'en donna le même libraire les années suivantes n'en épuisèrent pas le succès. L'avocat Jacques Corbin, homme de lettres attaché à la reine Marguerite, célébra en des stances liminaires les mérites de l'ouvrage ; le jeune Rosset, futur disciple de Malherbe et ami de ses ('lèves, fit des vers sur le portrait de Géraud qui orne ce volume'; l'imprimeur de sa Majesté, lérudit Frédéric Morcl, composa en l'honneur de « l'illustre sénateur toulousain » des vers latins, à la manière de ceux qu'en 160J il avait écrits en grec à la gloire de Bertaut\ Ces hommages, les compliments du (( sénat » toulousain et les applaudissements venus de tous côtés encouragèrent Géraud à ajouter trois autres livres d'Arrêts à ceux qu'il avait présentés au public. Il oiïril cette addition, par une lettre datée de Saint-Céré du Ier septembre 1007, à M. de Verdun, premier président de la Cour de Parlement de Toulouse, personnage qui avait fortement contribué au succès de son œuvre, en en faisant partout l'éloge et en la défendant contre ceux qui la « blasonnaient ».
Monsieur le Premier avait raison de prendre le parti de Géraud contre ses détracteurs. Son ouvrage devait être d'une extrême utilité à tous ceux qui, de près ou de loin, appartenaient au prétoire. On connaît le pouvoir non seulement judiciaire, mais encore législatif, dont au xvie siècle étaient investies ou que s'étaient arrogé les Cours souveraines. Elles n'avaient conservé du droit romain que ce qui leur avait plu, n'observaient la coutume locale qu'autant qu'elles le croyaient bon,
1. Jacques Corbin. Plaidoyers. Paris, 1610. Ours/mus de droil et de pratique jugées par arresis des cours souveraines de France. Paris 1011. — Le code de Louis XIII. Paris 1028, etc. Sur ses attaches avec Marguerite, V. chap. 2.. § I.
2. Introduction de M. A. Chcnevière,»p. xlii à l'édition des Œuvres de Bertaul.
s'opposaient souvent à l'en régis treîïient des édits du souverain, et même après l'accomplissement de cette formalité indispensable pour donner force de loi aux décisions royales, ne se faisaient pas faute d'amender, d'appliquer et d'interpréter à leur guise les ordonnances du Prince. Les arrêts donnés sur de pures questions de droit et prononcés en robes rouges, la veille des grandes fêtes, par les présidents à mortier, ainsi que les arrêts ordinaires, régissaient l'état légal dans toute rétendue du ressort d'un Parlement. Aussi un ouvrage tel que celui de Géraud avait l'immense mérite de fixer la jurisprudence d'une grande province. Il rendait aux générations nouvelles de juges, d'avocats et de procureurs l'inappréciable service de leur faciliter la connaissance des usages de leur Cour, de mettre entre leurs mains les Digestes, pour ainsi dire, de leur « Sénat », de fournir une base certaine à leurs futures plaidoiries, sentences et délibérations. Or, tandis que Jean Luc avait rassemblé les arrêts dispersés du Parlement de Paris, que Guy Pape avait réuni ceux du Parlement de Grenoble, Nicolas Boyer les décisions de celui de Bordeaux ', et Guillaume Lesrat rempli le même office à l'égard de la Cour souveraine de Bretagne, seul le Parlement de Toulouse, le second en France par rapport « à son institution et établissement, mais le premier si l'on considère sa vertu », n'avait pas encore eu son compilateur d'arrêts. Géraud en est le premier arrêtiste et, à ce seul point de vue, il doit être grandement loué.
Son mérite augmente encore si l'on tient compte de l'exposé motivé de ses arrêts, de la confrontation qu'il en a faite avec la jurisprudence des autres Parlements, du soin qu'il prend à ne relater que ceux dont il connaît parfaitement les raisons, soit qu'il en ait été le rapporteur, soit qu'il ait figuré parmi les juges qui avaient rendu la sentence respective, soit enfin qu'il en tienne les termes et les explications de l'obligeance de certains collègues *, qui avant lui avaient fait partie de la compagnie.
1. Cf. sur ces prédécesseurs de Géraud, l'avis liminaire des Arresis notables du Parlement de Tolose du conseiller de Larroche Flavin. Toulouse, 1617, in-f°.
2. Cf. liv. 1, chap. 12 et 13; liv. 111, chap. 19; liv. VU, chap. 50, 99.
Aussi a-ton eu raison1 de ne pas reprocher hop vivement à Géraud les erreurs, les contradictions et les inexactitudes de son gros in-folio. Elles témoignent de la difficulté qu'un conseiller, après vingt-cinq ans d'exercice de sa charge, avait à s'y reconnaître dans le dédale des décisions, et à voir clair dans le fouillis des arrêts d'une Cour souveraine. En revanche on a, à bon droit, insiste sur la médiocrité de Géraud comme jurisconsulte, sur le tort qu'il avait eu de ne pas suffisamment éclairer son argumentation par les principes ou les théories du droit, de ne s'être que fort peu inspiré des doctrines de Dumoulin et de Cujas qui, à ce moment, étaient en train de renouveler complètement la science juridique.
Ce qui frappe surtout un profane en ces matières épineuses, c'est la manière désordonnée dont Géraud répartit sa matière. C'est au hasard de ses notes qu'il groupe ses Notables questions en chapitres hétérogènes et en livres. Son ouvrage est moins un travail méthodique qu'une collection de documents qui se rapportent, certes, à des matières identiques ou analogues, mais qui sont présentés sans ordre ni classement.
Le poète Mainard se rapproche en cela de son père, Farrêtiste. Chez lui aussi, il y a souvent manque de cohésion; dans maintes pièces, sa matière poétique s'éparpille un peu au petit bonheur. On pourrait plus d'une fois disposer ses strophes, reliées seulement par de lâches attaches, en un autre ordre que celui de l'auteur, sans que la signification ou la portée de sa pièce en soit sensiblement modifiée.
Du moins Géraud ne lui transmit pas le mauvais goût d'étaler sa science à tout propos. Certes, l'ancien conseiller de Toulouse a beaucoup lu ; il a étudié non seulement les grands « docteurs es lois » Ulpian, Papinian et même Harménopule et Photius, mais aussi les grands écrivains de Grèce et surtout de Rome2. Et, à la mode du temps, il ne fait pas grâce aux lecteurs de son savoir. Il allègue l'autorité du poète Ausone pour démontrer que la durée de la gestation n'excède pas dix